En affirmant, le 4 décembre devant les coopératives, qu’il était prêt, si la profession agricole le lui demandait, à avancer la réforme de la Pac à 2005 plutôt que 2007, Jean-Pierre Raffarin a tendu un piège aux syndicalistes. Ceux-ci ne s’y sont pas trompés mais ils auront des difficultés à sortir de ce piège. Jean-Michel Lemétayer a rétorqué, le 11, par un communiqué qui cache à peine sa colère. Il est intitulé : « À chacun ses responsabilités », autrement dit : « À chacun ses problèmes ». Personne, en effet, ne veut endosser l’avancement de la réforme à 2005 alors même que chacun est persuadé qu’il s’agit de la moins mauvaise des solutions. Attendre 2007 conduirait en effet aux anticipations les plus dangereuses, aux comportements les plus conservateurs. D’autant que si l’on considère des secteurs comme le lait, on peut dire que la réforme est déjà en route. Les baisses drastiques de prix qui s’annoncent ou se constatent déjà préfigurent ce qui est inscrit dans cette réforme voulue par Franz Fischler. Pour autant, on voit mal des communiqués réclamant à tout prix une accélération de la mise en place de la réforme Fischler.

Adepte de la franchise, Jean-Pierre Raffarin aurait pu aller jusqu’au bout de son propos en expliquant qu’il ne souhaitait pas qu’une telle réforme – acceptée par le gouvernement français – s’applique en 2007, c’est-à-dire l’année des élections présidentielles.

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Le ministre de l’Agriculture Hervé Gaymard, tranchera-t-il en prenant la décision qui s’avère la plus courageuse ? C’est-à-dire opter pour 2005 en assumant pleinement la responsabilité du choix, adopter définitivement les options de découplage partiel qui semblent, maintenant réunir un consensus ? S’il le fait dans les jours qui viennent, il aura rendu service à l’agriculture et permis à ses syndicats de sortir du piège tendu par le Premier ministre. La cohésion gouvernementale aura vu plus grave anicroche.