Le cycle du porc devrait s’inverser durant l’été et la production porcine européenne commencer à reculer sur le deuxième semestre 2016, annonce l’Ifip-Institut du porc. Mais aucune éclaircie n’est attendue avant 2017 ; le prix du porc français pourrait baisser à nouveau en 2016 (-3,5 % par rapport à 2015, selon l’Ifip). On sait d’ores et déjà que les Espagnols devraient sortir grands gagnants de cette crise de surproduction, au cours de laquelle ils ont construit le premier cheptel porcin d’Europe, passant ainsi devant l’Allemagne.
Le cycle du porc n’est pas mort. Les fortes pertes encaissées par les producteurs européens, ces deux dernières années, vont bientôt se voir dans les chiffres de production ; les prévisionnistes de l’Ifip estiment que la production européenne (UE 28) devrait commencer à reculer à partir de l’été – toutefois elle restera stable à +0,1 % sur l’ensemble de l’année. Dans ce marché porcin ultra-libéral, où le seul outil de régulation en Europe est l’aide au stockage privé – l’équivalent, si la filière était une rivière, d’y poser un barrage afin d’en retenir le débit durant quelques semaines –, les crises de surproduction et de sous-production se succèdent inexorablement, prévisibles des mois à l’avance, à moins que des éléments imprévus, comme l’embargo russe – le plus souvent des crises sanitaires – en accélèrent ou ralentissent soudainement l’advenue, et en font varier l’ampleur. « On devrait commencer l’inversion de cycle à la moitié de l’année », prévoit l’économiste de l’Ifip, Estelle Antoine.
Un marché européen encore atone.
Mais le chemin vers de meilleurs prix est encore long. L’Ifip-Institut du porc parie que le prix du porc français baissera à nouveau en 2016, de 3,5 % par rapport à 2015. À moins d’un événement majeur et inattendu, aucune éclaircie sur les marchés n’est à prévoir avant 2017. « Des collègues danois et allemands sont un peu plus optimistes, ils parient sur une baisse de production plus forte que nous, en fin d’année », explique Estelle Antoine. « L’aliment ne baissant pas aussi vite que prévu, peut-être y aura-t-il plus de casse que prévu, surtout aux Pays-Bas et en Allemagne. De plus, certaines banques pourraient décider de stopper leurs financements, comme au Danemark par exemple ». En tous les cas, 2016 devrait être, dans son ensemble, une nouvelle année de surproduction. Pour l’illustrer : sur une année normale, l’industrie espagnole, qui anticipe les afflux de touristes estivaux, accélère ses achats de porc dès le printemps, et fait remonter, la première, les cours européens. Cette année, les frigos sont pleins dans la péninsule ibérique, les porcs engraissés sont pléthore, les prix restent désespérément bas. « L’Espagne est en queue de peloton sur les prix, alors qu’elle était généralement le fer de lance », peste le directeur du marché du porc breton (MPB) Jean-Pierre Joly. Ajoutons à cela que deux tiers des volumes stockés en janvier dans le cadre de l’aide européenne au stockage privé doivent sortir des frigos en avril. Le printemps s’annonce mal.
2012-2016 - Un cycle espagnol
Si, comme les cyclones, chaque cycle du porc portait un prénom, celui que nous traversons aurait une consonance espagnole. Comme l’explique l’économiste néerlandais Robert Hoste, le cycle du porc n’est pas un équilibre entre prix et production, mais entre production et profits – des données hélas moins faciles à collecter que les prix. Et au jeu du plus grand profit, les Espagnols ont excellé sur la période 2012 - 2014, réalisant des marges bien plus confortables que leurs voisins, ce qui leur permit de construire plus vite, et en grand nombre, de nouveaux bâtiments, à partir de 2014. À eux seuls, les Espagnols ont ajouté 5 millions de porcs en deux ans (contre +2 millions en Pologne, +1,7 million aux Pays-Bas) à la production européenne annuelle (255,5 millions en 2015) – soit l’équivalent de la production d’un Bigard ou d’un Cooperl. Et « ils ne devraient stopper leur croissance qu’en fin d’année », prévoit Estelle Antoine. Au plus fort de la crise, en novembre dernier, leur production était en croissance de 12 % par rapport à l’année précédente. Ils détiennent depuis novembre 2015 le premier cheptel total de l’Union européenne, devant l’Allemagne qui garde la première place en termes d’abattages grâce à ses importations d’animaux vivants, explique Estelle Antoine. Ils pourraient même disputer à l’Allemagne le rôle de cours directeur de l’Europe à l’avenir.
Les petits bassins, grands perdants
« Les autres grands bassins de production se maintiennent tant bien que mal », explique Estelle Antoine. La production porcine allemande a progressé en 2015, avant de céder du terrain en 2016, mais le pays conforte sa place de premier exportateur européen, notamment à destination de la Chine. « Les grands perdants sont les petits pays en Union européenne dont la production ne va pas tenir le coup face aux grands bassins producteurs, observe Estelle Antoine, notamment si un nouveau recours à l’aide au stockage privé a lieu, cette année ». La République tchèque, la Finlande, Malte, la Slovénie et la Roumanie. « Quelque part, ce sont eux qui maintiennent le cycle du porc, en raison de la présence encore importante, en Pologne et en Roumanie de nombreux petits ateliers », estime l’économiste de l’Ifip.
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Les Français résistent
Jusqu’ici la production française aura finalement bien résisté compte tenu de l’ampleur de la crise : +1 % en tonnes et stable en têtes sur 2015 ; -1,5 % en têtes prévu pour 2016 et -0,5 % en tonnes, en se basant sur une nouvelle hausse du poids des carcasses. D’abord grâce à leurs efforts : Jean-Pierre Fleury note qu’en Bretagne la prolificité des truies a progressé d’un demi-porcelet sur le mois de janvier (soit une hausse potentielle de 2 %). Peut-être grâce au soutien d’Intermarché et de Leclerc au marché du porc breton l’été dernier – le fameux 1,40€/kg – qui a soutenu les trésoreries durant quelques semaines, avant de se transformer en une mini-crise de surproduction à l’échelle française causée par le différentiel de prix avec l’Allemagne – les porcs bretons ont atteint un poids moyen de 96 kilos durant les fêtes de fin d’année. Les producteurs ont plus sûrement résisté grâce aux aides de l’Etat, au plan d’urgence accordé par le gouvernement en juillet, puis abondé en septembre et en janvier dernier pour atteindre 800 millions d’euros annoncés. Et peut-être bientôt grâce à un fonds d’urgence de 100 millions d’euros, à venir, financé par les distributeurs. Mais de nombreux producteurs risquent de cesser leur activité d’ici la fin de l’année. « Les centres de gestion annoncent déjà que l’on va perdre 20 % des exploitations porcines en fin d’années », rapportait le président de la FNSEA Xavier Beulin, en conférence de presse le 14 avril.
La Chine, planche de salut
En dehors de l’Espagne, un autre pays a fait une apparition brutale, mais positive cette fois pour les Français, sur le marché du porc européen : c’est la Chine, dont la demande « phénoménale » depuis plusieurs mois, est arrivée – presque – à point nommé pour combler la disparition soudaine du marché russe. Sur le mois de janvier, les importations chinoises ont augmenté de 56 % par rapport l’année dernière, et de 111 % sur février. Le marché chinois prend désormais une place prépondérante dans les exports de l’Union européenne. Mais attention, après plusieurs années de décapitalisation, les producteurs chinois devraient bientôt arriver dans la phase ascendante de leur cycle du porc national, et les analystes prévoient un ralentissement des importations chinoises en 2017. Une perspective inquiétante, si l’on remarque que la Chine représente en janvier 2016 plus de 40 % des exportations européennes. Mais nul doute que d’ici là, le marché du porc aura déjà connu de nombreux rebondissements.
Fonds porcin : Xavier Beulin a envoyé un courrier individuel à tous les industriels
Face aux refus affichés par les deux syndicats d’industriels de la viande (FNICGV et Culture viande) de prendre part à la collecte du fonds d’urgence porcin, le président de la FNSEA Xavier Beulin a annoncé en conférence de presse, le 13 avril, qu’il avait envoyé un courrier individuel à tous les industriels. Dans ce courrier, il leur demande si « oui ou non » ils souhaitent prendre part à la collecte par l’intermédiaire des factures adressées aux distributeurs. Les industriels de Culture viande craignent que ces derniers ne leur fassent « payer » une partie du fonds durant la collecte et la répercussion du pied de facture en aval. Le président de la FNSEA a assuré que le médiateur des relations commerciales vérifierait l’absence de tels abus des distributeurs.