Après sa prise de fonction officielle le 22 septembre, Philippe Mouton, le nouveau président de la Confédération européenne des fabricants de spiritueux (CEPS), souligne sa priorité : l’implication de l’ensemble de la profession dans le débat sur les politiques de lutte contre l’alcoolisme. Elle doit donner aux pouvoirs publics des gages de sa bonne volonté, prévient-il, faute de quoi de nouvelles législations très contraignantes pourraient voir le jour à Bruxelles.
Après la présidence de la FFS (Fédération française des spiritueux), vous et Pernod Ricard prenez celle de la CEPS. Quelle sera la prochaine étape ?
Philippe Mouton. Effectivement, pour Pernod Ricard, l’implication dans les organisations professionnelles a toujours été importante. Selon une règle non écrite, c’était au tour de la France de prendre la présidence de la CEPS et j’étais disponible ! Donc, je suis élu et j’en suis très heureux. Mon mandat est de deux ans, non renouvelable.
Quelles vont être vos priorités ?
J’ai une priorité : le débat « alcool et société ». Auparavant, ces questions étaient principalement traitées par l’Amsterdam group qui réunissait les grands patrons du secteur de la brasserie, des spiritueux et du vin. Face aux enjeux actuels, le relais doit être pris par les professions. Il nous faut des disciplines collectives.
Pourtant l’OMS au niveau européen conteste à l’industrie la légitimité pour s’impliquer dans ce débat…
La résolution adoptée à Bucarest La section Europe de l’OMS a adopté, mi-septembre à Bucarest, une résolution qui regrette que les politiques de santé publique soient perturbées par les intérêts économiques du secteur des boissons alcoolisées. Elle pousse les pouvoirs publics à cesser les contacts avec l’industrie pour l’élaboration des plans de lutte contre ce fléau. par la section européenne de l’OMS est due à une coalition entre les Etats nordiques – Suède et Norvège notamment – et la France. Face à ces prises de positions qui rendent le dialogue de plus en plus difficile avec les pouvoirs publics, toute la profession doit se regrouper et prouver qu’elle est un partenaire de dialogue valable.
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La CEPS a-t-elle les moyens d’y parvenir ?
Nous allons apporter la preuve que nous sommes des industries responsables en matière de communication commerciale. L’Amsterdam group a adopté, en 2001, une discipline collective, un code de bonnes pratiques. Il a été mis à jour en juin dernier. Il faut à présent qu’il soit adopté par tous. Il a été envoyé à toutes les organisations professionnelles.
Tout le monde est-il prêt à jouer le jeu ?
Il nous faut convaincre la Commission européenne et les Etats membres que l’autorégulation peut fonctionner. Ce n’est pas simple. Si nous avons, a priori, la garantie d’être suivis par les grands groupes, les choses se compliquent pour certaines petites entreprises qui fonctionnent sur des coups marketing. Nous travaillons sur ce sujet. Certains pays, comme l’Espagne, ont pris des initiatives. Les fabricants de spiritueux doivent soumettre, à l’avance, leurs campagnes promotionnelles à un organisme de contrôle privé. Il peut faire des mises en garde au donneur d’ordre et rendre publics ses avis s’ils ne sont pas suivis par les entreprises.
Quels sont les risques si l’industrie ne donne aucun gage de bonne volonté ?
Certaines associations militent pour une loi Evin au niveau européen. Pour nous, il n’en est pas question. Par ailleurs, un plan d’action a été adopté, en 1995, par les pays européens pour lutter contre l’alcoolisme. Ce plan préconise une réduction globale de la consommation d’alcool en Europe. Nous réfutons cette approche. Il nous semble plus judicieux de travailler à des actions ciblées sur les populations à risque.