Abonné

Performance globale des exploitations Perfea : et si le conseil devenait un accompagnement stratégique ?

- - 5 min

Perfea est une méthode destinée à accompagner les agriculteurs qui le souhaitent à élaborer un projet stratégique – et non plus seulement technique – pour leurs exploitations. Une voie vers la performance globale, plaident ses instigateurs. Un itinéraire qui fait bouger les lignes : celles des conseillers, mais aussi celles des agriculteurs, invités à renforcer leur autonomie de décision. La démarche et les outils que requiert Perfea sont un peu déroutants. Mais le projet vient de décrocher un Casdar pour poursuivre dans cette voie.

La double performance, c’est bien. La performance globale, c’est encore mieux. Ce pourrait être l’un des slogans des partenaires du projet Perfea. Ce projet de recherche-action entend donner des méthodologies pour aider les agriculteurs ou groupes d’agriculteurs à élaborer des projets stratégiques d’exploitations agricoles. Explication de Franck Pervanchon, consultant-formation du réseau de formation Résolia : « Jusqu’à maintenant, les agriculteurs étaient accompagnés essentiellement sur un plan technique, par atelier, et au mieux sur une approche globale. L’approche de Perfea consiste à prendre en compte des problématiques globales qui concernent l’exploitation agricole (marché et concurrence, environnement, enjeux sociaux, etc.) mais aussi à dire qu’il y a des enjeux qui vont au delà et qu’on appelle stratégiques : comment mon entreprise définit ses finalités, comment elle intègre le développement durable, qui sont les parties prenantes en lien avec elle, etc. » Autrement dit, le second slogan de Perfea serait : le conseil, c’est bien, l’accompagnement stratégique, c’est encore mieux.
 
Animer plutôt que prescrire
La méthodologie développée dans le projet a été éprouvée depuis trois ans et demi dans les réseaux participants : Perfea est piloté par VetagroSup, en partenariat SupAgro Florac, APCA-Resolia et le réseau Trame. Cette expérience permet à Mathieu Capitaine, enseignant chercheur à VetAgroSup de poser : « On n’a pas de solution toute faite pour aller vers la double performance ou la performance globale. Mais trois conditions nous semblent nécessaires : que les approches proposées pour la réflexion aux agriculteurs soient non normées et situées (c’est-à-dire fonction du contexte local), que cela passe par un renforcement de l’autonomie de décision des agriculteurs. Enfin, cela requiert un changement de posture du conseiller. De prescripteur, il doit devenir accompagnateur, facilitateur, pour permettre l’émergence du projet qui sera formulé par les agriculteurs ». C’est autour de ces principes que « nous avons réfléchi à un itinéraire méthodologique pour la gestion stratégique des exploitations », raconte Mathieu Capitaine. Pour le conseiller, ce changement de méthode, n’est pas toujours facile. C’est pourquoi Résolia prévoit des formations spécifiques. Le changement doit aussi être accepté par les collègues ou par les élus agricoles…
 
6 à 7 mois de gestation
Coté agriculteurs, le travail est aussi étonnant. Concrètement, le temps de gestation d’un Perfea avec un groupe d’agriculteurs est de 6 à 7 mois. Alors évidemment, « il faut de l’envie, reconnaît Mathieu Capitaine, celle d’y passer du temps et de réfléchir ensemble ». Mais la démarche est originale : l’animateur aidera le collectif à réfléchir à ses valeurs, puis aux missions qu’il se donne, puis à sa vision du projet. D’où découleront un tableau de bord stratégique, puis un plan d’action. Les responsabilités de chacun ; ma gouvernance et les modalités de contrôle seront fixés à ce moment-là, a expliqué Nathalie Bletterie, formatrice à Supagro Florac, lors d’un colloque de présentation de Perfea, le 19 novembre. Des outils méthodologiques et informatiques aident le conseiller à agencer les idées du groupe d’agriculteurs, mais « il garde une posture d’animateur» et « ce sont toujours les agriculteurs qui énoncent les propositions, pas le logiciel ni l’animateur», ont insisté Nathalie Bletterie et Nolwenn Garino (chambre d’agriculture du Finistère) qui ont expérimenté Perfea.
 
Un Casdar pour poursuivre
A en croire les conseillers-animateurs, les stagiaires sont satisfaits de cette approche. Y compris les élèves de BTS Acse (analyse et conduite de systèmes d’exploitation) qui ont aussi expérimenté la démarche et l’ont jugée très positivement. Ils ont « presque regretté qu’on ne parle pas de projet stratégique des exploitations agricoles dès le bac professionnel », s’est réjoui Mathieu Capitaine. « Aujourd’hui, il y a un besoin croissant de ce genre d’accompagnement, assure Franck Pervanchon, même s’il n’y a pas forcément beaucoup de demandes explicites en ce sens ». Les groupes d’agriculteurs semblent un public potentiellement intéressé par ce genre d’accompagnement, suggérait Bertrand de Torcy, de Trame. En tout cas, la démarche a déjà été validée par le ministère de l’Agriculture, un projet Casdar (compte d’affectation spécial pour le développement agricole et rural) va permettre de poursuivre ce travail, et un projet Leonardo, va permettre des échanges à l’échelle européenne sur ce type de démarches.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

formation
Suivi
Suivre
recherche
Suivi
Suivre