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Plan phytos : une « immense opportunité » pour le biocontrôle

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Avec ses orientations visant à réduire la dépendance aux phytos, le gouvernement ouvre une « immense opportunité » pour le biocontrôle, a estimé le 30 janvier Stéphane Travert. L’IBMA (entreprises du biocontrôle) insiste sur le besoin d’accélérer la recherche.

« La feuille de route des États généraux de l’alimentation, sur le volet des produits phytos, est une immense opportunité pour le biocontrôle », a déclaré le ministre de l’Agriculture le 30 janvier au colloque IBMA, association qui regroupe les entreprises de produits de biocontrôle. Un plan d’actions phytos, présenté le 19 janvier, prévoit d’en soutenir le développement. Il vise notamment la reconnaissance des produits de biocontrôle à l’échelle de l’UE. « Les produits de biocontrôle pourraient également bénéficier de dispositions spécifiques dans la séparation de la vente et du conseil », a révélé Stéphane Travert. IBMA a, elle, confirmé sa volonté de tripler ses parts de marché à 15 % en 2025 (contre 5 % en 2016), un objectif qualifié de « réaliste » par le ministre. « Plus de 100 produits sont en préparation », dont une quinzaine devraient sortir dès cette année, 50 au-delà de 2020, d’après son enquête auprès de 26 entreprises (deux tiers des adhérents d’IBMA).

Des verrous à l’innovation

L’association demande « en priorité » aux pouvoirs publics de favoriser une accélération de la recherche, a indiqué face à la presse Antoine Meyer, président d’IBMA France. Et de souhaiter un crédit impôt recherche (CIR) au taux majoré de 60 % (contre 30 %) pendant dix ans. « Il faut accélérer la R & D », selon lui : le « pipeline » des produits à venir « ne permet pas de remplir l’objectif de 15 % » de parts de marché.

Des verrous à l’innovation doivent en parallèle être levés. Exemple avec la myrigalone. Cet herbicide a vu son développement arrêté car des tests l’ont montré trop toxique. Or, des analyses au niveau du sol montrent « une exposition très faible », a indiqué le professeur Cédric Bertrand (Université de Perpignan). Pour lui, le développement des produits de biocontrôle nécessite d’« adapter le criblage et les méthodes d’évaluation ».

Un levier réglementaire

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Certains leviers peuvent aussi être actionnés. Des discussions sont menées avec le ministère de l’Agriculture sur l’utilisation des drones pour la pulvérisation, sachant que l’épandage aérien des pesticides reste limité par un arrêté du 15 septembre 2014. Le sujet reçoit un accueil « plutôt bienveillant » de la DGAL, a témoigné Karine Grosbeau (Eléphant Vert). Autre levier réglementaire, celui concernant les autorisations de mise sur le marché (AMM). « Les produits de biocontrôle bénéficient de délais plus courts, avec une mise en marché de 6 mois contre 12 en conventionnel, d’après les textes, a-t-elle souligné. Leur durée d’évaluation atteint 18 mois en moyenne, contre 30 mois en conventionnel. »

La viticulture en pointe

Sur le terrain, la situation varie beaucoup d’une filière à l’autre. Les agriculteurs ont « une perception plutôt positive » du biocontrôle en grandes cultures, a déclaré Catherine Deschamps, directrice Agronomie et Innovation chez Axéréal. « Ils sont conscients des attentes de la société sur le changement des pratiques, selon elle. Mais leur souci est au niveau de la rentabilité : ne pas mettre en danger l’exploitation. » L’utilisation des produits de biocontrôle représente « une prise de risque supplémentaire ». À cela s’ajoute le manque de solutions efficaces. « Les grandes cultures restent le parent pauvre du biocontrôle », a-t-elle insisté.

La viticulture apparaît plus en pointe. À l’IFV, institut de recherche de la filière, des expérimentations sont menées pour intégrer le biocontrôle dans les démarches de protection des cultures, même si les produits n’ont pas la même efficacité par rapport au conventionnel. « Un cap a été franchi en 2016 : on sent une volonté dans la filière » qui est de « se positionner sur une autre viticulture » orientée sur des alternatives en protection des plantes, a signalé Éric Chantelot, expert national Ecophyto à l’IFV. « Le biocontrôle n’est pas une fin en soi », a-t-il ajouté, proposant de varier les solutions, mais aussi de s’intéresser aux nouvelles approches comme les cépages résistants, la robotique.

Les grandes cultures restent le « parent pauvre » du biocontrôle