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Phytos : l’Anses pointe les manques réglementaires pour la santé publique

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L’Anses (1) a publié un rapport sur l’exposition aux pesticides des agriculteurs en France, le 26 juillet. La question des risques aigus et chroniques pour leur santé reste « importante ». L’Anses recommande de réduire l’usage des pesticides, mais aussi d’accélérer la production française de données dans ce domaine.

« Les plans nationaux […], comme l’expertise collective de l’Inserm (2) sur les effets sur la santé des pesticides témoignent unanimement du déficit de données sur les expositions aux pesticides des personnes travaillant dans l’agriculture en France », explique un rapport de l’Anses publié le 26 juillet. Néanmoins, Isabelle Baldi, spécialiste de la question à l’Inserm, affirmait en avril 2016 (3) : « On est de plus en plus en mesure d’affirmer des choses parce que les données commencent à être suffisantes. Il y a une masse de données extrêmement importantes ». Ainsi, il y a au moins trois domaines où les données sont suffisantes, selon elle : les cancers (du sang, de la prostate), les maladies neurologiques et les troubles de la reproduction et du développement. Mais les débats d’experts sont loin d’être finis. L’un des auteurs du rapport de l’Anses a réaffirmé en conférence de presse le 28 juillet que la difficulté est d’associer une pathologie à une molécule en particulier.

Expertise indépendante nécessaire

Les experts ont aussi souligné que le conseil et la formation dans le monde agricole est parfois l’objet de conflits d’intérêts. « Clairement, il y a des mesures prises dans les plans Ecophyto. Mais souvent, les vendeurs de pesticides conseillent leurs utilisateurs », a regretté Gérard Lasfargues, directeur scientifique adjoint à l’Anses. Outre les conflits d’intérêts sur le conseil, l’Anses propose aussi d’y mettre fin dans la formation en « confiant les formations aux risques des expositions pour la santé à des organismes indépendants (n’ayant aucun intérêt commercial à la vente de pesticides) ».

Les éleveurs sont exposés

L’Anses recommande clairement de prévenir les problèmes de santé publique en réduisant l’usage des pesticides. Mais l’agence a aussi fait un point sur l’exposition des éleveurs aux produits vétérinaires : « Le Certiphyto est un succès, mais un éleveur de moutons ne se sent pas concerné », explique Catherine Laurent, présidente du groupe de travail à l’origine du rapport de l’Anses. Ce vide est national, mais dans d’autres grands pays d’élevage, le problème est déjà pris à bras-le-corps. « En Australie et en Grande-Bretagne, des dispositions réglementaires spécifiques existent », selon le rapport. L’Anses a affirmé « la nécessité de commencer des travaux sur les situations françaises. »

Plus d’un million de personnes sont potentiellement exposées aux pesticides en agriculture, selon l'Anses

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(1) Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

(2) Institut national de la santé et de la recherche médicale

(3) http://www.inserm.fr/actualites/rubriques/actualites-evenements/conference-pesticides-de-l-intoxication-aux-solutions

Phytos et santé humaine : S. Le Foll rappelle que deux dispositifs de surveillance sont en place

« Prévus par le 3e plan "santé-environnement 2015-2019", deux dispositifs de surveillance dédiés […] à la connaissance de l’exposition des agriculteurs et de leurs familles aux pesticides ont été lancés par les ministères de la Santé et de l’Agriculture », a rappelé Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, dans un communiqué, le 28 juillet. En outre, la loi d’avenir agricole a mis en place au 1er juillet 2015 le dispositif de phytopharmacovigilance pour « caractériser les effets des produits phytopharmaceutiques sur la santé humaine. » Le 25 juillet, l’Anses publiait un rapport sur l’exposition de la population agricole aux pesticides. Elle y recommande notamment de « favoriser […] la capitalisation d’informations sur les expositions aux pesticides ».