Les élus FNSEA, chambres d’agriculture et Groupama du Conseil de l’agriculture française (Caf) ont voulu montrer un état d’esprit « allant », avant les annonces relatives à la Planification écologique, attendues le 5 juin, et finalement retardées. Ils ont par ailleurs posé leurs conditions : « souveraineté », « compétitivité », « supportabilité ».
Prévu le 5 juillet, le Conseil de la planification écologique a finalement été annulé en raison des émeutes urbaines survenues ces derniers jours. Il a été remplacé par une simple « réunion » de plusieurs ministres concernées, et les expressions du président de la République et de la Première ministre, attendues dans la foulée, ont été reportées sine die. La veille, le Conseil de l’agriculture française (Caf) – qui réunit les chambres d’agriculture, la FNSEA, les JA et la CNMCCA (organisations coopératives et mutuelles) – a tout de même maintenu sa conférence de presse le 4 juillet, pour présenter son « état d’esprit » dans ce dossier. Le ton était résolument constructif, les organisations voulaient se montrer prêtes à participer aux changements de pratiques. « La Planification écologique, nous l’avons appelée de nos vœux, a assuré le président de la FNSEA. Le Caf sera un acteur allant et énergisant ». Et le président de Chambres d’agriculture France Sébastien Windsor d’étayer : « La Planification peut redonner du sens aux agriculteurs. »
Pas de rejet frontal
Toutefois les organisations ont d’emblée posé leurs lignes rouges. Le président de la FNSEA a demandé « des objectifs cadrés », de la « méthode » et des « rendez-vous réguliers ». Arnaud Rousseau plaide pour « un calendrier sérieux et réaliste », « un travail sur la supportabilité » des décisions, notamment vis-à-vis de la « compétitivité » des fermes, « de la cohérence et de la réciprocité » vis-à-vis des pays concurrents, et « des moyens » pour leur mise en œuvre. Aucune des pistes évoquées jusqu’ici par les pouvoirs publics ne suscite de rejet frontal. Les organisations souhaitent toutefois en négocier la mise en œuvre. Pour rappel, le gouvernement a détaillé, le 8 juin, ses hypothèses provisoires pour la nouvelle Stratégie nationale bas carbone (SNBC 3) en agriculture (diminution du tarif réduit pour le GNR, bonus/malus sur les engrais azotés, développement de la biomasse et des haies…).
Concernant le GNR (gazole non routier), le président de la FNSEA répète son « exigence de compensation de un pour un » de la disparition de la niche fiscale de 1,4 milliard d’euros dédiée au GNR agricole. Le syndicat majoritaire a rencontré récemment Bruno Le Maire pour lui faire part de plusieurs pistes de travail pour mettre en œuvre cette compensation. La première serait une augmentation des taux d’incorporation de biocarburants dans les machines agricoles. La seconde serait la création d’avoirs fiscaux pouvant être utilisés sur un large panel d’installations vertueuses (p.ex. matériel d’enfouissement de l’azote au semis). « Nous préférons ce dispositif au suramortissement face auquel les distributeurs de machines peuvent plus facilement augmenter leurs prix », précise Arnaud Rousseau. Deux autres mesures fiscales sont à l’étude : une augmentation du seuil d’exonération des plus-values, déjà proposé cet hiver lors des débats sur le projet de loi de finances, et une TVA réduite pour les activités équines.
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Panel test d’exploitations
De son côté, le président de Chambres d’agriculture France a proposé de « tester certaines hypothèses » proposées par le gouvernement dans le cadre de la Planification écologique auprès d’un « panel test » d’exploitations agricoles. « Nous devons passer d’un exercice théorique à une expérimentation. Nous voulons mobiliser nos réseaux de fermes et tester certaines hypothèses », a déclaré Sébastien Windsor. Et de citer plusieurs sujets : « Comment répartir les efforts de plantations de haies parmi un réseau d’une centaine d’exploitations, mesurer les investissements sur l’azote ». Un travail qui se déroulerait sur une période de « six mois », afin de coller davantage « aux réalités de terrain ». Avant de se lancer, le réseau des chambres d’agriculture voudrait « être certain que ce travail soit utilisé ». Par ailleurs, le président de Chambres d’agriculture France a évoqué une « révolution du conseil » à venir, avec le développement d’une « approche système » adaptée à chaque exploitation. Pour ce faire, « il faut des moyens colossaux », prévoit-il.
« La Planification peut redonner du sens aux agriculteurs »
Ecophyto : besoin d’au moins « 250 à 300 M€ » pour la recherche d’alternatives (FNSEA)
Questionné sur le futur plan Ecophyto 2030, le président de la FNSEA a expliqué que la recherche d’alternatives pour « 40 à 50 » molécules susceptibles d’être interdites dans les prochaines années coûterait au moins « 250 à 300 millions d’euros » – en se basant sur le soutien public alloué au plan de recherche mis en place pour les néonicotinoïdes (environ 7 millions d’euros sur trois ans). Le ministère de l’Agriculture accueillait le 3 juillet un second comité inter-filières traitant de l’anticipation du retrait de molécules pesticides. Au cours de cette réunion, une liste de 75 molécules aurait été présentée. « Nous avons une discussion pour mettre les moyens en face en vue d’une sortie, mais il y a une tension sur la méthode », a expliqué Arnaud Rousseau. « Pour une dizaine d’entre elles, nous n’avons pas encore d’explication très claire justifiant qu’elle soit susceptibles d’être interdites ». Au Salon de l’agriculture, Élisabeth Borne avait évoqué une liste de 250 molécules candidates au réexamen. Un comité d’orientation stratégique et de suivi d’Ecophyto 2 + est annoncé pour le 11 juillet.