Depuis le Brexit, les opérations de fusion-acquisition trans-Manche se sont faites rares. Pourtant, compte tenu notamment du cours de la livre sterling, il y aurait beaucoup de bonnes affaires à réaliser actuellement par les groupes français du secteur agroalimentaire
Le Brexit a-t-il eu un impact sur les opérations de fusions-acquisition entre la France et la Grande-Bretagne ?
Depuis le Brexit, il y a eu une baisse très nette du nombre d'opérations de fusions-acquisition trans-Manche. Personne ne sait ce qui va se passer, ce qui entraîne un grand attentisme. Il y a actuellement de nombreux débats sur les conséquences du Brexit, mais alors que le gouvernement britannique se préoccupe beaucoup du secteur financier, l'agroalimentaire est assez peu évoqué... Les acteurs primaires se sentent abandonnés : il n'y a eu aucune annonce du côté du ministère britannique de l'Agriculture et de la Pêche, et le grand syndicat agricole de fermiers, qui mène actuellement une consultation auprès de ses membres, est très inquiet de la disparition des subventions européennes. Les spécialistes de la transformation, eux, redoutent les conséquences de la séparation sur leur chaîne d'approvisionnement. Là-aussi, rien n'est clair.
Le marché britannique peut-il encore avoir des atouts pour les groupes français de l'agroalimentaire ?
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Enormément ! Les entreprises agroalimentaires britanniques sont très cotées pour leur niveau de technologie et la technicité de leur savoir-faire : elles ont mis en place des procédures d'hygiène et de sécurité très pointues et exigeantes, vraisemblablement grâce aux conditions extrêmement strictes imposées par les grandes surfaces implantées au Royaume-Uni. Par ailleurs, le marché britannique en tant que tel reste attractif : il s'agit du cinquième marché de consommateurs au monde. En outre, depuis le Brexit, le gouvernement a clairement affiché sa volonté de conclure des accords bilatéraux avec des pays hors Europe, comme l'Australie ou la Nouvelle-Zélande, qui représentent d'énormes marchés dans le domaine de l'agroalimentaire. Enfin, même si rien n'est garanti, il est très peu vraisemblable que les ponts soient réellement coupés entre la Grande-Bretagne et l'Europe : les liens logistiques et l'accès au marché européen vont forcément demeurer sous une forme ou une autre car c'est dans l'intérêt de tout le monde. A moyen terme, une filiale en Grande-Bretagne pourrait donc devenir une tête de pont vers le reste du monde pour une maison-mère française...
Que doivent faire les entreprises françaises du secteur agroalimentaire ?
C'est aujourd'hui le bon moment pour investir en Grande-Bretagne. Les incertitudes font toujours baisser les prix, et l'on peut actuellement réaliser de belles opérations. Cela ne durera pas forcément : le secteur immobilier a déjà retrouvé son niveau d'avant le Brexit. Surtout, la chute de la livre sterling – environ 15% depuis l'annonce du Brexit – permet de bénéficier d'un effet change exceptionnel : le Royaume-Uni est aujourd'hui beaucoup moins cher qu'avant, ce qui constitue une véritable opportunité, qui ne va pas forcément durer non plus... Enfin, en termes de fiscalité, la Grande-Bretagne pourrait se révéler de plus en plus attractive : le gouvernement a affiché sa volonté de baisser le taux d'impôt sur les sociétés. Le taux actuel est de 20%, et il pourrait tomber à 15%...