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Commission européenne Phil Hogan chargé de l'agriculture dans une « équipe gagnante »

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L'Irlandais Phil Hogan, ancien ministre irlandais de l'environnement, sera le prochain commissaire européen à l'agriculture si la Commission présidée par Jean-Claude Juncker reçoit l'approbation du Parlement européen. Au sein de cet exécutif, dont chaque membre va maintenant être auditionné par la commission parlementaire compétente, la sécurité alimentaire est confiée au Lituanien Vytenis Andriukaitis et le commerce à la Suèdoise Cecilia Malmström. « C'est mon équipe gagnante », a assuré le patron du futur exécutif.

L E président de la prochaine Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a annoncé le 10 septembre la répartition des portefeuilles entre les 27 membres de son équipe. Comme prévu (1), celui de l'agriculture et du développement rural est confié à l'ancien ministre irlandais de l'environnement, Phil Hogan, qui succédera ainsi au Roumain Dacian Ciolos si cet exécutif est approuvé par le Parlement européen, après audition de chacun de ses membres par la commission parlementaire compétente. Sauf accident de parcours, le nouveau collège entrera en fonction le 1er novembre pour un mandat de cinq ans, prenant le relais de la Commission Barroso II.

Un « grand portefeuille » privilégié « depuis le début » par l'Irlande

S'il passe sans encombre l'audition de la commission de l'agriculture du Parlement européen, et si l'équipe de Jean-Claude Juncker est approuvée par les députés européens lors de leur session plénière du 20 au 23 octobre à Strasbourg, Phil Hogan, 54 ans, qui était ministre de l'environnement, du patrimoine et des gouvernements locaux depuis mars 2011, sera la deuxième personnalité irlandaise à occuper la fonction de commissaire à l'agriculture à Bruxelles. Ray MacSharry, l'avait précédé de 1989 à 1992 et initié la première grande réforme de la Pac qui porte son nom. Dans une déclaration publiée le 10 septembre, Phil Hogan souligne que « ce grand portefeuille (de l'agriculture) a été obtenu dans une large mesure grâce à la proximité politique du (chef du gouvernement irlandais) Enda Kenny avec le président élu Jean-Claude Juncker ».

Un bilan

«N OUS avons obtenu, pour les prochaines années, un budget plus ciblé et performant pour l'agriculture. Plus limité en termes réels, il est cependant réparti plus équitablement et axé sur l'emploi, la croissance et la protection de l'environnement », souligne Dacian Ciolos dans un bilan des résultats de la Commission européenne présidée depuis 2010 par José Manuel Barroso. « La Pac réformée continuera d'aider l'agriculture européenne à être compétitive et fondée sur les décisions des agriculteurs plutôt que sur des choix bureaucratiques – la fin prévue des quotas laitiers et sucriers en est un bon exemple - tout en offrant d'autres instruments pour aider les agriculteurs à faire face à la volatilité et aux crises du marché », affirme le commissaire sortant à l'agriculture et au développement rural. « Nous avons mis un terme au soutien agricole accordé sur la base des chiffres historiques de production et durci les critères d'admissibilité des agriculteurs actifs, de sorte que l'aide sera davantage destinée à ceux qui travaillent réellement la terre, plutôt qu'aux propriétaires fonciers », ajoute-t-il.

Dacian Ciolos insiste aussi sur le fait que « la Pac réformée soutient plus que jamais les pratiques agricoles durables » : « Selon les nouvelles règles de verdissement, 30 % des paiements directs accordés aux agriculteurs seront conditionnés à l'adoption de pratiques bénéfiques pour l'environnement, par exemple la préservation de zones qui améliorent la biodiversité ». Il rappelle aussi que « 30 % du budget du développement rural serviront à financer des priorités régionales en matière d'environnement ».

Le 11e commissaire à l'agriculture

SI la Commission Juncker est confirmée par le Parlement européen, Phil Hogan sera le onzième commissaire européen à l'agriculture et au développement rural. Il a été précédé dans cette fonction par : le Néerlandais Sicco Mansholt de 1958 à 1972, l'Italien Carlo Scarascia-Mugnozza en 1972-1973, le Néerlandais Pierre Lardinois de 1973 à 1981, le Danois Finn Olav Gundelach de 1981 à 1985, le Néerlandais Frans Andriessen de 1985 à 1989, l'Irlandais Ray MacSharry de 1989 à 1992, le Luxembourgeois René Steichen de 1992 à 1995, l'Autrichien Franz Fischler de 1995 à 2004 (avec, en 2004, une commissaire « jumelée » lettone, Sandra Kalniete), la Danoise Mariann Fischer Boel de 2004 à 2010 et le Roumain Dacian Ciolos de 2010 à 2014.

« Le chef du gouvernement a privilégié l'agriculture et le développement rural depuis le début et il a aidé énormément dans l'obtention de ce portefeuille », ajoute-il.

« Phil sait ce qu'il veut et comment obtenir que ce soit fait »

Originaire d'une région de production laitière, Phil Hogan a une longue carrière nationale derrière lui. À 25 ans, il était devenu le plus jeune président d'un Conseil de comté, celui de Kilkenny. Toutefois, selon la radio-télévision irlandaise, « ses plus proches confient qu'il avait réalisé très tôt qu'il n'aurait jamais la subtilité ou la diplomatie pour devenir un jour Taoiseach (chef du gouvernement) ».

Reste que, selon son ancien collègue chargé de l'éducation, Ruairi Quinn, « Phil sait ce qu'il veut et comment obtenir que ce soit fait. Prendre des décisions ne l'a jamais effrayé. Je pense qu'il va se démarquer parmi les nouveaux commissaires ».

Fidèle d'Enda Kenny (Fine Gael, centre-droit), Phil Hogan a notamment été en charge, en tant que ministre de l'environnement, du patrimoine et des gouvernements locaux, de l'introduction de taxes impopulaires sur l'eau et sur la propriété immobilière et d'une vaste réforme de la gouvernance locale.

Il a été rattrapé récemment par une affaire de frais de consultance dépensés par la compagnie Irish Water, qui s'élèvent, selon la presse irlandaise, à des millions d'euros et dont il avait, en un premier temps, nié connaître le montant. Et, en 2011, Phil Hogan avait dû présenter des excuses par écrit à une conseillère de l'ex-chef du gouvernement John Bruton après un commentaire à connotation sexuelle.

« Lettre de mission »

Le collège européen formé par Jean-Claude Juncker est composé de sept vice-présidents, y compris la haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, l'Italienne Federica Mogherini, chacun responsable d'une équipe de projet et étant amené à ce titre à piloter et coordonner le travail d'un certain nombre de membres du collège.

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Comme il l'a fait pour chaque commissaire, Jean-Claude Juncker a adressé une « lettre de mission » à Phil Hogan, précisant qu'il contribuera aux projets menés par le vice-président chargé de l'emploi, la croissance, l'investissement et la compétitivité, le Finlandais Jyrki Katainen, et celle chargée de l'union de l'énergie, la Slovène Alenka Bratusek. Pour d'autres initiatives nécessitant une décision de la Commission, le commissaire à l'agriculture sera, « en règle générale, en liaison étroite » avec Jyrki Katainen.

Le président de l'exécutif énumère aussi, dans sa lettre à Phil Hogan, les dossiers sur lesquels il devra « se concentrer », essentiellement sur la mise en oeuvre de la Pac réformée et la simplification de ses instruments, la contribution de l'agriculture à la lutte contre le changement climatique et la révision en 2016 du cadre financier 2014-2020 de l'UE. Peter Power, ex-porte-parole du Britannique Peter Mandelson, lorsque celui était commissaire au commerce, de 2004 à 2008, et plus récemment chargé de la communication à la représentation de la Commission à Dublin, devrait devenir le chef de cabinet de Phil Hogan. Dermot Ryan, représentant de l'Irlande au comité spécial agricole du Conseil de l'UE à Bruxelles, devrait aussi rejoindre ce cabinet.

Révision du processus de décision sur les OGM « dans les six mois »

Dans l'équipe de Jean-Claude Juncker, le portefeuille de la santé et de la sûreté alimentaire est confié au Lituanien Vytenis Andriukaitis, ancien chirurgien et ministre de la santé. Celui-ci devra notamment, selon la lettre de mission qu'il a reçue, « réviser, dans les six premiers mois du mandat, le processus de décision actuel appliqué aux organismes génétiquement modifiés, en ligne avec les directives politiques ».

Dans le « programme pour l'emploi, la croissance, l'équité et le changement démocratique » pré-senté pour sa candidature à la présidence de la Commission, l'ancien premier ministre luxem-bourgeois annonçait déjà son « intention de réexaminer la législation applicable à l'autorisation des OGM » (2).

Selon lui, il n'est « pas normal qu'en vertu des règles actuelles, la Commission soit juridiquement forcée d'autoriser l'importation et la transformation de nouveaux organismes même lorsqu'une majorité claire d'États membres s'y oppose ». « La Commission devrait pouvoir conférer à la position majoritaire de gouvernements démocratiquement élus au moins autant de poids qu'aux avis scientifiques, notamment lorsqu'il en va de la sécurité des aliments que nous consommons et de l'environnement dans lequel nous vivons », ajoutait-il.

L'environnement avec la pêche, le climat avec l'énergie

Le commerce revient à la Suédoise Cecilia Malmström, commissaire sortante aux affaires intérieures, qui sera donc amenée à traiter de questions qui intéressent directement le secteur agricole, et donc Phil Hogan.

L'environnement échoit, avec les affaires maritimes et la pêche, au Maltais Karmenu Vella. Une fusion des compétences critiquée par le groupe des Verts au Parlement européen et WWF.

Le portefeuille, également regroupé, de l'action pour le climat et l'énergie est confié à Miguel Arias Cañete. Un mélange de compétences critiqué par les eurodéputés Verts et les organisations écologistes. Ces dernières rappellent aussi que l'ancien ministre espagnol de l'agriculture a déclaré au Parlement européen détenir des participations dans deux entreprises pétrolières.

Le portefeuille du budget revient à la Bulgare Kristalina Georgieva (vice-présidente), commissaire sortante à la coopération internationale, celui de la stabilité financière, des services financiers et de l'union des marchés des capitaux au Britannique Jonathan Hill, ex-leader de la Chambre des Lords, celui des affaires économiques et financières, de la fiscalité et de l'union douanière au Français Pierre Moscovici, ancien ministre de l'économie et des finances, celui de l'économie digitale à l'Allemand Günther Oettinger, commissaire sortant à l'énergie.

(1) Voir n° 3461 du 08/09/14

(2) Voir n° 3457 du 21/07/14