Mariann Fischer n’a pas de quoi se féliciter d’avoir mis en place le plan de restructuration du secteur sucrier, affirme Eric Lainé, président de la CGB (Confédération générale des planteurs de betteraves), réagissant à un satisfecit que se décernait récemment la commissaire à l’agriculture. La conséquence en est un régime déficitaire tandis que les industriels demandent encore plus d’importations pour répondre à leurs besoins. Mieux vaudrait, selon le président des planteurs, rétablir des restitutions pour l’utilisation de sucre communautaire dans les produits transformés exportés.
La commissaire européenne, Mariann Fischer Boel, s’est récemment félicitée des résultats du plan de restructuration du secteur sucrier. Vous ne partagez pas cette autosatisfaction ?
Non, pas du tout. Comment peut-elle se satisfaire d’avoir réduit la production et abouti à un marché où on importe 25 % de la consommation européenne alors qu’on exportait plus de 25 % de la production ? Comment peut-elle se féliciter d’avoir fait perdre plus de 1,3 million de tonnes d’exportation avec restitution autorisée par l’OMC ? Bien sûr, ce plan est la conséquence d’un panel auprès de l’OMC, une procédure que l’Europe a perdue. Mais il n’y a pas de quoi s’en glorifier !
La restructuration industrielle ne s’est-elle pas déroulée dans les conditions les moins mauvaises possibles ?
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L’Europe a atteint son objectif de réduction de 6 millions de tonnes de quota de production. Mariann Fischer Boel estime que le marché est à l’équilibre. J’en doute quand je vois que des industriels demandent la possibilité d’importer du sucre sous prétexte qu’il n’y a plus de restitutions sur l’utilisation du sucre dans les produits transformés exportés. Alors même qu’ils ont déjà bénéficié de la baisse de prix du marché. J’en doute aussi quand je vois que la clause de sauvegarde prévue à 3,5 millions de tonnes d’importation n’est en fait pas applicable, puisque les pays fournisseurs ACP et PMA (Afrique Caraïbes Pacifique et les Pays les moins avancés) peuvent exporter au-delà de ces volumes grâce à d’autres conventions comme l’accord « Tout sauf les armes ».
Que demandez-vous aujourd’hui pour assouplir la situation ?
Il faut que la Commission remette en route des restitutions pour l’emploi du sucre dans les produits agroalimentaires exportés. On pourrait utiliser la taxe à la production que nous payons à cette fin puisqu’elle n’a pas été supprimée (12 euros la tonne de sucre). Nous demandons aussi que le contrôle des règles d’origine soit plus rigoureux afin d’éviter que des pays ACP ou PMA nous réexportent des sucres qui viennent du Brésil ou d’autres grands producteurs. Enfin, concernant l’éthanol, il faut éviter de donner à des opérateurs des dérogations qui leur permettent d’importer des quantités considérables en franchise de douanes. Enfin, il faut que la Commission s’interroge : pourquoi soutient-elle certains secteurs par des restitutions, comme le lait ou la volaille, et pourquoi refuse-t-elle d’en soutenir d’autres, comme le sucre ?