L'exécutif fait un pas vers les éleveurs, dans un document destiné à imaginer l’avenir du plan loup, dont l’objectif d’un effectif de 500 canidés a été déjà atteint. Il y est prévu un relèvement du plafond de prélèvement et de nouveaux zonages. Malgré les « avancées », les éleveurs de la Confédération paysanne, demandent des « actes ».
Dans une feuille de route remise il y a plusieurs semaines aux organisations d’éleveurs, le gouvernement détaille ses propositions de réforme du « Plan Loup 2018-2023 », alors que l’objectif initial d’un effectif de 500 canidés pour 2023 devait être atteint à la fin de l’hiver. L’exécutif y confirme sa volonté de « relever » le plafond de prélèvement, fixé actuellement à 10 % des effectifs.
Il confirme les propos d’Emmanuel Macron, qui avait déclaré début mars son soutien à une telle mesure, à l’occasion d’un débat citoyen. Le président affirmait vouloir passer de « 10-12 % à 17-19 % » les effectifs de loups pouvant être abattus. Toutefois, rien n’est précisément décidé, dans la mesure où les « modalités » de fixation du plafond seront décidées sur la base de travaux réalisés par l’ONCFS et le muséum d'histoire naturelle (MNHN).
De nouvelles zones de gestion
Le gouvernement prévoit par ailleurs la création d’une « nouvelle zone de gestion », correspondant aux « foyers de prédations principaux ». Dans ces zones, les mesures de protections seront « renforcées ». L’État souhaite donner « aux éleveurs les moyens humains et matériels de garantir un gardiennage permanent », à savoir « la présence permanente d’un berger au troupeau ».
En effet, les attaques de loups arrivent le plus souvent dans les mêmes zones, que le gouvernement souhaite donc particulièrement protéger. Selon les chiffres du ministère, cinquante éleveurs ont ainsi concentré 30 % des attaques sur la période 2013-2016, et 195 éleveurs ont représenté 50 % des dommages sur la période 2015-2017.
Les autorisations de tirs de prélèvements simples (létaux) y seront accordées plus facilement, dès lors que « le niveau de prédation n’est plus acceptable ». Aujourd’hui, il est nécessaire de prouver des « dommages importants et récurrents ou exceptionnels » pour disposer d’une autorisation.
Dans ces nouvelles zones, trois tireurs pourront être mobilisés toute l’année, pour réaliser des tirs de défense, dès lors que l’éleveur a mis en place des mesures de protection. Cette mesure est également ouverte pour les « zones difficilement protégeables », et ce, « sans condition de protection du troupeau ».
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Pas suffisant pour les éleveurs
« Il y a des avancées mais la logique reste malheureusement la même », déplore toutefois Thomas Vernay, représentant de la Confédération paysanne, qui demande des « actes ». L’organisation appelle à « abandonner la logique de protection » pour adapter les plafonds de prélèvements « aux attaques de troupeaux ».
La Confédération paysanne demande également de « mieux prendre en compte les pertes indirectes » (stress, perte de lait…) dans le calcul des indemnisations, comme c’est le cas depuis 2018 pour les attaques d’ours dans l’Ardèche. Sur cette question, l’organisation regrette qu’il n’y ait « aucune avancée ».
Les éleveurs déplorent au contraire « plus de difficultés », dans la mesure où la réforme de la conditionnalité doit être appliquée dès le 1er janvier 2020. Dès son adoption, seuls les agriculteurs qui financent des mesures de protection auront le droit à des indemnisations, sauf s’ils sont en zone non protégeable.
« Il y a des avancées mais la logique reste malheureusement la même »
Le coût de la prédation estimé à 80 000 euros par loup et par an (Inra)
Le coût annuel de la protection des troupeaux et de l’indemnisation est estimé à 80 000 euros par loup, selon Michel Meret, directeur de recherche à l’Inra qui présentait ces chiffres le 14 mars, lors de la journée Grand angle ovin organisée par l’Idele. Dans le détail, les coûts de protection supportés par les pouvoirs publics sont les plus importants, suivis par les mesures de protection financées par les éleveurs eux-mêmes. Les indemnisations représentent le plus petit poste. « Un budget exponentiel et non tenable », déplore Michèle Boudoin, présidente de la FNO (éleveurs ovins). Car, bien que « la France soit le pays ayant mis en œuvre les mesures de protection les plus élaborées », elle détient aussi le « record d’Europe du nombre d’animaux prédatés chaque année », relate le chercheur.