PNNS et PNA permettent aux entreprises de valoriser leurs efforts d'amélioration continue. Mais la moindre exigence du PNA, en matière nutritionnelle par exemple, ne risque-t-elle pas d'être contre-productive compte tenu des inquiétudes des consommateurs ?
LES politiques de l'alimentation de la prévention nutritionnelle sont souvent portées par les services de l'Etat et les collectivités territoriales. Elles offrent aussi une vitrine aux entreprises et aux filières agroalimentaires via la signature de chartes, ce qui leur permet de se réclamer du PNNS ou du PNA. Un certain nombre d'entre elles ont ainsi signé une charte d'engagements volontaires de progrès nutritionnel dans le cadre du PNNS (1). Ce dispositif leur permet de valoriser leurs efforts en termes d'amélioration des recettes et d'information des consommateurs.
Si une entreprise peut s'engager sur une réduction du taux de sel ou de sucre, c'est plus difficile pour une filière, qui ne maîtrise pas les produits de ses adhérents (et encore moins ceux des non-adhérents). Les chartes PNA, qui comprennent à la fois une dimension nutritionnelle et une dimension développement durable, permettent ainsi à des filières de mettre en valeur leurs efforts d'amélioration. Au risque peut-être d'amoindrir la crédibilité des chartes PNA, comme en témoigne l'exemple de la boulangerie…
CONCILIER PROGRÈS ET FAISABILITÉ
« Les objectifs du PNNS étaient louables en termes de nutrition mais inatteignables, nous a-t-on indiqué au ministère de l'Agriculture. Nous avons travaillé avec le ministère de la Santé pour ne pas nous retrouver dans une impasse. Sur le pain par exemple, le comité PNNS jugeait l'échantillon insuffisant mais il nous a paru important de créer une dynamique dans la profession. » La boulangerie artisanale a ainsi signé un accord dans le cadre du PNA avec le ministère de l'Agriculture et l'Agroalimentaire en février dernier. Il prévoit que 80 % des baguettes soient fabriquées avec une quantité maximale de 18 g de sel/kg de farine d'ici à fin 2014 et la totalité avec moins de 19 g de sel/kg de farine (pour une moyenne de 19,4 g en 2011 selon l'accord). Un engagement à apprécier au regard des recommandations de l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail), qui préconise un taux maximal de 18 g de sel /kg de farine. À titre de comparaison, la charte PNNS signée par la Fict (industrie de la charcuterie) en 2010 pouvait paraître plus ambitieuse, puisqu'elle mentionnait un objectif d'évolution du code des usages.
100 BAGUETTES CONTRÔLÉES POUR PLUS DE 35 000 ÉTABLISSEMENTS
L'accord signé par la boulangerie prévoit un contrôle de cet engagement nutritionnel, mais ses modalités sont assez surprenantes. Le contrôle sera fait par un laboratoire accrédité à partir d'un échantillon de 100 baguettes prélevées dans différentes régions de France, complété par une enquête auto-administrée. Un chiffre à rapprocher des 32 000 entreprises de boulangerie artisanale que compte le territoire français. La faiblesse de l'échantillon ne manque pas d'interroger sur le caractère réellement engageant d'un tel accord. Quelles conclusions statistiques pourra-t-on réellement tirer de ce contrôle ?
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NUTRITION : LE PNA MOINS CONTRAIGNANT QUE LE PNNS
D'autres filières ont engagé une démarche en vue de conclure un accord dans le cadre du PNA : la charcuterie, les boissons rafraîchissantes ou encore la restauration collective autogérée. On peut légitimement s'interroger sur la nature des engagements en matière nutritionnelle.
Quelques entreprises ont également annoncé la signature d'un accord dans le cadre du PNA (Herta et Sodexo par exemple). Alors que les chartes PNNS prévoient des engagements stricts en termes de réduction de sucres, de lipides ou encore d'acides gras trans, le volet nutritionnel des chartes PNA signées par ces entreprises relève davantage de l'engagement de principe, sans objectif chiffré précis. Herta, qui avait signé une charte PNNS sur 2008-2012 s'est ensuite tourné vers le PNA. Quant à Sodexo, sa charte PNA n'est pour l'heure pas doublée d'un engagement dans le cadre du PNNS.
COLLER MIEUX AUX ATTENTES DES CONSOMMATEURS ?
Les engagements en termes de développement durable qui s'ajoutent à la prévention nutritionnelle dans le cadre du PNA sont louables. Mais ils pèsent finalement peu par rapport aux inquiétudes des consommateurs. Ces derniers, quand ils ne sont pas tout simplement contraints par le prix, sont avant tout inquiets pour leur santé. Une préoccupation renforcée par le scandale de la viande de cheval (même s'il ne s'agissait pas d'un scandale sanitaire) et par la multiplication des documentaires à charge contre les IAA diffusés à la télévision. Ingrédients au nom barbare, promesse de « fait comme à la maison » souvent contredite par la liste d'ingrédients, étiquetage prêtant à débat quoique réglementaire, publicités valorisant une production artisanale au risque de dévaloriser, en contrepoint, les production industrielle, ou tout simplement méconnaissance des process de fabrication de certains produits… Malgré les efforts de l'industrie, les sources d'inquiétude restent nombreuses pour le consommateur. Et pour restaurer sa confiance, c'est peut-être sur ce terrain qu'il faudrait s'engager.
(1) Saint Hubert, Casino, Unilever, Maggi, Kellogg's, Thiriet, Mac Cain, Lesieur, Hénaff, Fict, Bleu Blanc Cœur… Au total : 34 chartes PNNS ont été signées. Elles sont consultables à l'adresse suivante : http: //www.sante.gouv.fr/l es-signataires-des-chartes-d-engagements-de-progres-nutritionnels