Scientifiques et pouvoirs publics ne sont pas favorables – dans l’immédiat – à la vaccination des volailles en France. En cas de menace plus précise, cependant, le recours à la vaccination préventive ou en urgence peut être justifiée, estime l’Afssa.
« Compte tenu de la situation sanitaire actuelle au regard de l’influenza aviaire tant de la France que dans les pays de l’Union européenne, l’agence ne recommande pas le recours à la vaccination dans l’immédiat ».
C’est en ces termes que l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) a répondu le 9 novembre à la saisine des ministères de l’Agriculture et de la Santé sur l’opportunité de recourir à la vaccination des volailles d’élevage.
Les scientifiques laissent néanmoins, dans leurs recommandations, la porte ouverte à l’option vaccinale. Mais de manière bien encadrée.
Cibler les canards à gaver
Pour l’Afssa, la vaccination préventive ne peut être envisagée que pour les canards prêts à gaver, et ce, avec un vaccin à virus inactivé et permettant de différencier les canards vaccinés des canards infectés par le virus H5N1 hautement pathogène. Les scientifiques recommandent cette vaccination dès lors qu’une contamination des courants migratoires Est-Atlantique ou Rhin-Rhône est jugée probable (succession de foyers en France ou dans les pays de l’Union situés sur ces axes) et imputable aux oiseaux migrateurs.
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L’Afssa considère que cette vaccination pourrait se limiter à trois départements cumulant à la fois le risque d’être contaminé et celui d’être source de dissémination : la Vendée, la Loire-Atlantique et les Landes.
Vaccin par injection
La vaccination d’urgence, elle, ne serait être envisagée qu’en cas d’apparition de foyers de la grippe dans une zone de forte densité avicole et sur la base d’une insuffisance avérée de l’efficacité des mesures de police sanitaires. Il s’agira alors de préserver prioritairement les lignées génétiques des élevages de sélection, les volailles à durée de vie longue ou à haute valeur économique (tels que les animaux reproducteurs et multiplicateurs).
La veille de la publication de l’avis de l’Afssa, le ministère de l’Agriculture ne cachait pas, pour sa part, son peu d’enthousiasme pour l’option vaccinale. Lors d’un point presse organisé au ministère de la Santé le 8 novembre, Monique Eloit, directrice-adjointe de l’alimentation (DGAL) a ainsi expliqué que les bénéfices à attendre de la vaccination étaient loin d’être évidents au regard des contraintes qu’elle implique, le vaccin devant être injecté volaille par volaille.
Echelles de risque
De manière plus générale, Philippe Vannier – expert à l’Afssa – et Didier Houssin – le délégué interministériel à la lutte contre la grippe aviaire – ont tenu lors de ce point presse du 8 novembre un discours rassurant sur la situation française. Ils ont ainsi rappelé que l’élevage de volailles dans l’Hexagone n’avait rien à voir avec les élevages en plein air asiatiques, laissant entendre que les échelles de risque n’étaient en aucune manière comparables. Philippe Vannier a cependant souligné qu’en matière de lutte contre le virus, l’attention devait particulièrement se porter sur les activités de négoce et de commerce, considérées comme un moteur possible de diffusion de la maladie. Le scientifique considère également qu’il faudra surveiller attentivement les oiseaux migrateurs au printemps 2006, à leur retour d’Afrique, afin d’anticiper tout apparition du virus. De son côté, Monique Eloit, a martelé que la viande de volailles et les œufs mis sur le marché en France étaient issus de cheptels et d’animaux sains. Et, dans l’hypothèse où un cas de grippe aviaire apparaîtrait en France ou dans l’Union européenne, le ou les élevages concernés seraient « bloqués » et tout animal qui en sortirait serait directement envoyé à l’équarrissage.