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Plan loup : une nouvelle mouture froidement accueillie

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Le gouvernement a présenté le 18 septembre son nouveau Plan national d’actions (PNA) sur le loup et les activités d’élevage. Comprenant peu de nouveautés, cette nouvelle mouture pour 2024-2029 a laissé les éleveurs sur leur faim, tout en fâchant les ONG.

Trouver un compromis acceptable par tous sur le loup, mission impossible ? Le Plan loup 2024-2029, présenté le 18 septembre devant le groupe national loup, en a fourni une nouvelle illustration. Face à la « très bonne dynamique de la population de loups » (1 104 individus, +200 en un an), le gouvernement a voulu un plan « sans tabou », selon le cabinet de la secrétaire d’État à la Biodiversité Sarah El Haïry. En résumé, la nouvelle mouture du PNA (Plan national d’actions) prévoit notamment de simplifier les tirs de défense (1), d’élargir le déploiement des moyens de protection, ou encore d’étudier un changement de statut juridique du prédateur. Pas assez, pour les représentants des éleveurs : « Nous voulions une orientation plus marquée en faveur du pastoralisme et de l’élevage », soupire Claude Font, secrétaire général de la FNO (éleveurs d’ovins, FNSEA). Mais déjà trop pour les associations écologistes, qui ont quitté dans la foulée la réunion.

La Conf’ déçue sur les moyens de protection

Malgré une architecture inchangée, ce cinquième PNA présente quelques nouveautés, dont une aide à la mise en place des moyens de protection, comme l’indique Claude Font à Agra Presse. Les moyens de protection eux-mêmes (clôtures, chiens de troupeau) sont déjà subventionnés par le 2d pilier de la Pac (plus de 40 M€ en 2022). Ce n’est pas le cas de la main-d’œuvre nécessaire à leur installation, pour laquelle la FNO demandait une aide. Cette subvention concernera les élevages du cercle 2 (zones nouvellement prédatés), précise M. Font. Selon lui, elle fera partie d’une enveloppe de 1,5 M€ de crédits nationaux, qui financera aussi des projets de recherche (systèmes de protection innovants, connaissance du loup).

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Dans un document distribué à la presse, le ministère de l’Agriculture évoque (sans préciser d’enveloppe) un « déploiement des moyens de protection en anticipation sur tous les territoires éligibles ». La Confédération paysanne souhaitait, elle, que l’ensemble du territoire national passe en « cercle 3 » (front de colonisation), pour « anticiper le retour des loups », selon sa représentante Annabelle Würbel, et accéder aux aides sur les moyens de protection. Refus des pouvoirs publics, « au motif que c’est "trop cher" », regrette le syndicat.

Accent mis sur la recherche

Par ailleurs, le nouveau PNA prévoit une « amplification de la recherche sur les moyens de protection », d’après le document de la Rue de Varenne. Un « budget spécifique » global de 2,5 M€ y sera consacré, notamment en vue d’adapter les moyens de protection aux nouveaux territoires prédatés. « Les solutions mises en place dans les alpages il y a trente ans ne sont pas forcément applicables aux territoires de plaine ou bocagers », résume le cabinet de Marc Fesneau. Alors que le loup est présent dans plus de 50 départements, « le grand sujet aujourd’hui, ce sont les fronts de colonisation », abonde-t-on dans l’entourage de Sarah El Haïry. « Le temps long de la recherche couplé à un budget étriqué ne répondra pas aux attentes urgentes de l’élevage plein air », cingle la Confédération paysanne.

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Parmi les autres nouveautés de ce 5e Plan loup, la FNO se félicite d’avoir obtenu une meilleure prise en compte des pertes indirectes dans les indemnisations (valeur génétique des animaux notamment). L’Idele et Races de France doivent désormais proposer des barèmes au ministère de la Transition écologique, en charge des indemnisations (autour de 5 M€ par an). Un autre chantier devrait aboutir au cours du nouveau PNA : celui de la « création d’un statut du chien de troupeau », selon le ministère de l’Agriculture. Visant à dégager la responsabilité des éleveurs en cas d’incident, ce travail pourrait aboutir « fin 2024 », précise Annabelle Würbel. « Il n’est pas fait état du transfert de la responsabilité juridique des éleveurs vers l’État qui impose pourtant les chiens de protection des troupeaux », regrette Christian Provent, élu de la Coordination rurale.

« Le grand absent, ce sont les enveloppes »

Comme annoncé, le Plan loup entrouvre la porte à un changement de statut juridique du prédateur. Une « étude » est annoncée sur le « reclassement » de Canis lupus comme espèce « protégée » – et non plus « strictement protégée » – dans le cadre de la convention de Berne. En théorie, ce changement ferait passer la gestion d’une logique de conservation (plafond de prélèvements en situation d’attaques) à une logique de régulation (quota de prélèvement). « C’est un peu le miroir aux alouettes. Avant de se réjouir, on a besoin de savoir ce que ça engendrerait concrètement pour les éleveurs », estime Annabelle Würbel, éleveuse dans la Drôme.

C’est probablement cette ligne rouge du statut juridique qui a le plus irrité les associations de protection de la nature. Dans un communiqué, les six ONG présentes au groupe national loup (2) se disent « indignées par le contenu déséquilibré » du PNA. Le représentant de France Nature environnement Jean-David Abel dénonce un « choix politique » fait par les ministères de « mettre le paquet dans un plan de communication vers les acteurs pastoraux ». À l’inverse, aucune des 41 propositions émises au printemps par les ONG n’a été retenue, déplore-t-il auprès de l’AFP. Idem du côté de la Conf’ : « Rien de ce que nous avons proposé n’a été retenu », souffle Annabelle Würbel.

Quant aux organisations majoritaires du Caf loup, elles appellent même le gouvernement à « retravailler [son plan] de fond en comble ». « Il y a certaines avancées, mais il reste du travail », tempère Claude Font auprès d’Agra Presse, relevant que « le grand absent, ce sont les enveloppes ». Au niveau des élevages, « ce qui manque le plus, ce sont les avances de trésorerie, notamment pour la prise en charge du salaire des bergers ». Selon l’élu de la FNO, les pouvoirs publics se seraient engagés sur des versements au plus tard en 125 jours. « Les éleveurs devront avancer la trésorerie sur quatre mois pour payer les bergers », déplore-t-il. De son côté, la représentante de la Conf’ confirme ce manque de visibilité financière : « On ne nous a pas communiqué le budget, car il doit y avoir des derniers arbitrages. Mais si on reste à budget constant, vu le déploiement des loups en France, à un moment ça va coincer. »

Une nouvelle aide sur l’installation des moyens de protection

« Le grand sujet aujourd’hui, ce sont les fronts de colonisation »