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Perturbateurs endocriniens : un nouveau plan tourné vers la connaissance

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Le gouvernement a lancé sa nouvelle stratégie sur les perturbateurs endocriniens, après le relatif échec d’un premier plan, en 2014. Le jour même, une étude de Santé Publique France a démontré une large imprégnation de la population par ces substances.

Des traces de perturbateurs endocriniens dans « l’organisme de tous les Français », et particulièrement « des enfants ». C’est la conclusion d’une large enquête dévoilée par Santé Publique France le 3 septembre. Pour arriver à cette conclusion, les scientifiques ont étudié la présence de plusieurs polluants, dont certains perturbateurs endocriniens avérés, comme le Bisphénol A, dans l’organisme de 1 104 enfants et 2 503 adultes.

Ces travaux s’inscrivent dans un large programme de biosurveillance mis en place par le Grenelle de l’environnement, et dont l’objectif est d’estimer la présence de polluants environnementaux, sans considération toutefois pour le risque réel encouru avec les doses observées. Un volet particulièrement consacré aux résidus de pesticides est attendu, pas avant 2020.

L’étude en question permettra, selon la ministre de la santé Agnès Buzyn, de constituer un « moment T de référence » afin de mesurer, ultérieurement, l’impact des politiques de réduction de l’exposition de la population aux perturbateurs endocriniens, alors qu’un nouveau plan stratégique a été présenté par le gouvernement le jour même au siège de l’Anses.

Des mécanismes encore méconnus

Le plan en question, baptisé « deuxième stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens », est essentiellement consacré à une amélioration des connaissances sur le phénomène de perturbation endocrinienne, dont les mécanismes sont encore méconnus par la communauté scientifique, malgré une augmentation du nombre d’études consacrées à ce sujet ces dernières années.

L’Anses réalisera une « liste de substances chimiques qui peuvent présenter des propriétés de perturbation ». Pour le moment, aucune liste réglementaire n’a en effet été réalisée, ni au niveau français, ni au niveau international. Si certaines substances ont déjà été identifiées, comme le bisphénol A, récemment interdit dans certains usages industriels, de nombreuses autres sont soupçonnées, et doivent être analysées.

Cette liste devra voir le jour dès 2020, mais s’enrichira chaque année au fur et à mesure que l’Anses analysera de nouvelles substances. Le gouvernement annonce que six substances seront analysées en 2020, puis neuf par an à partir de 2021. Les substances seront classées selon le degré de preuve de leur capacité de perturbation : « avéré, présumé ou suspecté ».

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Études de l’alimentation totale

Le plan prévoit, en outre, que l’Anses prenne en compte les perturbateurs endocriniens dans ses « études de l’alimentation totale », dans lesquelles l’agence analyse régulièrement les résidus de polluants présents dans les denrées alimentaires consommées en France. Une « large collecte de données » sur l’imprégnation, dans l’environnement, des perturbateurs endocriniens sera réalisée par l’Office français de la biodiversité.

« Avec ce nouveau plan, la France poursuit son rôle pionnier en matière de perturbation endocrinienne », a affirmé la ministre de la transition écologique Élisabeth Borne. En 2014, l’État avait déjà adopté une première stratégie, dont l’application s’était étendue jusqu’en 2018. En 2017, un rapport interministériel d’évaluation avait toutefois estimé que la France n’avait pas déployé les moyens nécessaires à sa mise en œuvre.

Une « liste de substances chimiques qui peuvent présenter des propriétés de perturbation »

Une « large collecte de données » sur l’imprégnation dans l’environnement

Santé Publique France conseille le bio et le raisonné aux bébés

Dans un nouveau site lancé dans le cadre de la stratégie sur les perturbateurs endocriniens, baptisé pour « Agir pour bébé », Santé Publique France conseille aux parents de privilégier les « aliments issus de l’agriculture biologique et de l’agriculture raisonnée, qui contiennent en général beaucoup moins de résidus de pesticides que les autres ». Ce nouveau site, destiné à conseiller les jeunes parents pour « limiter les produits chimiques à destination de leurs bébés », a été présenté en même temps que le plan sur les perturbateurs endocriniens, même si son champ d’action va au-delà de ces substances pour traiter l’ensemble des polluants chimiques pouvant entrer en contact avec les nourrissons.