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Pascal Lamy : « Rendre notre planète globalisée moins dangereuse »

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«Conclure le cycle de Doha revient, certes, à encaisser les bénéfices économiques d'une nouvelle génération d'ouvertures de marchés équitablement répartie en fonction des capacités contributives des participants. Mais aussi, et surtout dans les circonstances actuelles, à consolider l'un des rares systèmes de régulation effectifs au plan international », a plaidé Pascal Lamy le 1 er octobre devant la commission des finances de l’Assemblée nationale française.

« A l'inverse, ne pas conclure reviendrait à fragiliser un bien public construit avec autant de patience que de peine, depuis plus d'un demi-siècle, et qui a apporté de la transparence, de la prévisibilité et de la stabilité, tous ingrédients dont notre planète globalisée a besoin dans beaucoup d'autres domaines, y compris, on le voit bien aujourd'hui, en matière financière, pour devenir moins dangereuse », a insisté le directeur général de l’OMC.

Malgré l’échec « préoccupant » des négociations ministérielles de fin juillet à Genève, « les contours du paquet final du cycle de Doha sont désormais suffisamment clairs pour en mesurer les proportions économiques, politiques et systémiques », a également estimé M. Lamy. « Au plan économique, les résultats se traduiraient par des réductions de moitié des droits de douane imposés aujourd'hui en matière industrielle ou agricole, dont les deux tiers dans les pays développés et un tiers dans les pays émergents, les pays les plus pauvres étant exonérés. Le tout avec une mise en œuvre de cinq ans pour les pays développés et dix ans pour les pays en développement. L'impact sur les échanges serait d'autant plus fort que ces droits de douane sont élevés. Quant à l'impact des ouvertures supplémentaires en matière de services, il est plus complexe à estimer ».

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« A l'horizon 5-10 ans et pour l'Union européenne cela représenterait environ 20 milliards de dollars de moins de taxation de ses exportations, avec un gain de 5 milliards de dollars en matière agricole et agro-alimentaire », a précisé le directeur général de l’OMC.

« En matière de subventions agricoles, les disciplines portant sur la partie des soutiens publics qui sont définis à l'OMC comme perturbant les échanges internationaux – dans le cas de l'Union européenne, environ un quart du total du soutien total – seraient sérieusement renforcées, comme le souhaitent les pays en développement, puisque les plafonds actuels seraient réduits de 70 à 80%. Quand aux subventions à l’exportation, elles seraient définitivement interdites », a poursuivi M. Lamy.

« D'autres thèmes restent à finaliser, même si des progrès, encore inégaux selon les sujets, ont été faits en matière de régulation de l'anti dumping, des subventions à la pêche, des procédures douanières ou sur certains aspects de la protection de la propriété intellectuelle, pour ne prendre que quelques exemples », a également indiqué M. Lamy.