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Patrick Collin, DG d’Aoste : « Nous ne sommes pas sortis d’Inaporc pour casser le modèle »

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Le directeur général d’Aoste, dont la marque Cochonou affichera à partir de février le logo Porc français, explique son initiative, et les raisons qui l’ont poussé, avec la Fédération des charcutiers (Fict), à quitter l’interprofession porcine, en pleine crise du porc. Pour lui, l’étiquetage ne fait que repousser sur les salaisonniers le problème du manque de compétitivité de l’amont.

Pourquoi avoir passé votre marque Cochonou en 100 % viande française ?

Nous gérons quatre marques : Aoste qui est composé à 90 % de Labels rouges donc de produits français, Moroni qui est une marque de spécialités espagnoles, Cochonou, et Justin Bridou. 80 % des jambons que nous achetons sont français, moins pour le saucisson parce que certaines matières sont difficilement trouvables, et les qualités des produits disponibles en France sont parfois moins intéressantes que dans d’autres pays européens, par exemple sur le plan de la prévalence des salmonelles. Pour nous, l’origine n’est pas le seul critère qualitatif. Les événements de l’année dernière nous ont fait nous reposer la question de l’approvisionnement : après discussion avec les éleveurs, nous avons décidé de faire des efforts. Nous allons passer Cochonou en porc français pour envoyer un signe positif à la filière et parce que c’est une démarche cohérente avec le produit. Le surcoût est d’environ 10 centimes sur un produit fini de 250 g, une hausse que nous essayons de repasser dans nos négociations avec la distribution actuellement. La démarche de changement de l’approvisionnement français a été faite au mois de décembre, et nous devrions être certifiés porc français courant février. Nous espérons que les pièces seront disponibles en quantités suffisantes dans les périodes de forte demande.

Quel est votre diagnostic de la crise que traversent les éleveurs français ?

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Nous sommes dans un marché ouvert. Au prix actuel, nous constatons que les éleveurs allemands, danois et espagnols arrivent à sortir des comptes – certes pas très positifs – mais positifs, tandis qu’une partie des éleveurs français n’y arrive pas. On sait que les charges sociales sont plus élevées en France, même si l’emploi est moins présent dans les élevages que dans l’industrie, que les fermes sont moins grosses en France qu’ailleurs en Europe, que la méthanisation permet de dégager des revenus complémentaires sur les fermes dans certains pays, que les éleveurs qui font de l’alimentation eux-mêmes plutôt que de l’acheter à leur coopérative s’en sortent mieux. Il faut pouvoir agir sur tous les leviers… mais si à la fin la viande française est plus chère, ce n’est pas uniquement avec un logo Viande Française que l’on va résoudre ce problème de compétitivité, surtout si cette viande n’apporte rien de plus par rapport aux autres viandes européennes. Soit l’élevage français apporte une viande de qualité égale à un prix égal, soit il faut réfléchir aux qualités de la viande française qui pourraient justifier un prix supérieur.

Pourquoi avoir décidé avec la Fict de quitter Inaporc ?

Inaporc avait vocation à traiter les problématiques de toute la filière, et depuis quelque temps, le seul leitmotiv était l’étiquetage et l’origine France. Les transformateurs ont joué le jeu, mais à long terme, des concurrents étrangers viendront proposer des charcuteries moins chères sur nos marchés. Pourquoi le Label Rouge s’en sort ? Parce que la viande est un peu différente. Mais avec une même génétique, une même durée d’élevage et une même alimentation, si vous êtes 20 % plus cher, ça ne marche pas. Nous ne sommes pas sortis d’Inaporc pour casser le modèle. Le travail aujourd’hui, c’est de savoir comment les groupements d’éleveurs, les distributeurs et les abattoirs veulent travailler avec nous.