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Plan de réduction de la production laitière : 99 % du budget consommés dès le premier appel d’offres

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Le dispositif européen de réduction de la production laitière a rencontré un succès certains auprès des éleveurs de l’UE (en particulier dans les grands pays producteurs) (1). 99 % du budget ont été consommés dès le premier appel d’offres. Ainsi, la production européenne devrait être réduite de 2,9 % au cours des trois prochains mois. Bruxelles espère que les prix à la ferme vont remonter.

Sans grande surprise, les 150 millions € pour la réduction volontaire de production laitière ont été consommés à 99 % dès le premier appel d’offres qui arrivait à échéance le 21 septembre. Sur les 10,7 millions de tonnes de lait non produit que la Commission européenne proposait de soutenir (avec un budget de 150 millions €), les demandes déposées ont déjà consommé 10,6 Mt. Quelque 52 101 producteurs européens se sont engagés à réduire leur production en moyenne de 20 t (avec de fortes variations selon les États membres : de 126 t en Hongrie à 6 t en Lituanie en passant par 29 t en Allemagne et 14 t en France) contre une aide de 140 € par tonne non produite. Ce dispositif devrait donc faire reculer la collecte laitière européenne de 2,9 % au cours du dernier trimestre de 2016. La production dans l'UE a progressé de 3,3 % au premier semestre de 2016, une hausse qui devrait atteindre 1 % sur l’ensemble de l’année, selon les dernières estimations de la Commission européenne.

Les producteurs de certains pays (Allemagne, Belgique, Pologne, Italie, France, Espagne, Portugal) avaient déjà commencé à lever le pied en abattant leur cheptel ou en adaptant l’alimentation des animaux. Les principaux États membres bénéficiaires sont l’Allemagne (286 049 t pour 40,04 millions €), la France (181 398 t pour 25,4 millions €), le Royaume-Uni (112 028 t pour 15,68 millions €), les Pays-Bas (80 305 t, pour 11,24 millions €) et, plus étonnant, l’Irlande (74 225 t pour 10,39 millions €) où près d’un éleveur sur quatre a demandé une aide. Le taux de participation est également élevé en Belgique, aux Pays-Bas (22 % chacun), en France (19 %) et au Portugal (17 %).

Au terme de la période de trois mois au cours de laquelle les éleveurs se sont engagés à réduire leur volume de production, ceux-ci disposeront de 45 jours (soit mi-février) pour fournir la preuve qu’ils ont bien réduit la production et ainsi recevoir leur aide.

Traduction dans les exploitations

Il ne reste donc que 11 407 t pour le prochain appel d’offres (échéance le 12 octobre). Ce second tour sera uniquement ouvert à ceux qui n’ont pas fait de demande de participation dans le cadre du premier appel d’offres. Le soutien européen peut être complété au niveau national dans le cadre de dotation de 350 millions € répartie entre les États membres, comme c’est le cas en France.

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Se montrant particulièrement satisfait du niveau de participation au sein des grands pays producteurs, le commissaire européen à l’agriculture Phil Hogan a estimé que ce « régime a prouvé à la fois son attractivité et son efficacité. Il répond parfaitement à nos attentes. Je suis convaincu que cette mesure, alliée à d’autres incluses dans le paquet de juillet, contribuera davantage à stabiliser la situation sur le marché européen des produits laitiers ». Il espère maintenant que cet engouement va se traduire par une remontée des prix payés aux producteurs. Ces prix ont commencé à légèrement remonter en septembre dans le sillage des cours des produits laitiers sur les marchés mondial et européen globalement orientés à la hausse depuis plusieurs semaines déjà.

(1) Voir n° 3561 du 19/09/2016

Bien mais un peu tard

La réussite du plan européen de réduction de la production laitière a été unanimement saluée. Mais nombreux sont ceux qui regrettent que ce dispositif n’ait pas été lancé plus tôt. « La participation importante au programme de réduction européen montre que les producteurs de lait européens veulent s’attaquer à la crise par l’angle de la production […] mais il est regrettable que la mesure ait été introduite si tardivement et que les volumes produits n’aient pas été plafonnés simultanément au niveau européen », souligne par exemple l’EMB (European Milk Board). Le think tank Farm Europe ne dit pas autre chose : « L’argent consacré aux premiers paquets d’aide aurait été mieux dépensé pour une telle mesure européenne. Une action plus rapide aurait probablement réduit la durée de la crise et abaissé son coût pour le budget de l’UE ». Et l’eurodéputé français Michel Dantin (PPE) veut y voir un enseignement pour l’avenir : « Cette expérience inédite au niveau européen depuis la fin des quotas doit servir comme un exemple de mécanisme à pérenniser dans le cadre de la révision de la Pac afin de gérer les crises de surproduction laitière ».