Avec le soutien d’une trentaine d’organisations agricoles et para-agricoles, dont ses associations spécialisées, la FNSEA annonce qu’elle présentera une proposition de « trajectoire » de réduction des produits phytosanitaires qui pourrait aller plus loin que le plan Ecophyto 2. Cette proposition, intitulée « contrat de solutions » sera présentée au gouvernement et aux ONG au premier trimestre 2018. La LPO se dit satisfaite du « discours nouveau » de la FNSEA.
Cela pourrait être une première ! La FNSEA s’est dite prête, le 14 novembre, à annoncer prochainement, et « si cela est possible », des objectifs plus ambitieux que ceux du gouvernement en matière de réduction de l’usage des produits phytosanitaires. Lors d’une conférence de presse, le syndicat agricole majoritaire a annoncé qu’il fournira dans quelques semaines, sa propre « trajectoire » de réduction de l’usage des pesticides en agriculture. Elle pourrait aller au-delà du plan Ecophyto 2 lancé par l’ex-ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll. Ce plan prévoit une réduction de leur utilisation de 25 % d’ici 2020 et de 50 % à l’horizon 2025.
La stratégie du contre-feu
Cette annonce intervient en plein débat sur l’interdiction du glyphosate en Europe, et après le discours d’Emmanuel Macron à Rungis ; le président avait réaffirmé son objectif d’élimination progressive des pesticides en agriculture. N’arrivant plus à contenir la pression sociétale, la FNSEA tente la stratégie du contre-feu. Pour éviter que les pouvoirs publics ne continuent d’imposer des interdictions brutales de produits phytosanitaires à la profession agricole, le syndicat propose d’accélérer lui-même la diminution, mais à son rythme. La FNSEA espère aussi redorer l’image de la profession et calmer une forme de vindicte populaire dont elle se sent victime. « Les agriculteurs en ont assez d’être stigmatisés et infantilisés, a martelé la présidente de la FNSEA. Nous sommes au travail ; des résultats arrivent, ils seront toujours insuffisants aux yeux des militants, c’est normal, ce sont des aiguillons ».
Éviter « une foule d’interdictions »
La « trajectoire » de réduction de la FNSEA sera définie avec une trentaine de partenaires agricoles et para-agricoles – dont ses associations spécialisées. Parmi les partenaires on trouve des instituts de recherche (Irstea, Acta), des organismes de formation (Vivea), mais aussi des industriels de l’agrochimie (UIPP), du biocontrôle (IBMA) ou du machinisme (Axema). « Près de trente organisations agricoles nous ont rejoints pour définir un contrat de solutions, et non pas une foule d’interdictions », résume la présidente de la FNSEA Christiane Lambert. « Quand on va trop vite et que l’on interdit des produits, on peut créer des impasses », étaye le président de Terre Inovia Sébastien Windsor. Le syndicat fixe d’ores et déjà une limite : pas de restriction créant un désavantage compétitif trop important vis-à-vis de productions agricoles d’autres États membres.
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« Un discours nouveau »
Ce plan sera présenté au gouvernement et aux ONG, annonce la présidente de la FNSEA. La démarche a été dévoilée la veille à la Ligue de protection des oiseaux (LPO) : « J’ai été très agréablement surpris par un discours que je qualifie de nouveau ; pour les pratiques, j’attends de voir les changements, rapporte son président Allain Bougrain-Dubourg, contacté par Agra Presse. Précédemment, la FNSEA rejetait toute contrainte supplémentaire de l’Europe, et les relations étaient extrêmement mauvaises avec Xavier Beulin ». L’association a noué plusieurs relations partenariales avec la FNSEA au cours des dernières années, notamment à l’initiative de Christiane Lambert. Greenpeace France a rencontré récemment la FNSEA, mais n’avait pas eu vent de ce projet, rapporte sa responsable agriculture Laure Ducos.
Parmi les solutions mises en avant par le syndicat, l’accélération de la recherche, de la formation et du conseil ou le développement de la robotique, de l’agriculture de précision (drones) et du biocontrôle. « La solution est dans la combinatoire », lance Éric Thirouin.
« Les agriculteurs en ont assez d’être stigmatisés et infantilisés »
« Près de trente organisations agricoles nous ont rejoints pour définir un contrat de solutions »