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Eau et pesticides Plusieurs stratégies pour réduire la pollution de l’eau

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L’étude publiée par l’UFC Que choisir pointe une nouvelle fois du doigt la contribution de l’agriculture à la pollution de l’eau par les pesticides et les nitrates. Réduire les produits chimiques, diversifier les molécules, changer les pratiques, chercher des solutions curatives… : la recherche et la profession s’interrogent et expérimentent. Bilan : la recette miracle n’existe toujours pas.

En choisissant dans ses critères d’étude l’atrazine présente dans l’eau potable, l’UFC Que choisir, dans son rapport sur la qualité de l’eau du robinet publié le 20 mars, rappelle l’un des cas emblématiques de la pollution diffuse de l’eau par un pesticide employé en agriculture. Emblématique, car ce désherbant a été utilisé massivement, notamment sur le maïs à partir de 1959, avant une restriction progressive puis son interdiction en 2003. Mais surtout parce qu’elle et son métabolite principal, l’atrazine deséthyl, continuent d’être quantifiés dans les eaux de surface et souterraines (1), dix ans après son retrait du marché. L’association de consommateurs reconnaît que cette présence est liée à la persistance de cette matière et non à des pratiques actuelles. Mais cet effet à long terme dans l’environnement alerte l’opinion publique, les associations et la recherche sur la longévité possible des impacts sur l’environnement de certaines molécules chimiques.

Jouer sur les propriétés des molécules
Pour la profession, la détection toujours actuelle de ces deux substances cache l’évolution des pratiques agricoles en matière d’emploi des pesticides. Elle est liée à l’inertie des écosystèmes, explique la recherche. « Le transfert de l’atrazine et de ses dérivés, au sein de la nappe peut prendre du temps », explique Chantal Gascuel, chercheuse à l’Inra de Rennes (UMR SAS). Tout dépend du milieu : dans le vaste aquifère du Bassin parisien, le temps de renouvellement de l’eau atteint peut-être le demi-siècle, tandis que dans des nappes plus superficielles, comme dans le Massif armoricain, une dizaine d’années peut suffire.
Faut-il alors s’alarmer des molécules qui occupent aujourd’hui le haut du tableau en termes de présence dans les milieux aquatiques et les eaux de surface ? Isoproturon, diuron, ou glysphosate et métabolite, l’AMPA, sont notamment présents dans les cours d’eau de France métropolitaine, et dans les eaux souterraines pour ces deux dernières substances. « Les molécules issues de pesticides ne se comportent pas toutes de la même façon », souligne Pierre Benoît, chercheur à l’UMR Environnement et grandes cultures à l’Inra de Grignon. Dégradabilité, mobilité dans le sol, solubilité sont des critères qui font varier l’impact des molécules sur l’environnement. Les firmes y travaillent : « Ces paramètres sont pris en compte lors du screening qui aboutit à la sélection de nouvelles molécules », explique Jean-Charles Bocquet, directeur général de l’UIPP, l’Union des industries de protection des plantes. Par ailleurs, les doses d’utilisation nécessaires sont aujourd’hui réduites. Reste que l’efficacité des produits sur le bioagresseur ciblé doit être assurée.

Réduire la pression ou la contamination : à chacun sa stratégie
« Tout l’exercice, pour nous, consiste à trouver le bon compromis entre efficacité et risques pour l’environnement ou la santé », reconnaît Jean-Charles Bocquet. Pour que des produits utilisés en moins grandes quantités gardent leur efficacité, c’est leur toxicité qui risque d’être renforcée, soupçonnent les environnementalistes.
Pour l’Inra, l’objectif majeur est donc de réduire la pression des pesticides « et non pas uniquement les doses », explique Pierre Benoît. « L’Inra travaille au développement de systèmes de cultures qui demandent un recours moins important aux molécules chimiques », afin de limiter globalement le recours à la chimie de synthèse. « Il s’agit de produire différemment », conclut le chercheur. L’atrazine et le glyphosate ayant montré les limites de la généralisation de certains produits, « une idée pourrait consister à limiter les usages d’un produit, suggère Julien Tournebize, de l’Irstea (ex-Cemagref). Restreindre les usages à certaines cultures et assurer les bonnes pratiques d’utilisation pourrait être plus intéressant qu’aboutir à une interdiction, car cela réduit le catalogue des produits disponibles ».
Enfin, toutes ces pistes laissent entière la question des effets cocktails. Evaluer l’effet de la présence simultanée de nombreuses molécules dans l’environnement, particulièrement à faibles doses reste une question très compliquée pour la recherche, et « démultiplie les études, donc les coûts», note Julien Tournebize.

L’épuration à l’étude
L’Irstea travaille donc également sur la capacité épuratrice de certains aménagements et leurs effets sur les transferts de polluants : haies, zones tampons, bandes végétalisées, boisements… Les zones tampons artificielles sont notamment une piste étudiée. À l’image des bassins d’orage, sur les bords d’autoroute, ces aménagements pourraient constituer des milieux favorables à la dégradation des molécules. Il s’agit certes de solutions curatives, et leur efficacité n’est pas assurée à 100% mais elles peuvent être « complémentaires de la réduction des pollutions à la source », explique Nicolas Domange, chargé de mission pollutions diffuses à la direction de l’action scientifique et technique de la direction générale de l’Onema, l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques. « Notre problématique est de limiter la contamination, et pas uniquement la pression sur l’environnement ». Et d’argumenter : « La directive cadre sur l’eau, sur laquelle nous travaillons beaucoup, a des exigences de résultats ». L’Onema a mis en place, fin 2011, un groupe technique sur les zones tampons. Lorsque des solutions efficaces émergeront, c’est aux politiques que reviendra la possibilité de s’en saisir.

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