Abonné

Interview Pascal Prot, président de Vivescia Industries : «  Notre groupe doit pouvoir doubler de taille dans les cinq ans qui viennent »

- - 8 min

Partisan d'« une croissance réfléchie et d'un capitalisme patient », Pascal Prot, le président de Vivescia Industries, estime, que la phase de restructuration et de consolidation de Vivescia Industries désormais achevée, peut s'ouvrir une nouvelle phase de croissance. À l'occasion de l'assemblée générale des actionnaires qui s'est déroulée à Reims le 15 décembre dernier, il a appelé à de nouvelles alliances, notamment avec son voisin régional Axéréal, ce qui permettrait de construire en France un des leaders européens de la transformation de céréales.

Agra-Alimentation : Le 15 décembre dernier à Reims, Vivescia Industries a présenté des résultats modestes et décevants à ses actionnaires. La plupart de vos indicateurs sont à la baisse et votre chiffre d'affaires a diminué de 7,7%. Etes-vous malgré tout confiant dans l'avenir ?

Pascal Prot : Le chiffre d'affaires ne guide plus nos actions. Nous sommes désormais tournés vers la création de valeur, ce qui explique que nous sommes plus sélectifs dans nos prises de décision et nos acquisitions. Tournée vers l'international, notre entreprise est devenue avant tout une entreprise de gestion de risques.

Cette nouvelle stratégie nous a conduits à mener une profonde réorganisation du groupe qui a consommé de la valeur sans en générer autant dans un premier temps. Depuis deux ans, nous avons pris des décisions coûteuses et courageuses pour permettre aux entreprises du groupe d'être actives sur leurs marchés. Ce travail obscur qui a été réalisé est gigantesque. Pour l'instant, Vivescia Industries n'en a pas encore récolté les fruits, mais ce que l'on a entrepris, doit finir par payer.

Agra-Alimentation : Justement, Alain Le Floch, le président du conseil de gérance de Vivescia Industries, a présenté le nouveau plan stratégique du groupe en décembre dernier. Il le qualifie de plan ambitieux, volontariste et exigeant. Pouvez-vous en détailler les principaux points ?

Pascal Prot : Pour les dix ans qui viennent, notre objectif est de préserver un lien fort avec la production agricole, de conserver un portefeuille d'activités équilibré et enfin de maintenir un projet ouvert auprès de nouveaux actionnaires. Mais pour doper la rentabilité de Vivescia Industries, nous devrons acquérir de fortes positions concurrentielles et partir à la conquête de nouveaux marchés et de nouveaux pays.

D'ailleurs, si les activités hors zone euro contribue actuellement pour 28% au chiffre d'affaires total, notre groupe compte bien le faire progresser à 50% au bout de 10 ans !

Ce qui doit se traduire par des efforts accrus en matière de recherche, de marketing et de technologie.

Un groupe comme le nôtre doit pouvoir doubler de taille d'ici cinq ans, dépasser les 4 milliards de chiffre d'affaires et générer un Ebitda de 400 millions d'euros, soit 10% de marge d'Ebitda, contre 6 à 7% actuellement.

Agra Alimentation : A la vue des évolutions du groupe depuis quelques années, êtes-vous sûr d'être dans le bon projet céréalier français ?

Pascal Prot : Nous sommes persuadés d'être effectivement dans le bon projet céréalier, le projet le plus ouvert, avec un vrai potentiel de création de valeur. Notre projet est collectif et se veut toujours plus attractif pour rassembler encore davantage d'acteurs individuels, coopératifs et financiers. Nous sommes ouverts à toute alliance qui permettrait d'améliorer notre projet ou de l'accélérer. Des alliances pour faire plus, et plus vite, me semble être une bonne stratégie, surtout si l'on veut trouver de nouveaux relais de croissance en Asie ou en Afrique.

Agra-Alimentation : A Reims, vous évoquiez des groupes français comparables au vôtre, comme Soufflet, Tereos, Limagrain ou Axéréal en estimant que ce dernier était le groupe qui vous ressemblait le plus. Peut-on supposer qu'une alliance avec Axéréal ait du sens ?

Pascal Prot : Soufflet est un voisin, presque notre sosie. C'est une belle entreprise, mais dont le capital n'est pas ouvert aux capitaux agricoles à ce jour ! Tereos est un intervenant majeur dans les amylacées et le sucre, dont la filiale Tereos International est cotée à la bourse brésilienne de Sao Paulo. Le groupe en train de racheter la participation des minoritaires afin de préserver les coopératives céréalières d'une cotation boursière compliquée. Limagrain est un groupe qui est également présent dans le pain et les viennoiseries. C'est le plus beau projet coopératif français, mais son projet n'est pas ouvert aux autres coopératives pour l'instant !

Et il y a également un voisin régional comme Axéréal qui intervient également dans le malt et la meunerie qui est ouvert, quant à lui, à d'autres coopératives. Ses activités nécessiteront par contre des investissements massifs pour atteindre une taille critique.

C'est vrai que j'appelle de tous mes vœux un partenariat avec Axéréal, dans la mesure où nous sommes dans des secteurs d'activité qui demandent une certaine dimension. Ceci est d'autant plus important que nous avons des concurrents en face de nous qui sont même parfois nos clients. Nos clients brasseurs sont en effet parfois malteurs !

Nous avons de belles entreprises l'un comme l'autre, mais nos tailles sont encore limitées. Le moyen d'aller plus vite serait en effet d'unir nos forces régionales. Mais pour faire les choses, il faut être deux partenaires. Néanmoins, nous ne devons pas nous limiter aux alliances avec des partenaires français. Nous avons également à regarder les possibilités en Europe, voire à travers le monde.Dans les années qui viennent, nous serons amenés à faire une acquisition majeure ce qui donnera un vrai élan à notre groupe.

Agra-Alimentation : Pourquoi avoir débaptisé Siclaé en 2014 pour le renommer Vivescia Industries ? Il semble d'ailleurs que cette date-là s'avère être un moment important dans la toute jeune histoire de Vivescia Industries. Pourquoi ?

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Pascal Prot : Notre groupe vient de connaître deux étapes importantes. 2012 est en fait la véritable année de création de Vivescia Industries. C'est l'année où le groupe, majoritaire à 54% chez NutriXo, a pris totalement le contrôle de sa branche meunerie constituée des Grands Moulins de Paris (GMP) et de Délifrance (boulangerie-viennoiserie et pâtisserie). Ce n'est qu'à ce moment-là que nous avons pu exercer notre plein pouvoir de gestion sur l'ensemble des 74 entreprises du groupe. Ce qui n'a pas été sans créer quelques bouleversements à l'interne, comme à l'externe.

2014 marque le passage officiel de Siclaé à Vivescia Industries. Plus qu'un changement de nom, cette transformation est l'illustration parfaite de la volonté de Vivescia d'apparaître comme l'entité qui est à la manœuvre, l'actionnaire qui prend ses responsabilités dans la gestion des affaires. On prend éventuellement des coups, mais on assume ! Il y a eu débat, mais depuis, notre visibilité a été accrue de façon considérable.

Agra-Alimentation : Dans votre cœur de métier que constituent le malt et la boulangerie viennoiserie pâtisserie, ne pensez-vous pas pouvoir aller plus loin en matière de différenciation de produits par rapport à la concurrence ? N'avez-vous pas des progrès à faire pour renforcer la notoriété de vos marques ?

Pascal Prot : Effectivement. Mais on ne pouvait être présents sur tous les fronts. Nous avons été très focalisés sur la réorganisation de notre groupe, mais cette phase est quasiment achevée. Nous allons effectivement nous concentrer davan-tage sur les produits, sur nos clients et sur la mise en valeur de nos marques.

Agra-Alimentation : Quelles sont les raisons qui expliquent vos résultats décevants pour 2014-2015 ? Pascal Prot : C'est une conjonction d'évènements. C'est avant tout la conséquence de la réorganisation de nos activités et de nos métiers. Ensuite, nous avons dû intégrer l'amende de l'autorité de la concurrence qui a affecté notre bilan de 25M€. Enfin, Chamtor, qui a subi des évènements très négatifs comme la chute des cours du sucre, la mauvaise qualité des blés…, a impacté notre bilan. Mais Chamtor présentera néanmoins un excellent résultat cette année.

Agra-Alimentation : Chamtor est-il bien dimensionné pour soutenir la concurrence des majors du secteur ?

Pascal Prot : Face à des géants comme Roquette ou Tereos, Chamtor n'a pas forcément une taille qui l'autorise à être totalement autonome sur son marché. Peut-être que, dans l'avenir, des alliances verront le jour, même si Chamtor a son propre développement extrêmement dynamique. Mais ce n'est pas notre préoccupation dans l'immédiat.

Agra-Alimentation : Etes-vous confiant dans l'avenir de Vivescia Industries ?

Pascal Prot : Nous ne sommes pas sur des marchés en déclin ou à risques technologiques. Toutes nos activités sont sur des marchés porteurs, en croissance, en Europe et dans le monde. Nous sommes des spécialistes des céréales, un produit qui garde aux yeux des consommateurs une très belle image. Et aujourd'hui, Vivescia Industries est à l'aube de révéler l'efficacité et la rentabilité de sa véri-table stratégie.

VIVESCIA INDUSTRIES EN CHIFFRES (AU 30/06/2015)

Chiffre d'affaires : 2,305 Mds€ (-7,7%)

Ebitda consolidé : 145,3 M€ (-8,2%)

Marge brute d'autofinancement : 64,4 M€ (-33 %)

Résultat d'exploitation consolidé : 67,4M€ (-18,9%)

Résultat net de l'ensemble consolidé : 1,3 M€ (-95,8%)

Source : Vivescia Industries