Abonné

Libre-échange UE/États-Unis Phil Hogan tente de rassurer les Américains

- - 5 min

En visite aux États-Unis, Phil Hogan, le commissaire européen à l'agriculture, a expliqué à ses interlocuteurs que l'UE s'attachait à résoudre le blocage des importations d'aliments pour animaux génétiquement modifiés et assuré que leurs craintes concernant la protection des indications géographiques étaient excessives.

SUR deux points sensibles des négociations de libre-échange entre l'UE et les États-Unis – les OGM et les indications géographiques –, Phil Hogan a voulu rassurer lors de son déplacement outre-Atlantique, du 16 au 19 février. Et notamment lors d'un débat avec son homologue américain, Tom Vilsack, dans le cadre de l'Agricultural Outlook Forum à Arlington (Virginie).

« L'offre généreuse mise sur la table du côté de l'UE est un signal clair envoyé aux exploitants américains : l'Europe est ouverte aux affaires », a par ailleurs déclaré le commissaire européen à l'agriculture à propos du volet tarifaire des pourparlers bilatéraux.

OGM : compétitivité et « dimension politique »

L'UE s'efforce de trouver une solution au blocage des importations de nouveaux aliments pour animaux génétiquement modifiés, ayant « tout intérêt » à diminuer les prix des intrants utilisés par ses agriculteurs et à leur permettre d'être compétitifs, a déclaré Phil Hogan à ses interlocuteurs américains (1). Toutefois, Washington doit reconnaître la sensibilité politique dans l'Union sur des questions telles que les OGM et le poulet traité au chlore, a-t-il ajouté : « Même si la science valide de telles techniques, il y a là une dimension politique. En politique, il n'est jamais facile de changer les mentalités du jour au lendemain ».

Le commissaire européen a expliqué que la Commission de Bruxelles voulait conférer aux préoccupations des pays membres de l'UE « la même valeur que la science ». Et, alors qu'on lui demandait si ces questions étaient trop sensibles pour figurer dans un accord commercial avec les États-Unis, il a répondu : « Je ne mets pas de lignes rouges où que ce soit, Tom Vilsack non plus ».

Pression des organisations agricoles américaines

TREIZE organisations agricoles des Etats-Unis demandent, dans une lettre du 12 février, à la Commission de Bruxelles de donner son feu vert à la commercialisation des treize variétés OGM qui attendent toujours l'autorisation finale de Bruxelles. « Une décision rapide de la Commission européenne permettra d'éviter le risque d'interruption de l'approvisionnement de l'UE » en matière première pour l'alimentation animale et l'industrie, écrivent-elles. Précisant que « certaines des variétés en attente sont déjà cultivées dans les pays exportateurs » et que leur production augmente chaque année. Aucune nouvelle variété OGM n'a été autorisée pour la commercialisation dans l'UE depuis novembre 2013. Ces organisations agricoles américaines préviennent la Commission qu'elle doit respecter ses obligations en vertu des règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) qui lui impose de prendre des décisions réglementaires en temps opportun sur les nouvelles biotechnologies. De plus, soulignent-elles « le respect par l'UE de ses obligations commerciales existantes est nécessaire pour permettre le succès des négociations en cours sur un Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (TTIP) ».

Viande bovine : « J'ai été encouragé par la réponse » de Washington

« À la suite de la confirmation que les exportations irlandaises de viande bovine sur le marché américain peuvent maintenant reprendre, j'ai saisi l'occasion de ma visite aux États-Unis pour faire pression pour la reprise de celles de plusieurs autres États membres de l'UE, dont la France » (2), a déclaré Phil Hogan lors de sa visite au Salon international de l'agriculture à Paris le 22 février. « J'ai été encouragé par la réponse des autorités américaines et j'espère que les étapes nécessaires seront franchies pour permettre la reprise des exportations de bœuf français sur cet important marché », a dit le commissaire à l'agriculture. Un marché qui avait été fermé aux Européens en 1998 pour cause d'ESB.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Le chapitre des pourparlers sur les mesures sanitaires et phytosanitaires doit apporter des solutions « dans l'intérêt des consommateurs », a également déclaré Phil Hogan, mais on aurait tort, selon lui, de s'enliser sur ces questions.

Indications géographiques : « Quelques incompréhensions »

Questionné par le secrétaire américain à l'agriculture, le commissaire européen a admis que la protection des indications géographiques était un « sujet émotionnel » des deux côtés de l'Atlantique. Selon lui, ce dossier n'est pas « aussi gros que les gens l'imaginent ». « Il peut y avoir quelques incompréhensions », a-t-il dit, mais « 95 % des dénominations ne font pas l'objet de controverses entre nous ».

« Il existe une poignée de dénominations qui, j'en suis sûr, générera un peu d'excitation », a néanmoins reconnu Phil Hogan.

Devant la presse, Tom Vilsack a averti, quant à lui, que c'était là un « gros dossier ». « Ne vous y trompez pas », a-t-il ajouté.

(1) Voir même numéro et n° 3484 du 16/02/15

(2) Voir n° 3485 du 23/02/15 et n° 3479 du 12/01/15