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Plan national agroforesterie : une stratégie sans financement supplémentaire

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Le plan national pour l’agroforesterie a été présenté, le 17 décembre à Paris. Le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a expliqué qu’il n’y aurait pas de financements supplémentaires. Fixer les objectifs de l’agroforesterie et faire de l’animation dans les territoires pour une meilleure diffusion des pratiques : telle est l’ambition de ce plan national.

« Je voudrais être plus autonome. Je n’ai pas assez de paille pour la litière des vaches. On est en train de tester les copeaux de bois pour les litières », a témoigné Christian Abadie, éleveur gersois, lors de la présentation du plan national agroforesterie à Paris, le 17 décembre. L’agriculteur a mis en place récemment une parcelle agroforestière qui lui permet de récolter du bois. Le ministère entend diffuser plus largement ce type de pratiques avec son plan national. « Si on fixe bien les objectifs, on trouvera les moyens », a-t-il déclaré précisant qu’il n’y aurait pas de financements supplémentaires pour ce plan. Il en existe déjà un certain nombre à travers le Feader (Fonds européen agricole pour le développement rural), la conditionnalité des aides et le paiement vert. Pour la nouvelle période Pac 2014-2020, dix régions françaises, nouvelles autorités de gestion des Feader, ont ouvert une mesure agroenvironnementale spécifique à l’agroforesterie. « Il existe des soutiens à l’installation et à l’entretien de l’agroforesterie », précise Emilie Cavaillès, adjointe à la direction du bureau des aides aux zones défavorisées et à l’agro-environnement au ministère de l’Agriculture. Sont concernés les projets d’agroforesterie intraparcellaires, mais « les haies peuvent aussi entrer en compte, à condition d’avoir aussi de l’intraparcellaire. »

Diffuser est la priorité

Le ministre rappelle que « le plus important, c’est l’animation qui permet la diffusion. » Il entend s’appuyer sur des initiatives déjà existantes. De fait, Philippe Pointereau, directeur du pôle agro-écologie de Solagro (bureau d’études), a rappelé que 6,5 % des surfaces agricoles mondiales en 2015 étaient déjà en systèmes d’agroforesterie. En Europe, les surfaces agroforesterie sont très inégalement réparties (voir graphique). La France ne compte pas parmi les meilleures. Prenant exemple des GIEE (groupements d’intérêt économique et écologique), le ministre espère la mise en place d’un réseau de fermes agroforestières. Autant que possible, le plan prévoit aussi le développement de l’agroforesterie dans l’enseignement agricole. « Il doit y avoir des expérimentations dans les lycées », développe le ministre. Par ailleurs, le passage à l’acte des agriculteurs sera difficile sans conseils spécialisés sur l’agroforesterie. Par ailleurs, les chambres d’agriculture sont également mobilisées. L’objectif à terme serait d’avoir un conseiller agroforesterie par département. Pour l’heure, on en compte cinquante sur le territoire réparti dans trente-sept départements. Pour les agriculteurs, ce conseil est déterminant. « Les techniques d’agroforesterie, on ne connaît pas trop en France. Quand on veut produire plus avec moins d’intrants, en général, la coopérative locale tique parce qu’elle vend moins d’intrants », raconte Christian Abadie. Le déploiement de conseillers, notamment des chambres, sur l’ensemble du territoire est une priorité du plan national agroforesterie.

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Des embûches techniques

L’agroforesterie n’est pas simple et les embûches techniques sont encore nombreuses. « Nous faisons des expériences sur les essences les mieux adaptées », explique Christian Abadie. Le chercheur Christian Dupraz de l’Inra formalise les limites à franchir : « En France, nous avons sélectionné des plantes qui poussent au soleil. Mais en agroforesterie, les plantes poussent à l’ombre. Nous avons un travail de sélection à soutenir. » Le plan attend aussi des filières d’agroforesterie de l’unité. Ainsi, il recommande « de poursuivre et de terminer le rapprochement entre l’Afaf (Association française de l’agroforesterie) et l’Afac-Agroforesterie (promotion des systèmes agro-forestiers) » pour clarifier le paysage associatif du secteur. Enfin, l’agroforesterie est présentée comme une solution pour le renouveau du milieu rural en manque d’unité économique, environnemental et social. Stéphane Le Foll a annoncé que début 2016, un « moment » serait consacré au milieu rural. Les modalités et la forme de « ce moment » restent à préciser. L’agro-foresterie devrait faire partie de l’avenir du milieu rural.

« L’agro-foresterie désigne les pratiques, nouvelles ou historiques, associant arbres, cultures et/ou animaux sur une même parcelle agricole, en bordure ou en plein champ » (Afaf)