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Interview Pekka Pesonen souhaite « une Pac flexible mais qui reste commune »

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Alors que les négociations entre la Commission, le Conseil et le Parlement européen sur la réforme de la Pac se poursuivent pour trouver un accord d’ici le mois de juin, le secrétaire général du Copa-Cogeca (organisations et coopératives agricoles de l’UE), Pekka Pesonen, demande de la flexibilité pour les agriculteurs européens dans le cadre d’une approche qui doit rester commune à l’échelle européenne. « Si seul le financement reste commun, ce ne sera pas suffisant » pour maintenir la Pac après 2020, prévient-il. En l’état actuel des discussions, les priorités du Copa-Cogeca sont d’obtenir de la souplesse dans la mise en œuvre du verdissement des aides et de disposer des outils nécessaires au renforcement de la position des agriculteurs au sein de la chaîne alimentaire.

Quelle est votre priorité, celle du Copa-Cogeca, pour cette réforme de la Pac, alors que se poursuit la négociation entre le Conseil de l’UE, le Parlement européen et la Commission?
Pekka Pesonen : Notre priorité numéro un, c’est qu’une décision – un compromis entre les trois institutions – soit prise dès le mois de juin, pour que les agriculteurs puissent planifier leurs investissements. Après tout, et c’est très important, il s’agira d’une évolution et pas d’une révolution. Il faudrait que les textes législatifs soient disponibles en septembre ou octobre. Sur le fond, ce que nous voulons, c’est de la flexibilité, mais avec une approche, une orientation, qui reste européenne. Car, sinon, est-ce qu’on aura encore une politique commune après 2020 ? Si seul le financement reste commun, ce ne sera pas suffisant. Actuellement, dans la position du Conseil, seul le verdissement est européen, les autres dispositions sont à la carte. Reste que les propositions de la Commission pour cette réforme étaient au départ un peu trop rigides.

Les organisations professionnelles ne sont elles pas elles-mêmes rigides ?
Non, on peut discuter. On peut par exemple se montrer ouvert sur les transferts entre les deux piliers, à condition qu’il y ait cofinancement national des crédits virés au développement rural. Mais ce n’est pas l’option qui est aujourd’hui sur la table.

Dans quels cas la flexibilité et l’approche commune que vous souhaitez seraient-elle applicables ?
Il faut en particulier trouver, sur le verdissement, une approche qui soit à la fois flexible et européenne, par exemple une petite liste commune de cinq à six critères dont trois au moins devraient être respectés dans tous les États membres. À ce propos, nous serons très vigilants sur la question de l’équivalence, il ne faudra pas pénaliser les agriculteurs qui ont déjà accepté de se lancer dans des mesures agro-environnementales. On ne peut pas leur demander tout-à-coup de faire plus en leur accordant moins de soutiens, ce n’est pas acceptable. Ce serait les soumettre à une sorte de volatilité contractuelle. Mais nous sommes contre le double financement du verdissement.

Au-delà de verdissement, quelle devrait être la mesure phare de cette réforme ?
Le positionnement des agriculteurs au sein de la chaîne alimentaire. C’est très important. Nous sommes en faveur des propositions de la Commission. On voit que les coopératives ont un impact favorable sur les prix et la variabilité du marché. Nous sommes pour le maintien du régime actuel pour les fruits et légumes, qui fonctionne, et pour les dispositions du « paquet lait ». Il est regrettable de constater que, contrairement à l’objectif poursuivi avec le découplage des aides directes décidé en 2003, les agriculteurs sont de plus en dépendants de ces paiements, à cause de la réalité du marché, de l’effet ciseaux, c’est-à-dire une augmentation des prix plus faible que celle des coûts de production. De ce fait, aujourd’hui, selon notre mode calcul, le paiement direct représente à peu près les trois quarts du revenu net de l’exploitation.

Quelle est, selon vous, la principale difficulté de la négociation en cours ?
La convergence des paiements directs. Pour la convergence entre les États membres, la Commission a fait une bonne proposition qui permet d’avoir une politique commune. Mais s’y ajoute la convergence interne, un problème très délicat pour des États membres tels que les Pays-Bas, l’Irlande, la Belgique ou le Danemark. Au Danemark, un paiement unique au niveau national, cela signifierait une perte de 140 euros par vache. Avec une moyenne de 100 vaches par élevage, faites le calcul. On peut discuter de tout cela, trouver des compromis, car il faut, je le répète, garder une politique commune, ne serait-ce que pour négocier des accords bilatéraux avec les pays tiers.

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