La rentabilité de Pernod Ricard s'est améliorée l'année dernière malgré les mauvais chiffres enregistrés en France. Patrick Ricard s'est montré d'autant plus confiant en l'avenir, lors de la présentation des résultats 2003, le 18 mars, que son groupe s'est recentré sur les vins et spiritueux, activités éminemment plus profitables que les activités non stratégiques cédées en 2002. L'endettement a retrouvé le niveau d'avant l'acquisition des marques Seagram.
Pernod Ricard a nettement amélioré sa rentabilité en 2003 après la cession des marques non stratégiques les moins rentables. Le résultat courant est en hausse de 6,8 %, le résultat net part du groupe a augmenté de 12,3 % et la dette a diminué de 682 millions d'euros – la dette nette hors obligations convertibles en actions est à 1,6 milliard d'euros, soit un gearing de 77 %. L'activité vins et spiritueux (V&S), qui représente maintenant 96,7 % du chiffre d'affaires, affiche un CA en hausse de 8,1 %. Le résultat opérationnel V&S à taux de change constant est à +15 % tandis que le résultat net (hors exceptionnel et à périmètre et taux de change constants) a bondi de 23,5 %.
La marge opérationnelle des V&S a connu une « amélioration sensible », à 21,5 % (22,1 % à taux de change constants), malgré un effet devises « pénalisant » de 83 millions d'euros principalement dû au dollar (-53,7 millions d'euros), au bolivar venezuelien (11,2 millions d'euros) et au bhat thaï (9,1 millions d'euros).
Cette performance est attribuée à l'amélioration de la marge brute et des coûts de structure « contrôlés » (+19,3 %). A 66 % (+1,4 point), l'amélioration de la marge brute reflète « l'impact des hausses de prix appliquées » et « le développement des marques premium à forte marge ». Le groupe a maintenu « un niveau élevé de frais publi-promotionnels » à 21,5 % du CA (21,4 % à taux de change constants), mais en donnant la priorité aux marques clés : les douze marques clés bénéficient des deux-tiers des investissements publi-promotionnels. La croissance interne des vins et spiritueux a été soutenue dans toutes les régions du monde, sauf en France : +4,7 % en Europe hors France (40 % du CA), +12,4 % en Amérique du Nord et du Sud (22 %), +17,9 % en Asie et dans le reste du monde (21 %) mais -1,1 % en France, pays qui ne représente plus que 17 % du CA.
L'essentiel de la croissance provient principalement des grandes marques internationales. Chivas (+7 %), Martell (+8 %), Jacob's Creek (+14 %), Jameson (+8 %) et Havana Club (+11 %), qui fournissent les relais de croissance traditionnels du numéro deux mondial des vins et spiritueux, ont en outre connu une nette « accélération » de leurs performances au second semestre. Jouissant d'une notoriété moins élevée, les marques locales du groupe n'ont cependant pas été en reste et ont acquis de « fortes positions dans les pays émergents et prometteurs ». Par exemple : +40 % pour le scotch 100 Pipers en Thaïlande, +22 % pour le brandy arménien Ararat en Russie, +91 % pour le scotch Something Spécial au Venezuela mais aussi +11 % pour le whisky Royal Stag en Inde.
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Toutefois, le p.-d.g. du groupe, Patrick Ricard, concède que la rentabilité des marques locales est « extrêmement faible, voire nulle ». Leur principal atout, explique-t-il, réside dans leurs réseaux de vente qui permettent d'écouler les grandes marques internationales, dont la rentabilité est forte.
Recentrage sur les activités profitables
L'amélioration générale de la rentabilité de Pernod Ricard est notamment due à son rentrage sur les activités les plus profitables – CQFD. Ce n'est pas moins de 1,428 milliard d'euros de chiffre d'affaires, soit 29,5 % d'un CA hors taxes total de 4,326 milliards d'euros, que le groupe a cédé en 2002, avec, notamment, SIAS (fruits transformés pour l'industrie), la société anglo-irlandaise de distribution en gros d'alcool BWG, les cidres Loïc Raison (CSR). Ces cessions faisaient suite à celles d'Orangina Pampryl, San Giorgio et Yoo Hoo en 2001. En 2003, les activités non stratégiques ne représentaient plus que 115 millions d'euros, soit à peine 3,3 % du CA. Le rencentrage s'achèvera avec la vente de deux petites sociétés, Marmande Production et une production de jus de raisin. En mai 2003, Pernod Ricard s'est encore défait de son activité calvados en cédant la distillerie Busnel à La Martiniquaise tout en restant distributeur de ses marques en CHR et à l'international. Le 10 février dernier, le groupe a également annoncé la vente de la société Granger Bouguet Pau (préparations de fruits utilisées notamment dans les yaourts, les glaces et les pâtisseries) à une société d'investissement Transition and Turnaround (T'NT). En revanche, le groupe vient d'acquérir Framingham, un vignoble élaborant quelque 500 000 cols par an en Nouvelle-Zélande. L'opération qui s'est conclue à travers Orlando Wyndham (Jacob's Creek) permettra à la filiale australienne d'enrichir sa gamme en vins blancs de la région de Marlborough.
Patrick Ricard a déclaré réserver ses prévisions 2004 pour l'assemblée générale des actionnaires, qui aura lieu le 17 mai prochain, mais sur une période de 3 à 5 ans, le directeur financier du groupe, Emmanuel Babeau a annoncé une croissance en volume des marques-clés de 2 à 4 %, une croissance du chiffre d'affaires de ces marques de 4 à 6 % en raison d'une montée en gamme de ces dernières ainsi qu'une progression organique de 6 à 8 % du résultat opérationnel en raison de coûts évoluant moins vite que les revenus.