À l’occasion de la présentation de ses résultats annuels, le numéro deux mondial des vins et spiritueux a annoncé le rachat de Castle Brands, ainsi que la construction de la première distillerie de whisky de malt en Chine, une première par un groupe international. Alors que l'activité reste difficile en France, une situation accentuée par la loi Egalim, le groupe connaît un fort développement en Asie notamment.
Construction d’une distillerie en Chine, rachat de Castle Brands, cadeaux aux actionnaires… les annonces n’ont pas manqué lors de la présentation des comptes annuels de Pernod Ricard le 29 août. Un exercice 2018/2019 (clos le 30 juin) qui marquait la première année de son plan de croissance Transform & Accelerate sur trois ans et qu’Alexandre Ricard, le président a qualifié d'"excellent".
Le résultat opérationnel courant (ROC) s’élève à 2,58 milliards d’euros, en hausse de 9,5 % en données publiées et de 8,7 % à périmètre et change constant, soit la meilleure progression depuis l’exercice 2011/12 et le chiffre d’affaires affiche une croissance interne de 6 % (+5,3 % en publié), à 9,18 milliards d’euros. Le bénéfice net s’inscrit en baisse de 8 % par rapport à l’exercice précédent, en raison d’éléments exceptionnels en 2018/19 et d’une base de comparaison défavorable avec l’exercice précédent. Mais hors éléments exceptionnels, il progresse de 9,5 %, à 1,65 milliard d’euros. Autant dire que tous les voyants sont au vert sur cet exercice écoulé, tirés par le dynamisme du portefeuille premium, Martell et Jameson en tête, des scotchs (Chivas, Glenlivet, Ballantine’s Royal Salute) et des innovations.
Bond en avant en Chine
Pernod Ricard a notamment enregistré de très fortes performances en Asie (+ 12% du chiffre d’affaires) notamment en Chine, avec un bond en avant de 21 % des ventes en interne, supérieur aux attentes. Un dynamisme sur ce marché qui justifie la construction de la première distillerie de whisky de malt par un groupe international dans ce pays. Situé à Emeishan, dans la région du Sichuan, cette distillerie représentera un investissement de 1 milliard de CNY (126,7 M€) pour la prochaine décennie. La production devrait démarrer en 2021, selon le groupe. L’Inde a également enregistré une très bonne performance avec une croissance des ventes de 20 % (contre 14 % lors du précédent exercice).
La France, un marché difficile, mais modeste
L’Europe de l’ouest (-1 %), et notamment la France avec un recul des ventes de 5 %, reste en revanche à la traîne. Un marché qui demeure difficile, selon Alexandre Ricard, d’autant plus avec la mise en place de la loi Egalim et l’application de la hausse du seuil de revente à perte, qui a fait bondir le prix de la bouteille de Ricard. Un bras de fer avec certains distributeurs que le groupe assume. "Nous sommes là pour créer de la valeur, pas pour accepter des conditions défavorables, a expliqué le président du groupe lors de la conférence de presse. Nous avons les moyens d’exiger des conditions acceptables, si elles ne le sont pas, attendez-vous à de nouveaux litiges", a-t-il prévenu, soulignant également que cette année marquerait "un point d’inflexion". À noter qu’aujourd’hui, la France ne représente plus que 6 % du total du chiffre d’affaires du numéro deux mondial des vins et spiritueux.
Toujours des acquisitions
Un groupe qui va d’ailleurs encore un peu plus s’internationaliser avec l’annonce du rachat de l’américain Castle Brands pour 223 millions de dollars (203,5 M€). Une acquisition qui lui permettra d’ajouter plusieurs marques à son portefeuille, telles que le bourbon Jefferson's. Ces derniers mois déjà, Pernod Ricard a étoffé son portefeuille avec le rachat du gin italien Malfy, du bourbon Rabbit Hole et du whisky américain TX. Des opérations de croissance externe que le groupe entend bien poursuivre à l’avenir.
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Un beau dividende
Et si Pernod Ricard se défend de se laisser dicter sa stratégie par le fonds activiste américain Elliott détenteur de plus de 2,5 % du capital, ses décisions concernant les changements au sein du conseil d’administration et les cadeaux aux actionnaires portent pourtant à croire le contraire. Pour la première fois en effet, l’entreprise familiale lance un programme de rachat d’actions d’un milliard d’euros d’ici à fin juin 2021, justifié par "la qualité des résultats, de la poursuite d’une forte génération de cash et de la baisse du ratio dette nette/Ebitda". Il compte également proposer au vote des actionnaires lors de l’assemblée de novembre prochain, le versement d’un dividende de 3,12 € par action (contre 2,36 € au titre de 2017/2018), portant ainsi son taux de distribution de 41 % à 50 % du bénéfice net. Enfin, Philippe Petitcolin et Esther Berrozpe Galindo devraient faire leur entrée au conseil d’administration, en tant qu’administrateurs indépendants, dont le nombre avait été jugé trop faible par Elliott dernièrement.
Concernant les prévisions pour 2019/2020, dans un environnement qui reste "compliqué", a souligné Alexandre Ricard, les dirigeants ont confirmé les objectifs à moyen terme d’une croissance annuelle du chiffre d’affaires comprise entre 4 % et 7 % et d’une amélioration de la marge opérationnelle de 50 à 60 points de base par an.
Diageo : bons résultats annuels et nouveaux rachats d’actions
Le britannique Diageo, numéro un mondial des spiritueux, avait publié ses comptes annuels le 25 juillet 2019. Sur son exercice 2018/2019 (clos le 30 juin), le propriétaire des marques Smirnoff, Johnnie Walker et Guinness, a enregistré une progression de 9,5 % de son résultat d’exploitation à 4,04 Mrd£, pour un chiffre d’affaires en hausse de 5,8 % à 12,86 Mrd£, grâce à une activité soutenue dans le monde entier. Ivan Menezes, directeur général, prévoit que Diageo maintienne sur le moyen terme " une croissance organique de son chiffre d’affaires dans la fourchette moyenne autour de 5 % et de 5 à 7 % de son résultat opérationnel".
Et le britannique a annoncé un important programme de rachat d’actions, d’un montant de 4,5 Mrd£ entre 2020 et 2022, alors qu’il vient à peine de clore le précédent, qui atteignait près de 3 Mrd£.
Enfin, le 20 août, Diageo annonçait avoir légèrement augmenté sa participation dans United Spirits Limited (USL) par l’achat d''actions à la Bourse de Bombay représentant environ 0,46 % du capital, à un prix par action de 591,95 INR (7,50 €). À l’issue de cet achat, Diageo détient 55,2 % d'USL. Une participation que le groupe juge "hautement stratégique", dans la mesure où elle lui permet " de tirer pleinement parti des opportunités offertes par l’Inde, l’un des marchés en croissance les plus prometteurs au monde pour l’ensemble des boissons alcoolisées". Au cours du dernier exercice, les ventes d'USL ont affiché une croissance organique de 8 %.