Les inégalités hommes-femmes sont plus fortes encore en zone rurale que sur l’ensemble du territoire, selon Pascale Boistard. La secrétaire d’État chargée des droits des femmes revient pour Agra Presse sur les dernières études en la matière et expose ses ambitions pour « traduire dans les faits » une égalité qui n’existe pour le moment que dans les textes.
En matière d’inégalités hommes-femmes, la situation des femmes en milieu rural est-elle comparable à celles des femmes en zone urbaine ?
Il existe bien sûr des problèmes qui concernent toutes les femmes de notre pays. Mais les femmes en milieu rural sont plus exposées à certaines inégalités entre les femmes et les hommes. Le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCEfh) a bien identifié ces inégalités dans son rapport sur le sujet (1).
Les inégalités femmes-hommes sont renforcées au niveau de l’emploi d’abord. Ainsi, les femmes sont plus exposées au chômage, et en particulier les moins de 25 ans (61 % des demandeurs d’emploi en zones rurales sont des femmes, contre 50 % en moyenne en France). Elles sont plus nombreuses à être en temps partiel (près de 40 % contre 29 % en moyenne en France) ou dans des emplois précaires.
Les inégalités sont aussi marquées en termes d’accès aux droits et aux services publics. Concernant les droits sociaux, par exemple, depuis 2006, les conjoints des chefs d’exploitation peuvent accéder au statut de collaborateur d’exploitation ou d’entreprise agricole. Ce statut donne accès à un certain nombre de droits en termes d’assurance maladie, de prestation vieillesse ou de formation professionnelle. Or, on estime que 8 500 femmes qui pourraient y avoir accès n’en bénéficient pas, souvent par manque d’information.
Enfin, on sait que faute d’accès à des places en accueil collectif pour la prise en charge de la petite enfance, les familles rurales ont plus souvent recours à des assistantes et assistants maternels.
Des mesures ont-elles déjà été prises en faveur des femmes en zone rurale ? Quelles sont vos priorités à ce sujet ?
Notre priorité pour les femmes en milieu rural, c’est la question de l’égalité professionnelle, car le travail est un levier essentiel pour l’autonomie et la liberté des femmes.
Je mène un travail avec les régions, au travers des conventions « territoires d’excellence pour l’égalité femmes-hommes » pour agir au plus près du terrain, en prenant en compte le monde rural et les spécificités des territoires. Il s’agit de mobiliser les régions, les services de l’État, pôle Emploi et tous les acteurs économiques pour travailler sur les questions de mixité des métiers, de réinsertion professionnelle des femmes, de formation, d’égalité dans les entreprises… Le monde rural, ses activités économiques sont largement pris en compte dans ces conventions, comme dans celle que nous avons signée récemment dans le Limousin.
Le développement de l’entreprenariat au féminin dans le monde rural est une priorité du gouvernement ; ce dernier a pour objectif, de porter à 40 % la part des femmes dans la création ou la reprise d’entreprise. Donner aux femmes la possibilité de créer ou de reprendre leur entreprise est une source d’émancipation et de liberté pour elles-mêmes, mais également une source de création d’emplois pour ces zones. Nous développons des partenariats pour faire en sorte que l’information sur tous les dispositifs de soutien et de financement proposés arrive jusqu’à elles, même dans les territoires les plus isolés.
Car le problème de connaissance des droits est souvent important dans le monde rural. C’est pour cela que nous avons créé un guide pour les femmes agricultrices (2) qui trop souvent méconnaissent leurs droits sociaux et les aides dont elles peuvent bénéficier, comme les dispositifs de remplacement lors de leurs congés de maternité.
En tant que secrétaire d’État chargée des droits des femmes, quelles ambitions avez-vous pour soutenir les femmes, et plus particulièrement, celles qui vivent en zone rurale ?
Mon ambition, c’est de faire avancer l’égalité réelle. L’égalité existe dans les textes, il faut la traduire dans les faits. Cela vaut pour les femmes qui vivent en milieu rural en France comme dans le monde. A l’occasion du 15 octobre, Journée mondiale de la femme rurale, c’est bien à cette échelle que je veux penser. Car, dans de nombreux pays du monde, à la campagne, les femmes jouent un rôle majeur pour l’accès aux ressources, pour l’alimentation, pour le développement économique, sans avoir toujours les revenus et les droits qui découlent de leurs actions et en rencontrant des difficultés pour accéder au crédit, aux infrastructures… Je veux qu’elles puissent se saisir de toutes leurs chances, et je suis persuadée que nous avons besoin d’elles, de leurs idées, de leur énergie, pour affronter de grands enjeux, comme dans la lutte contre le dérèglement climatique par exemple. Garantir mieux leur droit, c’est les rendre plus actrices de leur vie, c’est leur donner la possibilité de donner à chaque instant le meilleur d’elles-mêmes.
Propos recueillis par Bérengère Bosi
(1) Diffusé en avril 2014
(2) Femmes en agriculture, vos droits ! novembre 2014