Depuis son assemblée générale tenue le 5 novembre, le groupe Pernod Ricard, n° 1 français des vins et spiritueux, est dirigé – et c’est une première – par une personne extérieure à la famille fondatrice. Pierre Pringuet, 59 ans, X-Mines, dans le groupe depuis 1987 et actuel directeur général, est devenu officiellement p.-d.g., succédant à Patrick Ricard, patron du groupe depuis 30 ans et fils du fondateur, Paul Ricard. La famille contrôle toujours 12 % du capital et détient 20 % des votes. Patrick Ricard reste président du conseil d’administration.
Patrick Ricard a cédé, comme prévu, la barre du groupe Pernod Ricard à son bras droit. Il confie à Pierre Pringuet un groupe désormais numéro deux mondial des spiritueux. Une place sur laquelle peu d’observateurs auraient parié lors de sa prise de fonction en 1978. Mais l’héritier Ricard a su patiemment construire un empire. Après la fusion de Pernod et de Ricard, Patrick Ricard a mené d’audacieuses acquisitions : l’australien Austin Nichols en 1981, l’irlandais Irish Distillers, une partie de l’américain Seagram en 2001, le britannique Allied Domecq en 2005 et enfin la Vodka Absolut en 2008. Autant d’opérations de croissance externe combinées à un recentrage sur les alcools forts et la montée en gamme des marques du groupe qui ont permis au groupe de voir son chiffre d’affaires passer de l’équivalent de 348 millions d’euros en 1975 à 6,58 milliards. Quant aux profits, ils ont bondi de 37 millions d’euros en 1975 à 1,522 milliard l’an dernier.
Déchargé de tout l’opérationnel, Patrick Ricard suivra plus particulièrement l’évolution de chacun des dirigeants du groupe. Une position stratégique pour trouver ensuite un successeur à Pierre Pringuet. Et pourquoi pas permettre à un Ricard de revenir aux manettes. En attendant, Pierre Pringuet, bras droit de Patrick Ricard depuis 2000, va pouvoir mener de front le développement des ventes et les opérations de croissance externe à venir.
Pierre Pringuet qualifié de « financier exceptionnel »
Bien que considéré désormais comme un financier exceptionnel puisque l’artisan du quintuplement en huit ans du chiffre d’affaires de Pernod Ricard, Pierre Pringuet reste assez méconnu. Ce social-démocrate aux convictions libérales a d’ailleurs un déficit d’image à l’extérieur du groupe et c’est pourquoi une mission a été confiée au cabinet Image 7 pour y remédier.
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Conseiller de Michel Rocard en 1981 au ministère du Plan, Pierre Pringuet l’a suivi au ministère de l’Agriculture, de 1983 à 1985 à un moment où il fallait faire accepter les quotas laitiers aux agriculteurs pour sortir de la spirale des excédents de beurre et de lait. Directeur des industries agricoles et alimentaires au ministère de l’Agriculture de 1985 à 1987, il acquiert à la tête de la DIAA de l’époque une forte connaissance du tissu des PME agroalimentaires françaises. C’est alors que Thierry Jacquillat, qui était directeur général de Pernod Ricard, est en quête d’un directeur du développement. Il lui offre ce poste et l’invite à changer ainsi le cap de sa carrière.
Seagram, un achat décisif
Pierre Pringuet tente alors « l’aventure du privé » et redresse la filiale PR Europe qui traversait une passe difficile. Promu directeur général en 2000, il accompagne l’extraordinaire ascension du groupe. Depuis cette date, le groupe s’est hissé au deuxième rang mondial de l’industrie des vins et spiritueux, quintuplant son chiffre d’affaires et son résultat opérationnel tout en multipliant par quatre sa capitalisation boursière. Considéré par Patrick Ricard comme « le plus à même de poursuivre le développement du groupe, tout en demeurant transparent et créatif », il a négocié avec lui l’achat de Seagram en 2000, une étape décisive pour la mondialisation du groupe, puis celui du britannique Allied Domecq, qui a donné au groupe la place qu’il souhaitait sur le marché américain. Et l’artisan de l’acquisition de la vodka Absolut, cette année, c’est lui sans aucun doute, d’autant que ses réminiscences de suédois, appris à la fin de ses études, et son opiniâtreté ont fortement joué. L’impossibilité de s’entendre avec les Russes sur l’achat de la vodka Stolichnaya, malgré « la bonne centaine d’heures passées à négocier avec eux », a fait le reste.