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Pas de confusion entre le bleu de brebis et le roquefort, estime son ODG

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Pas de confusion possible entre le bleu de brebis et le roquefort, assure son organisme de défense et de gestion, la Confédération générale de roquefort. D’aucuns trouvent malgré tout une forte ressemblance entre les emballages des deux produits. L’INAO (Institut national de l’origine et de la qualité) devra donc trancher la question.

« La Confédération générale du roquefort avait à trancher la question suivante : " Le bleu de brebis est-il source de confusion avec le roquefort ? " et la réponse est non. Il n’y a donc pas de problème de coexistence », résume Anthony Soulié, administrateur à la Confédération générale de roquefort, le 8 septembre à Agra Presse.

Ces conclusions de la Confédération générale du roquefort sont le fruit d’une étude menée par l’Ifop sur un échantillon de sept cents personnes dans laquelle, à la question « qu’est-ce que vous venez de voir ? », seuls 6 % ont répondu que le bleu de brebis était du roquefort, explique le producteur de lait. Pour des questions de stratégie marketing, la Confédération ne souhaite pas rendre publique cette étude.

À cette enquête auprès des consommateurs s’ajoute une commission organoleptique qui a dégusté à l’aveugle les deux fromages. « À la question " est-ce que ce fromage répond à ce que l’on attend d’un roquefort AOP ? ", sur les quinze participants, treize n’ont pas validé le bleu de brebis. C’est une justification de plus pour conclure que le bleu de brebis n’est pas n'est pas susceptible d'être confondu avec le roquefort », explique Anthony Soulié.

Une même marque pour deux fromages

Pour l’ancien eurodéputé José Bové, à l’origine de l’affaire avec notamment la Confédération paysanne, cette conclusion est « un instrument de destruction de l’appellation d’origine ». Selon lui, « il y a clairement une fraude car le consommateur va croire qu’il mange du roquefort alors que c’est du lait pasteurisé qui peut être produit n’importe où ». « La confusion existe à tous les étages, puisque c’est toujours l’ovale vert de Société, ce sont tous les codes du roquefort Société qui sont sur l’étiquette », a dénoncé M. Bové auprès de l’AFP.

Fabriqué par la Société des caves de Roquefort – filiale du géant laitier Lactalis qui collecte près de trois quarts des élevages de roquefort –, le bleu de brebis est commercialisé depuis avril 2019 sous la marque Société dans un emballage très proche de celui du roquefort habituellement vendu sous cette marque. Présent lors de la commission de conciliation, Lactalis n’a pas participé au vote, assure la Confédération générale du roquefort.

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« La Confédération de roquefort, pour moi, n’existe plus et doit se dissoudre puisqu’elle manque à tous ses devoirs qui sont la défense de ce label décroché dès 1925 par le roquefort produit avec un cahier des charges rigoureux dans la localité du même nom », ajoute José Bosé. « Nous attendons de voir ce que va dire l’INAO. Nous envisagerons alors les recours qu’il faut, soit contre Lactalis soit contre la Confédération », affirme-t-il.

L’INAO en arbitre

Le dossier doit en effet à présent être examiné par l’INAO (Institut national de l’origine et de la qualité). « Maintenant, nous allons examiner l’enquête, la nature des questions posées, les réponses et expertiser les arguments sur lesquelles sont fondées les conclusions de la Confédération générale de roquefort », explique le 10 septembre à Agra Presse Marie Gittard, directrice de l’INAO. À cela s’ajouteront d’autres éléments. « Cette étude consommateur est un élément sur lequel l’INAO s’appuiera pour prendre une décision, mais en tout état de cause cela ne sera la totalité des éléments pour la définir. Il faut aussi que nous regardions ce que dit la réglementation européenne », ajoute-t-elle.

Si après analyse l’INAO estime qu’il y a usurpation, tromperie ou encore confusion pour le consommateur, l’institut a la capacité de saisir la justice. « Face à des situations comme celle-ci, nous essayons de ne pas sortir la bombe atomique mais de trouver un modus vivendi avec les acteurs dans le respect de la défense des appellations », tempère sa directrice. À ce stade, aucun agenda n’est encore entériné sur la suite des étapes de la procédure.

« Il y a clairement une fraude »