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Politique commerciale américaine : l’UE circonspecte, Donald Trump de passage à Bruxelles

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Encore floue, mais a priori musclée, la politique commerciale de Donald Trump – lequel doit rencontrer les présidents du Conseil européen et de la Commission européenne le 25 mai à Bruxelles – inquiète toujours l’UE. Avec en toile de fond, le risque d’une reprise du conflit sur le bœuf aux hormones.

De passage à Bruxelles pour une réunion de l’Otan, Donald Trump devait s’entretenir le 25 mai avec les présidents du Conseil européen, Donald Tusk, et de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et déjeuner avec le nouveau chef de l’État français, Emmanuel Macron. Cette visite éclair ne se prêtait pas à des discussions approfondies sur l’avenir des relations entre l’UE et les États-Unis, notamment dans le domaine commercial, source de préoccupations pour l’Union.

Des décrets qui inquiètent les Européens

La commissaire européenne au commerce, Cecilia Malmström, a ainsi confirmé le 11 mai l’envoi à Washington, au nom des Vingt-huit, d’un courrier s’inquiétant des décrets signés fin mars par le président américain, en vertu desquels celui-ci demande notamment à son administration d’examiner les causes et les pays – européens entre autres (Allemagne, France, Italie) – responsables du déficit commercial des États-Unis (1). « L’UE a une politique commerciale unique », a rappelé la commissaire européenne devant la presse à l’issue d’une réunion ministérielle des Vingt-huit, et les déficits commerciaux bilatéraux ne peuvent donc s’expliquer par l’existence de mesures nationales.

Fin avril, Donald Trump a signé un autre décret appelant son administration à examiner tous les accords commerciaux signés par les États-Unis et les conséquences de l’adhésion à l’OMC, afin de déterminer, là aussi, les causes du déficit commercial du pays (2).

Le commissaire européen Vytenis Andriukaitis à Washington en juin

Confirmé le 11 mai par le Sénat en tant que représentant américain au commerce (USTR), Robert Lighthizer, avocat et ancien adjoint à l’USTR de Ronald Reagan, recevra dans la semaine du 19 juin le commissaire européen à la santé et la sécurité alimentaire, Vytenis Andriukaitis, qui rencontrera aussi le secrétaire à l’agriculture de l’administration Trump, Sonny Perdue. À l’ordre du jour, notamment : la reprise des exportations de pommes et de poires de l’UE aux États-Unis, la réglementation concernant les encéphalopathies spongiformes transmissibles pour les échanges de viande ovine et caprine et la résistance antimicrobienne.

Les États-Unis ont annoncé le 3 mai avoir trouvé un accord avec l’UE pour que soient levées les exigences imposées aux importations d’agrumes américains en liaison avec le chancre bactérien des agrumes (3).

Un sous-secrétaire au commerce au sein de l’USDA

Sonny Perdue a annoncé le 11 mai la création au sein de son département, l’USDA, d’un poste de sous-secrétaire au commerce et aux affaires agricoles étrangères. Une décision « en ligne avec mon objectif d’être l’avocat sans complexe et le vendeur en chef de l’agriculture américaine dans le monde », a-t-il déclaré. Ajoutant : « En travaillant main dans la main avec notre représentant au commerce et le secrétaire au commerce Wilbur Ross, le sous-secrétaire de l’USDA s’assurera que les producteurs américains sont bien outillés pour vendre leurs produits et nourrir le monde ».

Le président de la commission de l’agriculture de la Chambre des représentants, Michael Conaway, a déclaré s’attendre à ce que « le nouveau sous-secrétaire au commerce joue un rôle actif pour gagner de nouveaux marchés, tout en travaillant pour garantir que nos partenaires commerciaux honorent les engagements qu’ils ont pris ».

(1) Voir n° 3590 du 10/04/17

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(2) Voir n° 3594 du 08/05/17

(3) Voir n° 3595 du 15/05/17

(4) Voir n° 3575-3576 du 02/01/17

En toile de fond, la relance du conflit sur le bœuf aux hormones

Confirmé dans la fonction de représentant américain au commerce (USTR), Robert Lighthizer pourrait être amené à concrétiser la menace brandie fin 2016 par la précédente administration américaine d’un nouveau conflit commercial avec l’UE sur le bœuf aux hormones. Accusant les Européens de ne pas respecter les engagements pris au titre du compromis de 2009 sur leur interdiction d’importer de la viande bovine provenant d’animaux traités aux hormones, Washington a menacé le 22 décembre dernier de rétablir les droits de douane qui avaient été imposés à l’époque sur différents produits de l’UE comme le roquefort, la moutarde et les truffes pour un montant total de 116,8 Mio € par an (4).

Cette fois-ci, si l’administration Trump décide effectivement de déclencher des mesures de rétorsion, celles-ci pourraient toucher notamment la viande bovine que quatre États membres de l’Union (Irlande, Pays-Bas, France, Lituanie) ont recommencé récemment à exporter sur le marché américain, mais aussi s’appliquer en « carrousel » sur toute une série d’autres produits.

Renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain

Le représentant américain commerce, Robert Lighthizer, a notifié le 18 mai au Congrès l’intention de Donald Trump de renégocier l’Accord de libre-échange nord-américain (Aléna, Nafta en anglais) avec le Canada et le Mexique, entré en vigueur le 1er janvier 1994. « Si le Nafta a été globalement positif pour l’agriculture américaine, un accord commercial peut toujours être amélioré », a commenté Sonny Perdue. « Quand les règles du jeu sont équitables, l’agriculture des États-Unis réussit et mène le monde », a ajouté le secrétaire américain à l’agriculture.

« Nous avons une préférence. L’accord est trilatéral et doit continuer à être une plateforme trilatérale », a averti le ministre mexicain des affaires étrangères, Luis Videgaray.

Dans les mêmes termes, son homologue canadienne, Chrystia Freeland, a estimé que les négociations « doivent être conduites de façon trilatérale ».