À l’issue d’une enquête auprès des techniciens de quinze groupements de producteurs, l’économiste Christine Roguet s’attend à une réduction de la production porcine dans les années à venir, prévoyant notamment qu’un nombre important d’élevages ne seront pas repris, faute d’avoir pu se moderniser.
L’économiste de l’Ifip Christine Roguet a interviewé les techniciens de quinze groupements de producteurs représentant plus de 80 % de la production, en vue d’évaluer la dynamique de la production porcine française. Elle remarque dans ses conclusions que « le fossé des performances reste très important » entre les éleveurs de porcs. En 2015, le tiers supérieur (classé sur la marge) des élevages naisseur-engraisseur dégage une marge sur coût alimentaire 1,7 fois plus élevée que le tiers inférieur (1 180 € vs 690 € par truie).
Pour Christine Roguet, citant les techniciens de groupement, le fossé empêcherait la reprise des exploitations les moins performantes. Et de citer un groupement de producteurs interviewé : « On a voulu maintenir tout le monde, fait en sorte que les éleveurs aillent au bout de leur carrière, on les a maintenus trop longtemps et maintenant il est trop tard ; les bons ne reprendront pas leurs volumes et les dettes chez les marchands d’aliments sont trop élevées ». Elle note que la crise porcine de ces dernières années a conduit « à des situations d’éleveurs où l’étalement de cette dette sur 10 ans sature la capacité de remboursement pour de nombreuses années, interdisant tout projet, sauf embellie nette et durable des cours ».
« Il va falloir être imaginatif »
L’économiste met en avant la situation périlleuse dans laquelle pourraient se trouver certains groupements ayant investi dans des outils de transformation. Les éleveurs restant en place jouent à la fois leur outil d’élevage et leur outil de transformation. Pour conserver un nombre de truies suffisant pour pérenniser les outils, certains groupements expliquent qu’il « va falloir être imaginatif […] : contractualisation, implication financière dans les élevages par des fonds d’investissement ». Christine Roguet rapporte également le développement dans « certaines régions » de reprises directes d’élevages par des coopératives ou des éleveurs, qui détiennent plusieurs sites de naissage et/ou d’engraissement qu’ils font fonctionner avec des salariés ».
La situation est très hétérogène en fonction des régions. Dans les zones peu denses en élevage porcin, les groupements sont confrontés au manque de vocation des jeunes agriculteurs pour la production porcine. « Les jeunes n’ont pas envie de se fatiguer avec l’élevage », rapporte un technicien cité par Christine Roguet. Dans le Nord, la filière mise sur le développement de la part de production sous cahiers des charges. « On va perdre du volume, mais pas forcément de la valeur », prévoit un technicien.
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Qui investira dans la production demain ?
En conclusion, l’économiste craint que la baisse de production en marche depuis 2010 ne perdure. « Entre la recherche d’autonomie des exploitations qui sont dans une dynamique de projet et d’investissements, et les incertitudes sur la reprise des élevages des papy-boomers, entre les limites environnementales en Bretagne et le manque de candidats à l’installation ailleurs, la baisse du cheptel porcin semble vouée à perdurer, voir à s’accélérer dans certaines régions ». Et de poser deux questions : « Qui investira dans la production ? » et « la différenciation de la production suffira-t-elle à compenser en valeur la perte de volume ? »