Le secteur agroalimentaire s’en est mieux sorti en 2008 que le reste de l’industrie et le président de l’Ania ne se veut pas pessimiste pour 2009, au vu des chiffres qu’il a présentés à la presse le 27 avril. La volatilité des matières premières et l’accessibilité du crédit bancaire sont néanmoins les deux nouveaux points de préoccupation des PME, aux dires de Jean-René Buisson qui pense que « le moment de vérité » ne viendra qu’en septembre prochain.
« Il n’y a pas de crise majeure dans l’agroalimentaire », assure Jean-René Buisson qui s’appuie sur des chiffres rassemblés comme tous les ans par l’Ania. Les industriels ont globalement connu une croissance de leur activité en valeur de 5,5 %, ce qui reflète certes la répercussion de la hausse des coûts des matières premières mais permet d’afficher un chiffre d’affaires de 162,9 milliards d’euros, maintenant les IAA à la première place dans l’industrie française. En volume, l’agroalimentaire a « un peu souffert (-0,3 %), mais beaucoup moins que ce qu’on avait pu craindre », a ajouté le président de l’Ania qui ne croit pas que les comportements de crise aient révolutionné les arbitrages des consommateurs. « Dans le jeu de poker entretenu avec les distributeurs, les marques nationales résistent, les Français ne rejettent pas la valeur ajoutée et l’innovation » : leur recul de 9 points en volume (à 47,9 %) laisse encore aux marques une part de marché valeur de 60,4 % contre 25,1 % pour les MDD et 14,6 % pour le hard discount.
Si la consommation tient
La difficulté nouvelle et qui est appelée à durer, réside dans la volatilité des prix des matières premières qui impose aux industriels de pouvoir s’ajuster, ce qui se vérifie quand même puisque les hausses au stade de détail ne sont plus à 5,1 % comme en août mais à 1 % seulement aujourd’hui. Et Jean-René Buisson de rappeler que les prix aux consommateurs ne sont pas fixés par l’industrie mais par la distribution. Et que les négociations 2009 se sont plutôt soldées par des baisses de 1 à 2 % des prix auxquels les industriels vont vendre aux distributeurs, avec pour les PME un risque de ramener leur rentabilité à « un niveau voisin de 0 à 1 % », selon M. Buisson. D’où une autre préoccupation, c’est le maintien d’une accessibilité suffisante au crédit bancaire et à l’assurance-crédit, deux dossiers sur lesquels l’ANIA s’est mobilisée très tôt et n’est pas près de relâcher l’attention car 35 % des PME sondées par l’association ont fait état de difficultés à ce sujet.
En réalité, si les premières tendances de ce début d’année, où la consommation se tient, se confirment, et s’il n’y a pas de nouvelle flambée des cours, le président de l’Ania n’affiche pas de réel pessimisme, surtout par comparaison avec les autres secteurs de l’économie, mais « le vrai moment de vérité, ce sera la rentrée de septembre ».
Jusqu’ici le secteur a encore fait preuve de dynamisme, son commerce extérieur est demeuré fortement excédentaire en 2008, à 6,6 milliards d’euros, même si ce résultat est en retrait de 17 % par rapport à 2007. Les IAA ont continué à accroître leurs investissements de 5 % en 2007 et de 4 % en 2008, mais, il est vrai, les prévisions des chefs d’entreprise laissent craindre un repli de 13 % en 2009.
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Autre signe rassurant, si les défaillances d’entreprise ont certes augmenté de 5 % l’an passé, ce n’est rien comparé aux autres secteurs industriels (+12 %) et le nombre d’entreprises (10 568) est demeuré stable. Les créations, en effet, ont été en croissance de 36 %, soit sept fois plus qu’ailleurs.
Une opportunité : le plan emploi jeunes
Gros pourvoyeur d’emplois, le deuxième de l’industrie française, l’agroalimentaire a à peu près maintenu ses effectifs à 412 500 salariés (-0,6 %, à comparer à -2 % dans l’ensemble de l’industrie). Raison de plus pour redorer le blason d’un secteur qui a du mal à embaucher et où chaque année 10 000 postes sont à pourvoir. Un phénomène qui va s’amplifier dans les cinq ans avec le départ à la retraite de 10 à 12 % des effectifs, soit un potentiel de 28 000 à 33 000 postes, comme l’a montré la plateforme paritaire Observia Cf Agra alimentation n° 2061 du 09.04.09 page Une.
D’où un projet de convention entre l’Ania et le gouvernement qui a été préparé la semaine dernière entre le Haut commissaire Martin Hirsch et le président Buisson. Objectif : accroître de 50 % le nombre de contrats d’apprentissage (un millier seulement aujourd’hui) et d’alternance (2000) dans l’agroalimentaire. Il est aussi question de mieux faire connaître les métiers auprès des jeunes et de poser le problème de salaires « pas assez attractifs ». Aussi un prochain « séminaire social » va être réuni par le président de l’ANIA afin de débattre en interne de la possibilité d’une convention collective unique ou au moins d’une harmonisation comme cela a été fait en matière de formation et de grilles de qualification.