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Santé Pesticides : les défaillances des équipements de protection

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Des combinaisons inadaptées et des systèmes de filtration très limités sur les cabines des tracteurs : l’ergo-toxicologue, Alain Garrigou, met en relief l’inefficacité des équipements de protection en cas d’exposition aux produits phytosanitaires.

En matière de phytosanitaires et de leur impact sur la santé, il existe « une sorte de prérequis », explique Alain Garrigou, maître de conférences en ergonomie à l’IUT Hygiène sécurité et environnement (laboratoire LAP-ADS) de l’Université Bordeaux 1, qui soutient que « quelque part on sait se protéger, et que s’il y a des soucis en matière de santé, c’est que les agriculteurs ne font pas comme il faudrait faire ». Auditionné le 24 juillet par les sénateurs de la mission d’information commune sur les pesticides, le Bordelais Alain Garrigou a fait part d’une autre théorie : il existe surtout d’importants problèmes de conception du matériel agricole en matière de protection. À commencer par la cabine du tracteur : selon l’ergo-toxicologue, les techniques de pulvérisation produisent des particules et des aérosols qui ont quasiment un comportement physico-chimique de gaz. Or, les fabricants ne savent pas aujourd’hui concevoir des systèmes de filtration pour de fines particules ou des aérosols. « Lorsqu’un agriculteur achète une cabine avec un système de filtration, il va malgré tout être contaminé », démontre Alain Garrigou qui constate par ailleurs des systèmes techniques pour le moins inappropriés Dans le cas de la préparation d’un pulvérisateur, l’agriculteur doit pour mélanger, enclencher une commande située à l’intérieur du tracteur : la cabine n’échappe donc pas à la contamination. Des problèmes d’accessibilité aux cuves sont aussi observés : pour faire sa préparation, l’agriculteur a les jambes collées à la cuve. Or, 95% des contaminations sont cutanées.

Alerte sur les combinaisons

Les équipements de protection individuels ou EPI présenteraient aussi des qualités très limitées. « Il n’existe pas de combinaisons qui protègent de tout et pour certains produits, on peut même penser qu’il n’existe pas de combinaisons réellement efficaces », note Alain Garrigou. Au départ conçues pour l’industrie chimique générale, elles s’avèrent le plus souvent inadaptées aux matières actives des produits phytosanitaires. La plupart n’ont d’ailleurs jamais été testées avec ces matières. Seul le fabricant Syngenta aurait depuis quelques années entrepris des démarches dans ce sens, précise le chercheur. Reste que ce type d’initiative demeure isolée, quand bien même elle devrait s’imposer : ce qui fait qu’une combinaison peut être protectrice est liée à la relation entre la matière active de la substance et la matière de la combinaison. Pour une protection optimale, la solution viendra donc des fabricants qui sont les seuls à connaître parfaitement leur matière active (lire encadré). Pourtant, dans la réalité, la charge de la connaissance est portée par l’agriculteur : en matière pénale et de code du travail, c’est bien l’exploitant agricole qui est responsable des risques qu’il fait encourir à ses salariés, alors qu’il n’a pas tous les éléments pour pouvoir porter un jugement adéquat. C’est « complètement aberrant », commente Alain Garrigou qui, pour avancer sur le sujet, estime aujourd’hui indispensable de cesser de diaboliser les firmes et, au contraire, de commencer à travailler avec elles, « tout en conservant son éthique », précise-t-il.

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