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Photovoltaïque en toiture : une 1ère génération de contrats s’achève

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Les premiers contrats d’obligations d’achat (OA) signés sur 20 ans arriveront à terme dans les années à venir. Les agriculteurs devront établir de nouveaux contrats en gré à gré pour continuer à vendre leur électricité, moyennant une forte décote des prix d’achat. La création de groupements de vente pour massifier l’offre pourrait être une opportunité de valorisation.

Encadrés par un arrêté de 2006, les contrats d’obligations d’achat (OA) signés avec EDF sécurisent depuis cette date les installations photovoltaïques en toiture sur les bâtiments agricoles. D’une durée de 20 ans avec des prix garantis, ce dispositif offre une visibilité de retour sur investissement, sans être dépendant du prix de l’électricité au quotidien. « Mais les premiers contrats signés en 2008 arrivent à leur terme alors que les installations bien entretenues ont toujours une efficacité importante, avertit Gilles Beaujean, du service énergie de la chambre d’agriculture des Pays de la Loire. Il va falloir réfléchir à une nouvelle manière de vendre l’électricité produite ». En effet, EDF Obligation d’Achats confirme à Agra Presse qu’un renouvellement de ces contrats n’est pas à l’ordre du jour. « À notre connaissance les pouvoirs publics ne mènent actuellement pas de réflexion en ce sens », précise le service presse. Pour les agriculteurs, ce n’est a priori pas une bonne nouvelle ; la fin de ces contrats devrait marquer une forte baisse des prix de rachat. En effet, les premiers contrats ont été signés à plus de 60cts/kW alors que le marché spot de l’électricité se situe actuellement sous les 10cts/kW. Pour André Joffre, président du cabinet d’étude Tecsol, la montée en puissance de ces contrats jusqu’en 2010 devrait déclencher l’arrivée d’un nombre important de producteurs d’électricité sur le marché en 2030. « Dans cette optique il faut prendre le temps de la réflexion et ne pas se tourner vers le premier démarcheur venu », préconise-t-il.

La piste de l’autoconsommation

Pour Gilles Beaujean, le premier réflexe sera de penser « autoconsommation ». « Le nouveau prix de revente, quel que soit le contrat et le client choisi, sera très certainement inférieur au prix d’achat. Si les besoins de la ferme sont en adéquation avec la production électrique, il est donc plus intéressant pour le producteur d’autoconsommer sa production », assure-t-il. Le conseiller chiffre à quelques milliers d’euros les travaux nécessaires pour le passage en autoconsommation, via notamment la mise aux normes du boîtier électrique.

Si l’exploitation agricole n’a pas de besoin électrique spécifique, l’agriculteur pourra se tourner vers un client extérieur pour continuer à vendre son électricité. Avec un atout de taille cependant. Les installations étant remboursées après 20 ans de fonctionnement, le coût de revient en est d’autant réduit.

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Dans le détail, « le prix Spot de l’électricité n’est pas intéressant, car trop faible voire négatif ponctuellement en été, explique André Joffre. Il est préférable de se tourner vers des contrats à moyen terme avec des prix stables plus élevés. Soit en direct avec un gros consommateur d’électricité, soit via un agrégateur ». Ces contrats, pourtant plus chers pour le client, pourraient être portés par une demande d’électricité renouvelable et locale. « La SNCF a commencé à signer ce type de contrat », assure le président de Tecsol.

Si les installations photovoltaïques agricoles en toiture semblent aujourd’hui de dimensions trop peu importantes pour signer ces contrats en direct, des solutions alternatives pourraient voir le jour. « L’idée serait de créer des démarches locales d’agrégation. Aujourd’hui nous sommes capables de faire fonctionner des groupements d’achats d’électricité. Pourquoi ne pas imaginer demain des groupements de vente de plusieurs dizaines d’exploitations pour massifier l’offre.. Ce sont des pistes que nous travaillons actuellement », illustre Gilles Beaujean.

L’autoconsommation collective à l’essai

Depuis 2021, la législation autorise l’autoconsommation collective dans un rayon de 2 km entre producteurs et consommateurs et jusqu’à 20 km sur dérogation en zone rurale. Ce nouveau débouché consiste à créer une structure de gouvernance réunissant producteurs et consommateurs au sein de laquelle sont décidés notamment le tarif d’achat et la répartition de l’électricité produite entre les membres. Si d’emblée le tarif incluant les coûts de gestion et de facturation mensuelle pourrait être élevé pour les consommateurs, il offre également la promesse d’une stabilité dans le temps. « L’autoconsommation collective est encore très lourde en termes administratifs aujourd’hui. Mais la France se met peu à peu en règle avec les directives européennes, ce qui devrait simplifier le fonctionnement à l’avenir », assure André Joffre.

Des contrats à 60cts/kW en 2008, un marché spot à 10cts/kW aujourd’hui