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Marché du sucre Pas de libéralisation totale avant 2020, demandent les betteraviers

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Alors que la réforme de la politique agricole commune, dont celle du régime sucre, se prépare, les betteraviers français demandent un délai jusqu’en 2020 avant que ne soient supprimés les quotas et le prix minimum garanti du sucre. Tel est le message très clair du congrès de la CGB (Confédération générale des planteurs de betteraves) organisé le 7 décembre à Paris. « Pourquoi changer une organisation qui fonctionne plutôt bien et ne coûte rien au contribuable européen ? » interrogent en substance les betteraviers. Un message adressé notamment à Lars Hoelgaard, directeur adjoint à la DG Agriculture de Bruxelles, venu participer à un débat sur le sujet.

C’était une quasi unanimité : de Jos Van Campen, président des betteraviers européens, à William Martin, patron de l’association mondiale des planteurs de betteraves et canne, en passant par Jean-François Sneesens, secrétaire général des betteraviers belges, et Geo Govinden, qui représente l’Ile Maurice, tous sont partisans d’un maintien du règlement sucre actuel en Europe. De quoi conforter la position des betteraviers français, exprimée ensuite par Eric Lainé, président de la CGB : « Qu’aurions-nous à gagner à un abandon des quotas sucre et du prix minimum de la betterave ? Rien pour le moment et l’Union européenne non plus. » Non seulement ce règlement ne coûte rien à l’Europe mais en plus il rapporte sur le plan fiscal, argumentait Eric Lainé. Certes, il ralentit les possibilités d’exportation mais ne les annule pas tout-à-fait.

Pas encore compétitifs

Surtout, les Français, et a fortiori les Européens, ne sont pas encore compétitifs vis-à-vis de la production brésilienne qui domine la planète sucrière. Voilà pourquoi il faut encore du temps avant de démanteler les quotas et le prix minimum. Du temps et de la technologie, les planteurs attendant beaucoup des biotechnologies pour améliorer les rendements.
« Si vous voulez poursuivre dans la voie de l’abandon des quotas et du prix minimum garanti de la betterave, lançait Eric Lainé à Laars Hoelgard, vous aurez tous les betteraviers européens contre vous, et voire “tout contre” ». Et le représentant de la Commission européenne d’indiquer, cependant, que Bruxelles n’en était qu’au stade de la réflexion concernant la réforme du régime sucre. Avant d’insister à plusieurs reprises : « Ne soyez pas sur la défensive. »
Le maintien demandé du règlement n’empêche pas les betteraviers de stigmatiser des gestions jugées parfois maladroites. Ainsi, lorsque la Commission décide de baisser les droits de douane pour importer du sucre à raffiner en Europe. Pourquoi ne pas permettre à la production européenne de répondre à la demande intérieure de sucre plutôt que de devoir, non sans mal, exporter ses disponibilités ? Plus généralement, les planteurs français s’étonnent de voir de plus en plus les quotas devenir la variable d’ajustement en fonction de ce que les accords internationaux semblent demander d’importer.

Le génome de la betterave

Concernant la recherche, les betteraviers ont eu la satisfaction d’être soutenus par Jean-Marc Bournigal, directeur de cabinet du ministre Bruno Le Maire pour le programme de recherche tout récemment lancé sur le génome de la betterave. Objectif de la CGB, tel qu’exprimé par Eric Lainé : « Cette recherche de génétique nouvelle nous est indispensable pour faire le saut technologique nécessaire pour semer des betteraves avant l’hiver, augmenter ainsi la période de végétation et donc les rendements, réduire les intrants en ayant des betteraves résistantes aux maladies, aux insectes et pouvoir faire tourner les usines plus longtemps en démarrant plus précocement les campagnes. »

Relancer le bioéthanol

Autre satisfaction, la réactivation du comité de suivi du bioéthanol. Un comité composé de représentants professionnels et des pouvoirs publics qui pourrait aider à remédier au léger retard du taux d’incorporation. Exprimé en termes énergétiques, ce taux est de 6% aujourd’hui contre 7% projeté. Pour atteindre l’objectif de 10% « il faut généraliser le SP 95-E10, il faut lancer le SP95 E15 et surtout, il nous faut significativement développer le E 85 », explique le président de la CGB. Une série d’exposés avaient d’ailleurs eu lieu dans la matinée du congrès, concernant les biocarburants et les dernières tendances du parc automobile. Chez les betteraviers, congrès après congrès, l’automobile devient une des vedettes des débats.

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