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Manifestation FNSEA-JA Plus de 50 000 agriculteurs dans la rue selon la FNSEA

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La FNSEA a réussi à mobiliser, selon elle, le 16 octobre, plus de 50 000 manifestants. Cette journée a permis de « montrer que la FNSEA, ça compte », a estimé Christiane Lambert, vice-présidente de la FNSEA qui manifestait à Nantes en compagnie de plus de 4 000 agriculteurs. A ces cortèges de manifestants s’ajoutaient des cohortes de tracteurs bloquant nombre de centre-villes de la vingtaine de capitales régionales ayant participé à la manifestation. Les revendications se centraient autour de demandes d’aides publiques pour compenser des revenus en berne. La cible de la manifestation : Nicolas Sarkozy.

Entre de 4 000 et 5 000 manifestants à Nantes, autant à Toulouse, à Avignon, 3 000 personnes à Rennes, idem à Orléans, 2 000 à Dijon, 1 000 à Rouen de même qu’à Bourg-en-Bresse, des actions à Lille, Colmar, Metz, Caen… Selon la FNSEA, au moins 52 000 personnes ont manifesté le 16 octobre dans plus d’une vingtaine de villes de France (un chiffre réduit d’un tiers en général selon les renseignements généraux).
Jean-Michel Lemétayer, qui s’est félicité de la « très forte mobilisation », s’est adressé directement, de Rennes, au président de la République : « Entendez le cri des paysans ! », a-t-il lancé, évoquant la demande de la fédération pour un plan de soutien dont un volet d’urgence représenterait un budget de 570 millions d’euros. Un plan justifié, pour la FNSEA, par la nouvelle baisse prévue du revenu agricole de près de 20 % en 2009 après une diminution similaire en 2008. Le ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, s’est déclaré « pas surpris » par l’ampleur de la manifestation. Il devait rencontrer le 20 octobre l’ensemble des organisations représentatives syndicales des agriculteurs, a-t-il indiqué sur i-télé le 16 octobre.

Opération médiatique et symbolique à Paris
À Paris, les Jeunes agriculteurs ont réussi une opération très médiatisée. Ils ont bloqué les Champs-Élysées, durant deux heures à l’aube tandis que leurs aînés d’Ile-de-France procédaient à un collage d’affiches place des Invalides. Ailleurs, la manifestation était plus massive. Quelque 1 600 tracteurs, selon les organisateurs, défilaient le 16 octobre dans le centre-ville de Metz dans le cadre de cette journée nationale d’action. Sans doute le record sur toute le France pour l’ampleur de ce cortège mécanisé ! « Nous produisons depuis des années à perte et la profession est à l’agonie », déclarait Jean-Marc Brême, responsable régional de la FNSEA.
Environ 4 100 manifestants à Nantes et 315 tracteurs (source renseignements généraux), avec une partie de la ville bloquée. La mobilisation ce 16 octobre de la FNSEA et des JA n’est pas passée inaperçue au centre ville. Des brasiers ont été allumés sur le parcours de la manifestation dont les trottoirs étaient jonchés de plumes et de paille. Le soufflage de plume lors du défilé ciblait la grande distribution qui « plume l’agriculture ». Quant au paillage des rues, il signifiait « l’agriculture est sur la paille ». Ce rassemblement s’est déroulé sans violence, juste quelques lancers de pommes sur la préfecture où un mur avait été construit pour signifier qu’un « mur » existe désormais entre les pouvoirs publics et la profession. Tous les responsables des filières se sont exprimés devant les manifestants, plus résignés qu’enthousiastes lors de la succession des discours. Seule une allusion d’un syndicaliste en tribune à la polémique autour de Jean Sarkozy a sucité des réactions de la foule. « Mon fils, quel avenir va-t-il avoir ? », s’est interrogé un JA de l’Ouest.

« Paysans sans revenu »
Autre lieu de déploiement de force, Rennes (Ille-et-Vilaine), où entre 1 500 et 3 000 agriculteurs (selon la police ou les organisateurs) ont manifesté. En rangs serrés derrière plusieurs dizaines de tracteurs, les agriculteurs arboraient un brassard noir au bras, les premiers portant des panneaux de communes bretonnes. Les observateurs ont connu des manifestations plus bruyantes, mais là, avec « des paysans sans revenu » convaincus d’être « les laissés pour compte de l’économie nationale », les manifestants affichaient la tristesse. La note d’humour, symbolisée en fin de cortège par un lâcher de cochons dans les rues de Rennes et un semis de légumes, a tout juste déridé les esprits dans un chahut de cornes de brume. « On montre notre désarroi et notre frustration de ne pas être reconnus », a témoigné un éleveur laitier finistérien de 47 ans rencontré dans la manifestation. Et de préciser, un brin désabusé : « Si je n’étais pas passionné par la génétique, ça fait longtemps que j’aurais changé de métier ». Un autre éleveur, de porcs celui-là : « Il faut qu’on travaille toujours plus pour avoir le même revenu, souvent avec des maladies professionnelles en augmentation ! ».

« La FNSEA ça compte ! »
Plus loin, la conseillère régionale de Bretagne et agricultrice des Côtes d’Armor Anne-Marie Crolais disait encore croire à la capacité des paysans « à faire une agriculture de qualité pour garder une alimentation de proximité en Europe ». Coïncidence : la manifestation se déroulait à la même date que la journée mondiale de l’alimentation. « Quand 1 milliard d’hommes ne mangent pas à leur faim et que les paysans ne peuvent pas gagner leur vie, c’est qu’il y a un problème de gouvernance mondiale », a tonné Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, présent à Rennes. Pour Christiane Lambert, la « régionale de l’étape » et vice-présidente de la FNSEA, présente en tête de cortège à Nantes, l’essentiel de cette journée est « le plaisir de se retrouver ». Evidemment, « montrer par la forte mobilisation que la FNSEA, ça compte est l’un des objectifs réussis de la manifestation à Nantes », a-t-elle confié. Quant aux revendications, elles se concentrent sur des mesures d’urgence à obtenir du gouvernement car « la situation n’est plus tenable ».
En Pays de la Loire, le revenu agricole a diminué de 17 % entre 2000 et 2008 faisait savoir un tract. Christiane Lambert défend le concept « d’une fusée à trois étages » : une année blanche pour une année noire ; une compétitivité améliorée grâce à la loi de modernisation agricole et des perspectives de régulation des marchés agricoles suite à une prise de conscience européenne. Seul secteur, aujourd’hui, à donner des revenus corrects à ses producteurs, la volaille de chair était tout de même représentée dans la manifestation à Rennes. « Parce que nous avons été en crise pendant dix ans, et que nous avons perdu le quart de nos effectifs passés de 4 000 à 3 000 », a rappelé Jean-Noël Sidaner, président d’un organisme interprofessionnel régional. Aucune filière n’est épargnée au présent ou au passé.

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