Union européenne
Grippe aviaire
La grippe aviaire, qui vient d’être décelée aux Etats-Unis, continue ses ravages en Asie du sud-est et représente toujours une grave menace pour la santé humaine, selon les experts de l’Organisation mondiale de la santé, même si au 11 février il n’existait aucune preuve de transmission d’homme à homme du virus . L’épizootie a déjà provoqué le décès de 19 personnes au Vietnam et en Thaïlande, pays où la maladie n’est toujours pas sous contrôle. La situation sanitaire ne paraît pas non plus maitrisée en Chine et au Cambodge.
Dans l’UE, le débat se politise. Plusieurs parlementaires européens ont reproché à David Byrne, commissaire chargé de la santé et de la protection de la santé, de ne pas avoir réagi assez vite pour protéger l’UE contre tout risque de contamination. Les ministres de la santé de l’UE devaient se réunir dans la soirée du 12 février à Bruxelles pour faire le point sur les menaces présentées par cette grave épidémie.
La Présidence irlandaise a pris l'initiative de réunir les ministres de la santé de l'UE pour un dîner informel consacré aux menaces potentielles que répresente la grippe aviaire pour la santé humaine si le virus animal, au contact du virus de la grippe humaine, venait à muter en un troisième virus transmissible d'homme à homme. Les discussions porteront sur les mesures adoptées au niveau communautaire pour prémunir l'Union contre tout risque de propagation du virus et aux moyens à mettre en oeuvre pour coordonner au mieux les mesures de contrôle, qui sont du ressort des Etats membres. Lee Jong-wook, directeur général de l'OMS, participera au dîner et présentera notamment une vue d'ensemble épidémiologique du virus.
Débat houleux au Parlement européen
Face aux critiques et à l’inquiétude manifestées par plusieurs parlementaires, M Byrne s’est efforcé de démontrer, lors de la session plénière de l’Assemblée le 10 février à Strasbourg, que la Commission avait réagi de manière rapide pour faire face à cette crise. Il a souligné que l’embargo imposé aux importations provenant de Thaïlande jusqu'au 15 août prochain ne sera pas levé tant qu'on ne disposera pas de garanties suffisantes, sur la base d'une évaluation indépendante. Il a précisé que l’UE dispose des instruments nécessaires, comme le système d'alerte rapide, pour pouvoir agir rapidement en cas de pandémie humaine.
Nous devons être prêts au pire, a averti lors du débat la conservatrice britannique Caroline Jackson, qui s'est inquiétée aussi des risques que comporterait, selon elle, la volaille provenant du Brésil. La Commission se contente de réagir alors qu'elle devrait davantage prévenir, a déploré le Vert allemand Friedrich-Wilhelm Graefe zu Baringdorf, qui dénonce les méfaits de l'industrialisation.
Quant au libéral néerlandais, Jan Mulder, il critique les différences dans les contrôles aux frontières des Etats membres. Des tapis avec des liquides désinfectants ont été mis en place à l'aéroport de Schipho , mais pas ailleurs, a-t-il constaté.
Etats-Unis : foyers de grippe aviaire dans l’Etat de Delaware
Au 10 février,deux cas de grippe aviaire ont été détectés dans l'Etat du Delaware, à l’est des Etats-Unis. Il ne s'agirait toutefois pas du même type de virus que celui qui sévit en Asie. Selon le directeur général de l'Office international des épizooties (OIE), Bernard Vallat, «la souche virale en cause est le H7 et non le H5 comme en Asie, ce qui prouve que les deux épizooties ne sont pas liées».
«Si le virus H7 est dangereux pour la volaille, on considère généralement qu'il ne représente pas de danger pour les humains», a déclaré le département de l'agriculture de l’Etat du Delaware. Cet Etat a interrompu la vente de volailles vivantes et annulé des réunions d'agriculteurs ou des ventes aux enchères d'équipements agricoles pour contenir la propagation de l'épizootie.
Les poulets qui étaient abrités sur les deux exploitations contaminées, distantes l’un de l’autre de 8 kilomètres, ont été abattus l
Plusieurs pays la Corée du Sud, la Pologne, le Brésil et le japon ont fermé leurs frontières aux poulets américains. Les Japonais ont toutefois indiquéle 10 février qu'ils lèveraient cet embargo sur le poulet
américain, à l'exception de trois Etats, dont le Delaware, s'il était confirmé que le virus était moins virulent que celui qui sévit en Asie. Pour sa part, la Russie a limité son interdiction aux poulets originaires du Delaware.
De son côté, la Commission a minimisé les risques présentés par la souche identifiée aux Etats-Unis.
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M. Byrne a indiqué devant le Parlement qu'aucun embargo n'était envisagé au stade actuel à l'encontre des volailles américaines. Il a justifié cette attitude par le fait que le virus identifié outre-Atlantique était a priori moins virulent que celui qui sévit en Asie du sud-est. «Sous réserve de confirmation, il ne nécessiterait pas le même degré de réponse que pour la grippe aviaire en Thaïlande», a estimé le commissaire.
Une aide européenne de 1 million d'euros en faveur du Vietnam
La Commission européenne va accorder une aide d’un million d’euros pour soutenir le Vietnam dans ses efforts de lutte contre l'épidémie d'influenza aviaire. Ces fonds seront consacrés à l'achat d'équipements de protection pour les vétérinaires et les éleveurs qui manipulent les volailles infectées, ainsi que des équipements pour les laboratoires et les hôpitaux. Plus de 15 000 personnes participent actuellement à l'abattage massif des volailles infectées.
Quatorze personnes ont déjà succombé au virus de l'influenza aviaire depuis le début de l'épidémie qui sévit dans 57 des 64 provinces du Vietnam L’OMS a fait part de sa préoccupation après la décision des autorités vietnamiennes d’abandonner, par souci d’économies, leur stratégie d’abattage de tous les poulets dans un rayon de trois kilomètres autour des foyers d’infection. «Nous ne pensons que l’épidémie soit contenue chez les volailles et les humains. C’est trop tôt», a estimé Pascale Brudon, sa représentante à Hanoï.
Sur la totalité des 20 cas de contamination à l’homme du virus HRN1 au Vietnam, dont 14 étaient décédés au 11 février, seuls des transmissions du poulet à l’homme ont pu être prouvées.
Par ailleurs, l’OMS s’est inquiétée le 10 février de voir la Thaïlande lever trop tôt ses mesures de quarantaine dans les zones touchées par la grippe aviaire, qui a tué cinq personnes dans le pays.
«L’économie et l’agriculture pèsent trop lourdement dans les décisions prises par les gouvernements , et plus d’attention devrait être portée au risque encouru par les êtres humains», a déclaré Bjorn Melgaard représentant de l’OMS en Thaïlande. Une critique déplacée selon le vice-premier ministre thaïlandais qui a déclaré que son pays ne manageait pas ses efforts pour protéger les humains du virus mortel.
Par ailleurs, selon les experts, le Cambodge serait probablement plus touché que les autorités ne veuillent bien l’admettre.
En Chine, le gouvernement a admis que des foyers d’infection de H5N1 ont été découverts dans 14 des 31 provinces.
Une vaccination «ciblée» à l’étude
Un groupe d’experts vétérinaires, réunis début février à Rome, a recommandé de recourir à une vaccination «ciblée» des volailles dans les pays d’Asie. Il s’agit, selon eux, d’une méthode pour contenir la propagation du virus parallèlement à l’abattage et à d’autres mesures prioritaires. Un comité technique régional se réunira fin février à Bangkok pour définir les modalités pratiques d’une telle vaccination, le temps nécessaire pour avoir un bon suivi épidémiologique et être sûr qu’on vaccine dans un zone indemne de la maladie. D’un point de vue sanitaire, la vaccination permet de créer une zone tampon autour d’une région infectée
La grippe aviaire devrait réduire la surproduction de volailles en Europe
Selon Christian Marinov, directeur adjoint de la Confédération française de l'aviculture (CFA), ces épidémies de grippe aviaire vont apporter un ballon d'oxygène au marché mondial de la volaille qui était en surproduction. Le commerce international de volaille a quasiment triplé en dix ans pour atteindre 7,5 millions de tonnes en 2001. Dopés notamment par la faiblesse de leur monnaie, Etats-Unis et Brésil se taillent la part du lion, avec des exportations de poulets ayant porté respectivement sur 2,2 millions et 1,7 million en 2003, selon la CFA.
La Thaïlande et l'Union Européenne sont également des acteurs importants avec des exportations respectives de 500.000 et 700.000 tonnes.
Globalement, l'Asie représente un tiers de la production mondiale, l'Amérique du Nord 29%, l'Europe 17% (dont 12% pour l'UE) et l'Amérique latine 15%. La Russie absorbe un quart des exportations mondiales de poulets. (AC)
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