Le 15 février, quatre ministres ont lancé la concertation sur les propositions du plan phyto du gouvernement en présence d’une soixantaine d’acteurs du monde agricole et alimentaire. Ces derniers sont invités à renvoyer leurs propositions « d’ici le 9 mars ». Le plan sera finalisé « fin mars ».
Le 15 février, « plus d’une soixantaine de représentants du secteur agricole, des acteurs économiques, de la société civile et des collectivités locales se sont réunis en présence de quatre ministres pour engager la concertation sur les propositions du plan d’actions » phyto du gouvernement. Ce dernier avait été publié le 19 janvier. Les participants sont invités à remettre leurs contributions « d’ici le 9 mars prochain », selon un communiqué de quatre ministères (Transition écologique, Santé, Agriculture et Recherche). En l’état, les propositions du gouvernement tiennent en trois priorités : la diminution rapide de l’utilisation des substances les plus préoccupantes, le renforcement de la recherche sur les impacts des phytos sur la santé et l’amplification de la R&D et de la mise en œuvre d’alternatives aux phytos.
La finalisation du plan est prévue pour fin mars. « La réunion de présentation doit suivre début avril avec les participants », rapportent plusieurs professionnels.
Une réunion « constructive »
« Du dialogue », « pas de coup de fusil », « une ambiance constructive » : les commentaires des participants sur le déroulé de cette réunion sont globalement positifs. FNE critique néanmoins la méthodologie, notamment « le simple questionnaire à remplir entre deux réunions institutionnelles. » Les discours des ministres ont été plutôt bien accueillis. Éric Thirouin, président de la commission environnement à la FNSEA, rapporte que Nicolas Hulot a insisté sur sa volonté de ne pas stigmatiser les agriculteurs. « Il a fait référence à notre contrat de solutions », poursuit-il. Les aspects sanitaires du dossier ont été soulignés par Agnès Buzyn, ministre de la Santé. Elle a rappelé que « des études sont en cours », rapporte Jacques Commère, responsable grandes cultures de la Coordination rurale. C’est un point qu’a aussi relevé Vincent Magdelaine, directeur de Coop de France Métiers du grain. Il note, du côté des pouvoirs publics, « beaucoup d’insistance sur l’aspect santé, moins sur la biodiversité ».
Des insatisfactions à venir
Si la réunion du 15 février s’est déroulée sans anicroche, la prochaine réunion prévue début avril pourrait faire des insatisfaits. De fait, des projets de contributions, attendues début mars dans leur version définitive, sont d’ores et déjà divergents. La redevance pollution diffuse (RPD) divise. Le gouvernement propose de la rendre « plus désincitative pour les produits les plus à risques ». France Nature environnement soutient son augmentation. La FNSEA et la Coordination rurale y sont opposées. Éric Thirouin, président de la commission environnement à la FNSEA, critique aussi « la suppression des trois R (remises, rabais, ristournes) dans les contrats de ventes des phytos ». Autre point de divergence majeur : la séparation entre vente et conseil. Carmen Etcheverry, chargée de mission agriculture chez FNE, y est favorable : « Une augmentation de la RPD permettrait de financer en partie le conseil aux agriculteurs ». Vincent Magdelaine rapporte que nombre de professionnels se sont opposés à la séparation entre vente et conseil. Il juge cette proposition du gouvernement « incompatible » avec les CEPP (1), dont « la plupart des acteurs ont réaffirmé l’importance ».
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Il est encore tôt pour les participants de faire une liste exhaustive de leurs contributions. Elles sont en cours de préparation. Mais, à les écouter, on sent déjà que plusieurs dossiers seront tendus.
France Nature environnement soutiendra une augmentation de la redevance pollution diffuse
(1) Certificats d’économie des produits phytosanitaires
Un ministre de la Transition écologique « à l’écoute »
Le 12 février, trois jours avant le lancement de la concertation, la FNSEA a été reçue par le ministre de la Transition écologique « à la demande de celui-ci », précise Christiane Lambert qui l’a trouvé « à l’écoute ». La FNSEA lui a présenté son contrat de solutions sur les phytos. « Il nous a répondu : "Je n’y suis pas opposé" », rapporte la présidente du syndicat. Par ailleurs, elle lui a rappelé les lignes rouges à ne pas franchir sur la feuille de route phytos du gouvernement. « Il ne doit pas y avoir de renationalisation de décisions, l’harmonisation européenne doit être la règle. […] Ensuite, il ne doit pas y avoir de coûts supplémentaires pour les agriculteurs et enfin il ne doit pas y avoir d’impasses techniques. »