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Après le 7e Agro Finance Plus de synergies entre financiers et industriels

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La qualité des relations entre l’industrie agroalimentaire et son environnement financier est un atout bien sûr décisif pour le développement des entreprises, leur simple pérennité, leur transmission et les prises de risques qui seules ouvrent vraiment l’avenir.

Pour ce faire, les hommes ont à se connaître de part et d’autre, à confronter leurs vues, à harmoniser leurs concepts et à s’échanger leurs outils d’analyse. Cela ne va pas de soi puisqu’ils ont des formations souvent très différentes, des cursus et des façons de travailler sans commune mesure. Ce besoin d’échanges est sans doute suffisamment ressenti et explique le succès renouvelé des colloques AgroFinance. Le cru 2006 comme les six précédents a rempli sa mission, toujours sous l’égide des ingénieurs agronomes du Club AgroFood et d’Agra alimentation, en réunissant le 6 mars au palais du Luxembourg à l’invitation du sénateur Jean Bizet, près de 300 personnes.

A l’issue de tables rondes particulièrement riches sur les différentes façons de trouver des relais de croissance, l’ancien ministre Pierre Méhaignerie qui préside la commission des Finances de l’Assemblée nationale, a agréé la suggestion du sénateur de la Manche de réveiller un groupe interparlementaire d’études sur l’industrie agroalimentaire.

Engouement ou engagement ?

L’engouement des fonds d’investissement – qu’ils soient français ou, de plus en plus, anglo-saxons – pour les industries agroalimentaires n’est plus à démontrer. Il repose sur différentes caractéristiques de ce secteur, à la fois important dans l’économie française et omniprésent sur le territoire. Son atomisation, sa diversité et le fait qu’il recèle des niches de développement sont des attraits certains qu’a rappelés le président d’AgroFood, Hervé Lecesne, p.-d.g. du groupe Nactis. Beaucoup de PME, très majoritairement familiales, ont été créées dans les années 60 et vont devoir résoudre des problèmes de transmission avec l’arrivée à l’âge de la retraite de leurs dirigeants. Les multinationales, de leur côté, sont poussées par leurs actionnaires à se concentrer sur un petit nombre d’activités dites de cœur de métier, ce qui offre des opportunités de rachat pour des repreneurs entreprenants et expérimentés mais qui ont alors besoin de capitaux.

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Néanmoins, les fonds d’investissement attirent couramment bien des critiques, en particulier celle d’avoir une vision trop « court-termiste » qui ne permet pas de développer une stratégie créatrice de valeur sur le long terme dans un secteur à cycles plutôt longs. Un reproche auquel a voulu répondre le représentant d’Apax Partners, Pierre Jacquesson : « Les fonds sont créateurs de valeur au moins autant que les entreprises, dans les opérations de croissance externe », selon l’ancien patron de Kronenbourg. En effet, il y a chez eux, estime-t-il, une rigueur imparable dans la façon d’aborder une opération. « Nous prenons le temps qu’il faut pour réfléchir et écrire la stratégie et la valider par des chiffres. Même si notre échéance de sortie est plutôt à cinq ans, nous avons réfléchi à dix ans, et le cas de sortie a été écrit au départ. De plus, les niveaux de retours sur investissement promis aux actionnaires incitent à sortir des carcans que l’on trouve facilement dans les entreprises. L’expertise financière des fonds et leur créativité dans le management du cash flow obligent enfin à déployer des stratégies plus audacieuses qu’ailleurs ».

Rôle catalyseur

Une analyse que confirment plusieurs opérations qui ont modifié le paysage de certains marchés européens. Ainsi le cas du groupe Vion, ou comme le raconte Andrew Cookson, directeur de GIRA, « comment devenir numéro un en quatre ans ». Sur un marché allemand de l’abattage de porc très atomisé, le fonds d’investissement hollandais ZTLO a procédé progressivement à la concentration des différents acteurs du marché. Avec au départ dans son escarcelle Moksel, qui représentait 5% de part de marché en 2003, ce fonds a absorbé Sovion puis Südfleish en les regroupant au sein de Vion, qui totalise aujourd’hui 22% de parts de marché. Une stratégie qui a fait boule de neige, puisque en réaction la concurrence s’est développée, et qu’aujourd’hui « les trois premières entreprises de ce marché en représentent 45%», indique Andrew Cookson. ZTLO « a réussi à créer de la valeur avec de la viande de porc, un bien de commodité», se félicite cet expert.

Les fonds d’investissements deviennent donc un vrai rouage qui permet à l’industrie agroalimentaire d’avancer. Ils peuvent tenir un rôle fondamental dans la transmission d’une entreprise entre deux industriels. Citant l’exemple de Galbani, Andrew Cookson rappelle que « BC Partners a créé une valeur d’un milliard d’euros en trois ans », ayant racheté cette société à Danone un milliard d’euros en 2003 avant de la revendre à Lactalis le double en janvier dernier Cf Agra alimentation n° 1913 du 19 janvier 2006. « Pourtant, poursuit-il, son chiffre d’affaires et ses exportations sont demeurées identiques… mais son nombre d’employés a baissé alors que son EBITA a significativement augmenté.» Entre deux industriels, qui peuvent insuffler une logique de groupe cohérente et fournir des efforts marketing, BC Partners aura assaini et restructuré Galbani, en « faisant le ménage et permettant le remboursement d’une partie de sa dette», explique A. Cookson. « Nous sommes dans un nouveau monde où les fonds d’investissement catalysent les opérations», conclut-il.