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Pesticides : la recherche expose ses solutions de sortie

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Pour son colloque annuel au Salon de l’agriculture, l’Inra avait choisi pour thème « développer les alternatives aux pesticides, l’affaire de tous ». L’occasion pour la recherche française d’exposer ses solutions de sortie.

« On a vu combien le système agricole est verrouillé : coûts tirés au maximum par les prix bas des pesticides, efficacité à court terme », a indiqué le p.-d.g. de l’Inra Philippe Mauguin en conclusion du colloque. « Comment déverrouiller le système ? Il n’y a pas de recette unique, il faut mobiliser toute une série d’approches. »

« Nous sommes à une époque de tension entre la recherche du gain économique à court terme et les objectifs de long terme comme la biodiversité, la qualité de l’eau, la santé publique », étaye Christian Huyghe, directeur scientifique « agriculture » de l’Inra, avant d’exposer une carte illustrant le maintien de la consommation de pesticides en France depuis le début des années 2000, concommitante avec le déclin de la population des alouettes. Les pesticides, l’agrandissement des exploitations et l’artificialisation des terres figurent parmi les principaux facteurs de ce déclin.

Plusieurs pistes à l’agenda des politiques et des chercheurs

Christian Huyghe a évoqué plusieurs pistes qui sont à l’agenda des politiques et des chercheurs : la taxation des pesticides, les mesures incitatives pour réduire leur usage, les mélanges de variétés et d’espèces cultivées sur une même parcelle, et toutes les technologies de l’agroécologie, tandis que les intervenants au colloque, par leur diversité, ont montré que de nombreux acteurs sont mobilisés : politiques publiques, État, régions, agences de l’eau, chercheurs.

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L’agroécologie, pour ne parler que d’elle, propose de nombreuses solutions, même si elles ne sont pas toutes encore au point : un nouvel agencement des parcelles pour combattre les adventices, les insectes parasites et les champignons pathogènes, plus de diversité dans les systèmes et les paysages agricoles. S’agissant du nouvel agencement des parcelles, Sandrine Petit-Michaud, responsable de l’unité mixte de recherche d’agroécologie de Dijon, a insisté sur le rôle des bordures de parcelles, qui sont des refuges de carabes et autres auxiliaires mangeurs de limaces, pucerons et graines d’adventices. Demain, l’écologie fonctionnelle, qui est une partie prospective de l’agroécologie, utilisera les interactions plantes-champignons du sol pour combattre les pathogènes et apporter plus de nutriments aux racines des plantes de culture.

« Nous sommes à une époque de tension entre la recherche du gain économique à court terme et les objectifs de long terme »

Programme de recherche d’alternatives aux phytos : appel d’offres en juin

Philippe Mauguin a rappelé en conclusion du colloque qu’un programme prioritaire de recherche (PPR), mené par le ministère de la Recherche, a été annoncé en juillet 2018 pour développer les alternatives aux produits phytosanitaires. Juste avant l’ouverture du Salon, Frédérique Vidal, ministre de la Recherche et Guillaume Boudy, secrétaire général pour l’Investissement, se sont vu remettre par Philippe Mauguin, le rapport définissant les lignes directrices du programme prioritaire de recherche intitulé « cultiver et protéger autrement ». Ce programme sera doté de 30 M€ provenant du 3e Programme d’investissement d’avenir (PIA 3). Un appel à projets sera lancé en juin 2019. Les connaissances scientifiques sur les plantes cultivées, sur leurs interactions avec le sol, avec leurs adventices, avec leurs agresseurs : insectes, champignons, virus… « seront approfondies et mobilisées afin d’utiliser désormais les services de la biodiversité pour stimuler les mécanismes de défense naturels au niveau de la plante, de la parcelle, du paysage et pour conduire les cultures », précise le ministère de la Recherche.