Une étude de l’Inra sur la crise de l’ESB dans les 10 dernières années met en garde sur le risque de réémergence de la maladie bovine, si les farines animales sont à nouveau autorisées sans mesures drastiques.
Lors d’une rencontre de presse avec des chercheurs organisée le 22 juin par l’Inra, une étude a confirmé ce que l’on pressentait : elle met en évidence le rôle des résidus d’aliments pour monogastriques (porcs, volailles et lapins) dans les aliments pour bovins, dans le développement de la maladie de la vache folle, chez les bovins nés après 1990. C’est-à-dire malgré les mesures successives d’éradication de l’épidémie.
Il a suffi de résidus d’aliments pour monogastriques dans les usines de fabrication d’aliments du bétail, dans les camions et dans les fermes, pour que la maladie de la vache folle s’étende, malgré l’interdiction des farines animales chez les bovins en 1990 et l’interdiction en 1996 des parties à risque (cervelles, moelle épinière) dans les farines, alors autorisées encore dans les aliments pour monogastriques jusqu’en 2000.
Il faut des mesures drastiques
« Une dose infectieuse extrêmement faible semble capable d’inoculer le prion », a rapporté Christian Ducrot, chercheur au centre Inra de Clermont-Ferrand. C’est ainsi que 950 cas d’ESB ont été répertoriés chez les bovins nés après 1990.
L’épizootie est en déclin : huit cas dépistés en 2006, trois cette année, a-t-il indiqué. Il s’agit surtout de vieux animaux, dans lesquels le prion a incubé longtemps.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
« La situation en France est maintenant extrêmement favorable et apparaît être sous contrôle. Cela devrait permettre de lever progressivement certaines mesures de surveillance et de contrôle de l’ESB ». Mais si les farines animales sont réintroduites dans la fabrication des aliments du bétail, une telle décision ne peut venir que de Bruxelles, ajoute le chercheur.
Mais « dans ce climat très optimiste, les résultats de notre étude nous mettent en garde sur le risque de réémergence de la maladie, qui pourrait résulter d’une ré-autorisation des farines animales pour l’alimentation des monogastriques sans mesures drastiques, destinées à contrôler le risque de contamination croisée ». Ces mesures drastiques devraient être prises « non seulement dans les usines d’aliments du bétail mais aussi dans les exploitations agricoles ».
Il suffirait d’un animal contaminé pour propager la maladie. Pour l’instant on dispose d’outils de dépistage ne permettant de déceler l’agent infectieux qu’au bout de cinq à six ans d’incubation.
Notons que si cette étude met en évidence le rôle des farines animales comme source de contamination, elle n’a rien observé avec l’utilisation, dans les aliments composés, de graisses animales et de phosphates issus des os d’animaux. Cette étude s’applique à la période 1990-2000 et a été réalisée à partir de données de la brigade vétérinaire du ministère de l’Agriculture.