L’AGPB (producteurs de blé), dont le congrès s’est tenu à Dijon les 31 janvier et 1er février, a reconnu la nécessité d’adapter les systèmes de production pour répondre aux attentes de la société. Une transition sur les phytos à mener dans « des délais raisonnables », selon elle.
« Parfaitement conscients des attentes sociétales, nous sommes prêts à relever ce défi (de l'adaptation des systèmes de production, NDLR) et à nous engager dans une trajectoire de progrès visant à réduire les risques et les impacts des produits phytosanitaires, a déclaré le président Philippe Pinta. Mais il nous faut des délais raisonnables. » L'AGPB envisage, dans un premier temps, une réduction des phytos à partir des outils existants. Quant aux solutions alternatives, elles passeront par des innovations en matière de numérique, robotique, génétique, biocontrôle et agronomie. « On ne peut pas supprimer des possibilités de traitement sans solutions alternatives crédibles, sans se préoccuper des conséquences économiques et des distorsions de concurrence », a martelé Philippe Pinta.
Non au zéro phyto
Les producteurs mettent en avant les progrès déjà réalisés dans la filière. « Nous avons le modèle de production le plus sûr au monde », a considéré Philippe Pinta. Et d'avancer plusieurs chiffres : en moins de vingt ans, l'usage des phytos a baissé de 50 % et le nombre de molécules autorisées a été réduit des deux tiers. Mais imaginer une sortie de phytos, « ce n'est pas sérieux », selon la présidente de la FNSEA Christiane Lambert. « Tout changer en un clin d'oeil, ça ne marche pas : c'est méconnaître le rythme, la réalité agronomique, biologique, sanitaire ». « Ceux qui pensent que demain on peut aller vers le zéro phyto trompent le consommateur », a-t-elle ajouté, affirmant que le président Emmanuel Macron et son Premier ministre Edouard Philippe n’ont pas une telle approche.
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Un des axes du plan de transformation de la filière vise à développer une protection des cultures efficace et durable. « On a besoin du chimique mais ça doit évoluer », a souligné le président d'Intercéréales Jean-François Loiseau, proposant de le combiner avec des solutions biologiques, de biocontrôle, en génétique, ou mécaniques. Pour réussir cette transition, l'AGPB réclame le soutien des pouvoirs publics. Cela passe par « des aides à l'investissement dans les exploitations (pour diffuser les outils d'aide à la décision, l'agriculture de précision), la satisfaction des besoins de protection de plantes (si la récolte contient des mycotoxines, ça pose problème à la vente) », selon le vice-président Rémi Haquin. Le plan de filière, également axé sur la création de valeur en satisfaisant les attentes clients, sur l’amélioration de la compétitivité, est chiffré à 10,2 milliards d’euros d’investissement pour les exploitations sur 15 ans. Les céréaliers demandent à l’Etat de les accompagner pour les cinq premières années. Ils font donc appel au plan d’investissement et de modernisation de l’agriculture et de l’agroalimentaire de 5 milliards d’euros promis par Macron.
« On ne peut pas supprimer des possibilités de traitement sans solutions alternatives crédibles »
Le congrès de l'AGPB s'est ouvert par l'annonce du faux bond de Stéphane Travert
Le président de l'AGPB (producteurs de blé) Philippe Pinta a ouvert son congrès, le 31 janvier à Dijon, en annonçant la non-participation de Stéphane Travert. « A quoi bon être ministre de l'Agriculture si c'est pour rester enfermé rue de Varenne ?! », a-t-il lâché sous les huées, fustigeant une absence « incompréhensible, inacceptable ». Philippe Pinta a rappelé le contexte économique « particulièrement difficile » pour les céréaliers : 40 % des producteurs auront un résultat d'exploitation négatif sur la récolte 2017, d'après ses chiffres. Plusieurs raisons à cela : des prix « très bas », une concurrence accrue des pays de la mer Noire, l'euro élevé par rapport au dollar. Un cumul de facteurs qui « ne permettra pas de compenser les mauvais résultats de l'année 2016 », selon lui.