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Coop de France Philippe Mangin conteste une hausse des prix limitée à la France

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Limiter la hausse des prix agricoles à la France, dans le cadre du marché unique, risque de conduire aux pires difficultés pour les transformateurs estime Coop de France par la voix de son président Philippe Mangin. Selon lui, c'est par la hausse des prix d'intervention, au niveau de l'Europe entière, que les prix doivent être revalorisés. Quant à la France, elle doit régler son problème de compétitivité. Philippe Mangin a annoncé qu'il ne demanderait pas le renouvellement de son mandat de président lors du congrès électif qui aura lieu mi-décembre.

Forcer une hausse des prix agricoles strictement limitée à la France, « c'est courir le risque de voir disparaître des transformateurs », affirmait Philippe Mangin, s'exprimant lors de la conférence de presse de rentrée de Coop de France du 10 septembre. Il faisait référence aux « pressions des pouvoirs publics » pour faire augmenter les prix payés aux éleveurs. Pourquoi ces réserves? Les entreprises, coopératives ou non, se situent dans un contexte européen de libre circulation des produits. La Cooperl, par exemple, très critiquée pour sa position de retrait du marché du cadran breton, exporte 35% de sa production et se trouve en concurrence face à d'autres pays européens. Alors que la France n'a pas encore réglé son problème de compétitivité, notamment vis-à-vis d'une Allemagne « où nous savons que le Smic n'est pas en cours d'instauration », une hausse limitée à ses fournisseurs aggraverait encore ce problème. De plus, ironisait le président de Coop de France « j'attends que ceux qui proposent une hausse des prix aillent l'expliquer aux consommateurs ».

Hausse des prix d'intervention

En revanche, Philippe Mangin a vivement plaidé pour une hausse des prix d'intervention qui s'appliquerait au niveau de l'Europe entière et qui aurait, en outre, le mérite de réduire l'encombrement sur les marchés. Cela nous éviterait d'être en décalage par rapport aux autres pays européens. Ce n'est pourtant pas ce qu'a décidé le conseil des ministres de l'agriculture du 7 septembre, « qui s'est déroulé dans des conditions inqualifiables », regrette le président de Coop de France. Un regret d'autant plus fort que la crise de l'élevage actuelle « est d'une immense gravité. » Signe des temps, les encours des fournisseurs auprès de leurs clients éleveurs ont augmenté, selon les coopératives de 40%, depuis quelques mois seulement.

Crise identitaire

Plus encore, expliquait Philippe Mangin, « la crise des éleveurs est identitaire ». « Ils ne supportent plus que la valeur de leurs productions soit réduite à moins que rien ». Ce n'est pas, selon lui, une crise du modèle français car ce modèle en fait n'existe pas, compte tenu de la diversité des exploitations du pays. Pour Coop de France, il s'agit, en France, d'une crise de compétitivité. Les coûts de production sont plus élevés en France qu'ailleurs, « du fait notamment de l'empilement des réglementations », alors même que les autres pays ont recours à de la main d'œuvre détachée, à l'absence de conventions collectives sectorielles et à des charges sociales et environnementales inférieures. Au contraire, en France « si un éleveur veut se moderniser, on lui interdit le surcroît de production qui permettrait d'amortir ses investissements », explique Philippe Mangin. A cela s'ajoute le fait que « la fiscalité est totalement inadaptée à la volatilité que subissent les éleveurs ».

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Travail avec les distributeurs

Le président de Coop de France a expliqué que sa fédération poursuivait le travail engagé avec plusieurs grandes enseignes de distributeurs. « Les grandes surfaces sont en train d'évoluer », constate Philippe Mangin. Bien sûr, elles continuent de rechercher les prix bas mais elles ont compris, à l'entendre, que ce n'est plus le seul argument à mettre en avant auprès des consommateurs. Le 23 septembre sera présenté un accord cadre signé bientôt avec la FCD, Fédération du commerce et de la distribution. « Plusieurs enseignes sont en train de prendre en compte la spécificité coopérative », assure Philippe Mangin.

« Les critiques sur les coop ? Elles ne viennent pas des adhérents »

Interrogé, Philippe Mangin a vivement réagi à propos des récentes critiques entendues sur les coopératives et leur fonctionnement. Des critiques atteignant une proportion inédite et émanant des agriculteurs eux-mêmes. « Des critiques ? s'exclame Philippe Mangin, prompt à s'émouvoir sur le sujet, « elles ne viennent pas des adhérents quand on les rencontre », dit-il. Et d'invoquer un sondage réalisé avant l'été qui semble montrer que les agriculteurs accordent une large confiance à leurs coopératives. Philippe Mangin reconnaît cependant qu'il doit y avoir un effort d'explication. Coop de France a appelé, début juillet, à ce que des discussions s'ouvrent entre des coop et des syndicalistes agricoles. « Nous ne sommes pas irréprochables », dit le président de Coop de France, qui estimait peu avant que la structuration des filières doit se renforcer, ce qui est de la responsabilité de leurs membres. Mais à l'égard des manifestants qui, récemment, s'en prenaient aux coopératives, il se fait incisif : « Aboyer dans les rues de Paris, d'accord. Mais qu'ils viennent prendre les rênes de nos coop et qu'ils nous disent s'ils ont des recettes pour vendre le cochon en Allemagne à 1,40 euro le kilo. ».

Philippe Mangin quitte la présidence de Coop de France

Philippe Mangin a annoncé le 10 septembre qu'il ne se représenterait pas à la présidence de Coop de France, après quinze ans de mandat. « Je ne suis ni usé ni fatigué », dit-il. Mais quinze ans c'est beaucoup, « on peut devenir étouffant », ironisait-il, en assurant qu'il avait une équipe d'élus de grande qualité autour de lui, capable de faire monter un successeur. Le congrès électif qui aura lieu les 16 et 17 décembre aura pour thèmes principaux « Compétitivité et conquête de valeurs.