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Produits laitiers Passer le cap d’une mauvaise année

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Stabilité des ventes en grandes surfaces, baisse des produits industriels, hécatombe des produits exportés : telle est la gamme employée par l’industriel Guy Fléchard pour caractériser les évolutions présentes de ses marchés. Pour 2009, le patron de cette PME spécialisée dans la production de beurre s’attend à un premier semestre déplorable. L’équilibre pourrait être de retour pour le second semestre. En amont, cela signifie, pour lui, que les prix du lait doivent encore s’adapter à la baisse. Pour Gérard Budin, président du groupe coopératif Sodiaal, une seule certitude : sera très mauvais, assure-t-il. En 2008, .

«Je comprends les producteurs qui défendent leur bifteck, annonce Guy Fléchard, mais il faut être réaliste. » Réaliste, pour lui, cela signifie accepter une baisse des prix du lait qui aille au-delà de ce que l’interprofession a décidé pour début 2009 (-45 euros par 1 000 litres sur janvier et février, -55 euros pour mars). Un réalisme tempéré par Gérard Budin, président du groupe Sodiaal et président de la FNCL (Fédération nationale de la coopération laitière). Si ce dernier est « pessimiste » sur le prix du lait pour 2009, il se dit bien incapable de dire ce qui se passera après le premier trimestre 2009. « On est face à deux sinistres », explique-t-il. D’un côté, des industriels cherchent logiquement, dans un contexte difficile où le marché des produits industriels s’effondre, à limiter leurs engagements. De l’autre, des transformateurs qui ne sont pas liés à l’accord sur le prix du lait car non adhérents aux syndicats les représentant vont faire des « économies ». « Que vont-ils faire des économies réalisées sur le prix du lait ? », s’interroge le président de la FNCL. « Proposer par exemple des prix à la consommation plus bas sur leurs produits de grande consommation » n’est pas sans conséquence pour les autres entreprises qui respectent l’accord interprofessionnel, souligne Gérard Budin.

Une année qui s’annonce difficile

Selon Guy Fléchard, directeur général d’une PME spécialisée dans la production de beurre, 2009 s’annonce difficile. Situé à la Chapelle d’Andaine, dans l’Orne, Fléchard, avec environ 250 millions d’euros de chiffre d’affaires et 350 employés, se situe sur les trois principaux marchés des produits laitiers : les marques de distributeurs, produits de grande consommation, marché qui est à peu près stable ; les ventes aux industriels de la viennoiserie, français ou européens, un secteur actuellement en baisse d’activité de 10 % à 20 % selon les segments ; l’exportation hors d’Europe, qui connaît « une hécatombe », selon Guy Fléchard, par manque de liquidités dans les pays émergents importateurs. Du côté de Sodiaal, premier groupe coopératif laitier avec 2,2 milliards de litres de lait collectés, affichant en 2007 un chiffre d’affaires de 2,2 milliards d’euros (horsYoplait) pour un résultat net de 21,1 millions d’euros, « tout ce qui a été conduit comme rationalisation, innovation, restructuration nous plaçait dans de bonnes perspectives pour 2009 », commente Gérard Budin. « Ce sont autant d’acquis. Pour autant, cela ne nous affranchit pas, hélas, du contexte général ».

Réguler la production

Face à cette conjoncture difficile, l’Europe va ouvrir l’intervention publique sur le beurre en mars et avancer la mise en œuvre d’une aide au stockage privé. Mais est-ce que cela suffira pour redresser les marchés ? Le patron de Fléchard en doute, d’autant que pas mal d’outils de régulation tendent à disparaître, comme l’aide au beurre pâtissier par exemple. Et, surtout, la hausse des quotas qui les vide de leur impact est une erreur, selon lui. « On va laisser produire plus de lait alors qu’on en a besoin de moins », regrette-t-il. Et d’insister : « L’Europe dérégule quand les États-Unis recommencent à réguler leurs marchés ». Selon Gérard Budin, « certaines entreprises peuvent assumer et faire des péréquations : tout dépend du poids de leurs excédents ». Pour autant, « les plus pessimistes n’avaient pas envisagé une telle situation : tous les facteurs pesant sur les marchés sont du mauvais côté aujourd’hui, explique-t-il. En 2007, ils étaient tous du bon côté ! ». « J’ai souvent dit que ma génération n’avait jamais connu une telle volatilité des prix sur le marché européen », souligne Gérard Budin.

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Ajuster le prix du lait

Guy Fléchard ne voit donc pas d’autre solution que d’ajuster à la baisse le prix du lait en France. C’est pourtant ce qu’a déjà prévu l’interprofession. « La baisse des prix prévue est insuffisante. On est encore aux alentours de 300 euros les mille litres alors que les Belges sont descendus à 250 euros. » « Le marché retrouvera peut-être son équilibre au second semestre 2009 », espère-t-il, conseillant aux éleveurs de modérer, pendant cette période, leur investissement pour ne pas se fragiliser. « Les producteurs de lait européens même les plus compétitifs ne peuvent pas produire au prix du marché mondial », rétorque le président de Sodiaal. Dans la réflexion qui s’engage au sein de l’interprofession pour le prix du lait à partir du 2 e trimestre 2009, « on est obligé de trouver un moyen d’isoler le grand marché intérieur laitier ». Rappelons que le marché mondial des produits laitiers ne concerne qu’environ 6 à 7 % de la production.

Adaptation

Fléchard a cependant des marges d’adaptation. Comme beaucoup d’entreprises spécialisées sur une des composantes du lait (la matière grasse dans son cas), ils s’approvisionnent largement auprès d’autres industriels dont il achète la matière grasse excédentaire. Les livraisons directes de la part de ses 600 éleveurs ne représentent en fait qu’environ un dixième de ses besoins.

Déjà, collectivement, les producteurs de lait ont réagi à la nouvelle situation de prix. La collecte laitière est en légère baisse en octobre, une réduction qui devrait s’accentuer en novembre et décembre et se prolonger sur 2009. Les prix ont-ils une chance de grimper à nouveau fin 2009 ? Si oui, ils pourraient montrer que le marché devra s’habituer à des cours jouant au yo-yo. « Le pire n’est jamais sûr, espère Gérard Budin. L’économie est une question de confiance. Il suffirait de quelques signes positifs… ». Réponse en 2009.