Pascal Ferey, est l’homme du Grenelle de la FNSEA ; celui qui a été chargé de monter en première ligne lorsque le syndicat agricole a décidé d’y participer. Pascal Ferey dit encore aujourd’hui, que « le Grenelle est un beau sujet » alors que l’examen de la loi Grenelle 2 a débuté le 4 mai dans un contexte de fin de période verte pour le gouvernement. « Je veux battre en brèche ce discours ambiant », dit le syndicaliste mais, dans le même temps il ne supporte plus l’hystérie collective qui s’est emparée de certains parlementaires ou ministre. « Si on voulait diaboliser l’écologie, c’est réussi » estime-t-il. « On peut faire de l’écologie et de la compétitivité : tout est compatible », ajoute-t-il. Positif et pragmatique, il estime que l’agriculture française n’a pas été « transformée » par le Grenelle mais qu’elle est sur « de nouveaux rails ».
Agra Presse : la « sortie » de Nicolas Sarkozy au Salon de l’agriculture, a signé la fin de la période verte du gouvernement. Dans la foulée, on a eu l’impression que la FNSEA s’est sentie autorisée à dire tout haut ce que beaucoup de ses adhérents pensaient tout bas. L’écologie et la FNSEA, c’est finie ?
Pascal Ferey : Après une année agricole très difficile d’un point de vue économique et des attaques de syndicats concurrents pour le moins populistes, le raidissement de la FNSEA sur cette question de l’écologie était nécessaire. Cela ne veut pas dire que nous ne sommes pas prêts à avancer sur ces sujets. Nous l’avons d’ailleurs prouvé en nous impliquant dans le Grenelle. Je veux battre en brèche tout ce que j’entends depuis le début de l’examen
de la loi Grenelle 2. Le Grenelle de l’environnement reste un beau sujet. Mais, je déplore l’hystérie collective qui s’est emparée de certains ministres ou parlementaires. En même temps, je ne supporte plus d’entendre Jean-Louis Borloo nous décliner les bienfaits de Grenelle pour l’agriculture. Si on voulait diaboliser l’écologie, c’est réussi. Le plan Ecophyto 2018 est très intéressant pour les agriculteurs à partir du moment, où l’on sait comment faire face notamment à certaines impasses techniques. Ce n’est pas la loi qui pose problème mais l’application qu’on en a. Il faut avoir le courage de regarder par-dessus la haie. La Pac nous a figés dans nos pratiques agricoles.
L’écologie, est-elle réellement synonyme « de semelle de plomb » pour les agriculteurs selon l’expression de Jean-Michel Lemétayer ?
On peut faire de l’écologie en étant compétitif et être compétitif en faisant de l’écologie. Tout est compatible. Aujourd’hui, c’est l’ensemble du poste charges pour les exploitations agricoles qui pose problème, pas seulement l’écologie. Sans oublier le non-partage de la valeur ajoutée.
L’agriculture allemande dont on vante la compétitivité par rapport à la France n’a-t-elle pas intégrée l’écologie dans son développement ?
On ne peut pas nier que l’Allemagne a eu une politique agressive sur le dossier des énergies renouvelables. Et aujourd’hui, elle est un peu en avance. Mais l’activité d’élevage des exploitations allemandes est souvent connexe à celle de producteurs d’énergie. Enfin, n’oublions pas que l’agriculture allemande a aussi su s’imposer des règles cohérentes pour se restructurer. En France, il s’agirait enfin de mettre en adéquation les grands discours. D’un côté, Jean-Louis Borloo défend le photovoltaïque au sol et d’autres nous expliquent qu’il faut sauver les terres agricoles qui sont grignotées par l’urbanisme.
La « magie » de Grenelle, pour reprendre l’expression de Jean-Louis Borloo, qui a mis autour de la table des gens qui n’avaient pas l’habitude de se parler est-elle définitivement rompue ?
L’État de grâce « Grenellien », si j’ose dire, est terminé. La récré est finie. C’est vrai qu’on se parle moins aujourd’hui. Mais, je veux maintenir le lien avec France Nature Environnement par exemple. Les comités de suivi de Grenelle se réunissent toujours. Donc le dialogue n’est pas totalement rompu. Et, l’agriculture si elle n’est pas transformée par le Grenelle est sur de nouveaux rails.
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