Étant l’un des rares à garder le conseil plutôt que la vente de phytos, Limagrain « doute » de son choix. Les chambres d’agriculture craignent de leur côté de devoir assurer une grande part de conseil stratégique d’ici 2023.
Sébastien Vidal, le nouveau président de Limagrain, a admis en conférence de presse le 13 janvier « douter » de la stratégie du groupe concernant la séparation de la vente et du conseil en phytos, obligatoire depuis le 1er janvier 2021. La coopérative a décidé en décembre 2020 de céder son activité de distribution de phytos et engrais (entre 15 M€ et 16 M€ de chiffre d’affaires). Laquelle a été reprise par le négoce Proxiel, lui-même détenu à 65 % par Sanders et à 35 % par Limagrain. Seules deux coopératives, Limagrain et Euralis, ont fait ce choix. Les autres ont préféré conserver leur activité de vente. « C’est ce qui nous fait douter de notre choix, mais on attend de voir », a déclaré Sébastien Vidal.
Un modèle économique « pas encore stabilisé »
Du côté des chambres d’agriculture, on se sent également un peu seul. Sébastien Windsor, le président des chambres d’agriculture (APCA), a alerté le 19 janvier sur un risque d'« embouteillage » face à la faiblesse de la demande et de l’offre en conseil stratégique, dont chaque agriculteur devra avoir bénéficié d’ici fin 2023. « Nous avions promis que les chambres d’agriculture en réaliseraient 50 %, j’ai peur que l’on en fasse 100 % », a-t-il prévenu, face à la faible mobilisation des autres acteurs du conseil, et au peu de coopératives et négoce ayant renoncé à la vente. Pour éviter l'« embouteillage », l’APCA négocie des partenariats avec des coopératives pour que celles-ci fassent la promotion du conseil stratégique des chambres, en échange de recevoir les documents produits lors de ce conseil chez leurs adhérents. L’APCA propose également aux pouvoirs publics que la validité des conseils reçus en 2022 soit allongée.
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Au ministère de l’Agriculture, on reconnaît qu’« il y a un marché à saisir ». Ce sont les mots de son représentant Olivier Ruck (DGAL) le 18 janvier lors des Rencontres annuelles du biocontrôle. 2021 a été, selon lui, une « année de transition ». C’est une « réforme d’envergure », menée dans un « délai contraint ». Résultat aujourd’hui, seules quelques entreprises ont choisi le conseil parmi les 500 agréées en phytos. « Le modèle économique du conseil n’est pas encore stabilisé », a-t-il jugé. À ses yeux, « la ressource est là, notamment au sein des coopératives et négoces » : il faut « orienter une partie de cette ressource pour monter des entreprises de conseil ». Ronan Goff, vice-président de l’IBMA (entreprises de biocontrôle), s’est dit « assez inquiet » de la situation, qui entrave le développement du biocontrôle. Avant de rassurer : « De nouveaux conseils vont voir le jour. »