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Porc espagnol : le ralentissement nourrit l’intégration

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Les nouvelles contraintes réglementaires, liées au bien-être animal et à l’environnement, poussent les éleveurs à céder leurs fermes aux intégrateurs, qui dominent historiquement la filière porcine espagnole.

Faute de pouvoir procéder aux transformations nécessaires, de plus en plus d’éleveurs de porcs sont contraints de céder leur ferme à des élevages ayant un meilleur potentiel, mais de plus en plus fréquemment à leur intégrateur. La filière porcine espagnole est en effet essentiellement intégrée. Et, depuis quelques années, les intégrateurs acquièrent aussi des sites de naissage, de transit ou d’engraissement. L’an passé, le média spécialisé espagnol 3tres3 a demandé à ses lecteurs leur avis sur les origines de ce phénomène. Bien que les plus de 400 avis recueillis soient très partagés, 3tres3 place en tête « la difficulté de créer de nouveaux élevages », qui augmente la pression sur le parc actuel. « Il est de plus en plus difficile d’obtenir les licences nécessaires pour construire une nouvelle ferme porcine ».

Dans le détail, ils constatent qu'« aux réglementations sur les distances par rapport à d’autres fermes s’ajoutent les complications relatives à la gestion du lisier et, surtout, l’autorisation pour l’obtention de l’eau. Les autorisations des Confédérations hydrographiques sont de plus en plus restreintes. » Ces problèmes seraient devenus insurmontables dans les zones qualifiées de vulnérables où « il est impossible d’obtenir de nouvelles autorisations », d’autant plus dans certaines Communautés autonomes qui ont édicté des moratoires à la construction de nouvelles fermes dans de vastes zones de leur territoire.

Le second motif le plus évoqué dans le sondage est « l’explosion du coût d’une place de truie », dépassant maintenant les 3 000 euros. Il est lié, selon les observateurs de la filière, à la difficulté d’accès aux prêts des éleveurs naisseurs et de l’impossibilité d’amortir cet investissement. C’est ici qu'interviennent les intégrateurs. En acquérant des capacités de naissage, les intégrateurs garantissent leur accès à des porcelets et à un prix contrôlé, est-il expliqué. En plus de suppléer aux investissements, les intégrateurs ont des facilités pour gérer le personnel.

Si bien que les écarts semblent se creuser en Espagne. Selon Guillem Burset, chroniqueur sur les marchés porcins pour le média 3trés3, « en 2023 et 2024, le profit chez les éleveurs les plus performants a été de plus de 20 euros par tête », confie-t-il. Et ce différentiel fait la fortune des intégrateurs. « Un process de concentration est en cours, constate-t-il. Il y a moins d’éleveurs et de plus en plus grands. Et cela continuera. » Lorsqu’ils rachètent des élevages, ces intégrateurs « misent sur des élevages de 3 000 truies, le maximum autorisé en Espagne, et sur la prolificité permettant de produire autour de 30 porcelets par truie et par an », selon 3tres3.

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Le modèle espagnol

L’Espagne est historiquement connue pour son modèle d’intégration verticale, qui fait son exception en Europe. Dix groupes rassemblent déjà près de 65 % de l’abattage de porcs, selon l’Ifip (institut du porc), qui va étudier cette année la dynamique du secteur outre-Pyrénées. Et ces dix groupes assurent une grande partie leur approvisionnement en vif par l’intégration en élevage de porcs.

Les profils sont assez diversifiés. Le groupe familial Jorge, siégeant en Aragon, compte parmi les grands exportateurs d’abats, de viandes et de jambon Serrano. Le groupe Vall était au départ meunier et fabricant d’aliments ; il est devenu abatteur multi-espèces et salaisonnier par croissance externe. C’est le premier producteur de porcs en Espagne et en Europe, intégrant près de 1 600 élevages qui élèvent 250 000 truies et engraissent plus de 5 millions de porcs.

On trouve aussi les charcutiers-traiteurs Cañigueral, en Catalogne, et El Pozo, en Murcie, qui ont créé en 2020 une société d’investissement pour développer sa production propre. Propriété de la famille Loriente Piqueras Incarlopsa, est un spécialiste du porc ibérique et du jambon Serrano, qui possède un abattoir en Castille et 4 séchoirs dans le centre et le sud de l’Espagne.

Des groupes étrangers ont également profité de l’eldorado espagnol. Le groupe italien Pini dispose d’une usine depuis 2019 en Aragon (Litera Meats). Le groupe mexicain Sigma, également propriétaire d’Aoste en France, détient la société Campofrio Frescos, implantée en Castille-et-León.

Les intégrateurs rachètent des élevages de 3 000 truies