Le rapport d’étape de l’Afssa sur l’enquête prospective multifactorielle, initiée en 2002, est un pavé dans la mare. Alors que le Gaucho et le Régent suspendus depuis deux ans, ont été la cible de toutes les accusations liées à la surmortalité des abeilles dans un contexte d’emballement médiatique, l’Afssa prend cette « vérité » à contrepied. On ne peut évoquer de cause unique à la surmortalité des abeilles, qui est donc d’origine multifactorielle, soulignent les chercheurs. Tel est le constat du rapport d’étape qui n’est toujours pas paru officiellement mais se trouve en ligne sur le site du !
La dernière étude multifactorielle de l’Afssa sur la mortalité des abeilles n’a toujours pas été officiellement publiée. Elle circule sous le manteau dans les milieux apicoles et est depuis peu en ligne sur le site internet du Figaro. C’est une fois de plus dans un climat toujours aussi conflictuel que le dossier apicole se trouve sur le devant de la scène. Jacques Remiller, député à l’origine de la demande de création d’une commission d’enquête sur la surmortalités des abeilles, a posé une question écrite à Dominique Bussereau sur les raisons de cette non-publication. Il attend sa réponse.
Un rapport à contre-courant
Ce rapport d’étape d’une enquête débutée en 2002 va à contre-courant de l’idée défendue par certains qui consiste à focaliser sur les seuls produits phytosanitaires d’origine agricole Gaucho et Régent (matière active imidaclopride, fipronil) la responsabilité des surmortalités des abeilles et de la baisse de production de miel. Pour la filière apicole, ces effondrements de colonies étaient consécutifs à l’exposition des ruchers aux cultures de tournesol. Ce qui avait conduit le 24 février, le ministre Hervé Gaymard à suspendre la commercialisation des spécialités agricoles à base de Fipronil, dont le Régent TS avec application au 1er mai. Sans oublier l’utilisation du Gaucho le 25 mai 2004.
L’enquête multifactorielle de l’Afssa a été réalisée entre 2002 et 2005 dans 5 départements (Eure, Gard, Gers, Indre et Yonne). Elle s’est intéressée à 5 colonies d’abeilles choisies au hasard dans 5 ruchers, et visitées quatre fois dans l’année.
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Des résidus phytosanitaires à « teneurs basses »
Le rapport d’étape ne nie évidemment pas la présence dans les différentes matrices (miel, cire, pollen) « de résidus de produits phytosanitaires d’origine agricole (imidaclopride, firpronil, endosulfan, deltaméthrine et parathion-méthyl entre autres) et d’origine apicole liée au traitement de la varroase (coumaphos et fluvalinate). « Des résidus qui ont été trouvés dans toutes les matrices et à toutes les saisons à teneurs basses ». Le rapport indique toutefois « n’avoir pas pu évaluer compte tenu des limites de l’enquête l’impact éventuel de ces résidus sur le développement des colonies ». Mais, pendant « toute la durée de l’étude », les chercheurs, « n’ont observé qu’un seul cas de mortalité aiguë ». Dans ce cas, la recherche de résidus a révélé la présence à taux élevé d’endosulfan et de fluvinate dans les échantillons d’abeilles mortes. Rappelons que le protocole de l’enquête multifactorielle a été justement mis en place pour mettre en évidence les effondrements massifs et subits des colonies d’abeilles. « Ni au cours de miellée de tournesol, ni à aucun moment de la saison apicole, nous n’avons constaté de mortalités ou dépopulations massives de ruches », souligne le rapport (sauf le cas décrit précédemment).
Mauvaise alimentation des abeilles
Le rapport évoque aussi « la présence chronique de spores de Nosema sp, agent pathogène sans que les colonies ne présentent de symptôme de nosémose ». Sans oublier, « le constat de plusieurs pratiques apicoles inadaptées ». « Parmi celles-ci, la plus grave a été l’utilisation de produits non homologués pour le traitement de la varroase » (le varroa est un acarien parasite qui affaiblit les colonies et oblige à des traitements sanitaires préventifs). Pourtant, « l’état sanitaire de l’ensemble des ruchers s’est amélioré au cours de l’enquête », précise les auteurs. Enfin, « les anomalies concernant l’alimentation des abeilles, qui ont été suspectées en raison de la situation de certains ruchers, ont pu avoir des conséquences sur la santé des colonies », conclut le rapport. Ces causes multiples de mortalité qui ont été mises en évidence dans les conclusions du rapport d’étape, sont à considérer comme représentatives, indiquent les auteurs qui enfoncent le clou. « Quels que soient les renseignements et précisions supplémentaires que des analyses statistiques détaillées ultérieures de nos données pourront introduire, nous pouvons d’ores et déjà conclure », affirment les auteurs.