Le Parlement européen a fait un pas, mercredi 11 février, en direction de l'étiquetage obligatoire du pays d'origine de la viande dans les aliments transformés. C'est désormais à la Commission européenne de faire des propositions législatives dans ce sens.
C'était une demande récurrente du syndicat des entreprises françaises de la viande, le Sniv-SNCP, des éleveurs de porcs confrontés à l'effondrement des cours depuis l'an passé qui multipliaient ces derniers mois les actions sous la bannière FNSEA et JA (lire encadré) et des associations de consommateurs. Le Parlement européen a donc choisi d'aller dans leur sens en demandant à la Commission européenne, deux ans après le scandale européen faisant passer de la viande de cheval pour du bœuf auprès des industriels du plat cuisiné, de préparer rapidement des textes législatifs rendant obligatoire l'indication de l'origine des viandes dans les plats transformés (charcuterie comprise). Cette résolution non-contraignante est la réponse du Parlement à la Commission européenne qui avait rendu un rapport sur la question, le 17 décembre 2013, en proposant l'ouverture d'un débat. Dans sa décision, le Parlement estime que la Commission ne saurait se tenir à sa posture actuelle qui consiste à ne mentionner que l'origine de la viande européenne ou non européenne, alors qu'il ne s'agit pas « d'une solution acceptable pour les consommateurs ». Le Parlement invite la Commission à revoir sa réglementation sur « les denrées alimentaires portant sur l'indication du pays d'origine des ingrédients primaires lorsqu'il n'est n'est pas celui du produit alimentaire ». La logique voudrait qu'après le horsegate, la Commission rende obligatoire l'étiquetage des viandes-ingrédients. Les crises alimentaires en Europe font toujours, en effet, bouger les lignes. C'est déjà une précédente crise, celle de la vache folle dans les années 1990 qui a été à l'origine d'une directive européenne rendant obligatoire, à partir de 2002, l'étiquetage du pays d'origine de la viande de bœuf – l'étiquetage d'origine de la viande fraiche de porc, de volaille, d'ovin et de caprin sera obligatoire en France à partir du 1er avril 2015. Mais pour le Sniv-SNCP, rien n'est encore acquis. Dans son rapport du 17 décembre 2013, la Commission européenne proposait trois scénarios : l'étiquetage facultatif, c'est-à-dire le statu quo ; l'indication de l'origine européenne ou non européenne de la viande ; l'étiquetage de l'Etat membre ou du pays tiers fournisseur de la viande-ingrédient. Avec des arguments pour chaque scénario. Dans ses conclusions, la Commission reconnaissait qu'en Europe, « une proportion très élevée des consommateurs (90 %) souhaite » voir mentionnée l'indication d'origine de la viande-ingrédient. Mais elle notait que leurs motivations sont très différentes d'un pays à l'autre, et que les consommateurs ne sont pas prêts, de toutes façons, « à payer le coût supplémentaire qui en résulterait ».
Que comprendre de ces conclusions ? Que la Commission avance très prudemment ? Qu'elle subit la pression des lobbys des salaisonniers et du pavillon de leur pays ? « En Europe s'opposent deux visions sur l'usage de la viande de porc, explique Paul Rouche, directeur délégué du Sniv-SNCP. Ou bien l'on considère la viande porcine comme un minerai et dans ce cas on l'achète où l'on veut. Ou bien la viande de porc a une origine, un peu comme le bœuf ou les fromages. Ce sont deux logiques, deux projets qui s'opposent. » Dans l'Union européenne, mis à part la France et l'Italie, il semble que la majorité des pays optent plutôt pour la première vision. Le Sniv compte « sur la forte mobilisation du gouvernement français pour rallier les 27 autres Etats membres de l'Union européenne. (…) C'est une question de transparence et de sécurisation de nos filières européennes ».
Le président de la République, François Hollande s'était déclaré, en février 2013, en faveur de l'étiquetage volontaire de la viande-ingrédient. Dans un communiqué publié le 12 février au lendemain de la décision du Parlement, le ministère de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Forêt a de nouveau plaidé pour l'étiquetage de l'origine de la viande-ingrédient, « élément déterminant de réconciliation des consommateurs avec leur alimentation, et au-delà, avec l'Union européenne dans sa mission de protection des Européens. »
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La France a déjà des connaissances en la matière. Depuis décembre 2010, il existe un accord interprofessionnel pour l'étiquetage volontaire de l'origine de la viande de porc quand elle représente plus de 50 % des ingrédients d'une préparation (charcuterie comprise). Selon l'interprofession du porc en France (Inaporc), « 68 % du jambon cuit, 62 % des saucisses fraîches, 59 % des lardons et 44 % du jambon sec mentionnent leur provenance. » Cependant, il y a encore du chemin à faire pour inciter tous les opérateurs du secteur de la charcuterie-salaison à étiqueter l'origine de la viande dans la composition des produits à base de porcs (viande fraîche et charcuteries en libre-service). Dans son dernier rapport de suivi de l'accord (décembre 2014), Inaporc observe que 51,8 % des 6 850 références étudiées « respectent l'accord interprofessionnel volontaire en indiquant l'origine de la matière première quelle qu'elle soit (Le Porc Français, VPF, origine France ou origine UE). » Ce chiffre est en progression de 5,1 % par rapport au suivi de juillet 2014. Les marques de distributeurs respectent l'accord pour 68,3 % de leurs références, les premiers prix pour 52,3 % et les marques nationales pour 37,8 %. Néanmoins, il faut noter que l'origine française n'est que de 32,5 % pour les MDD, de 22,8 % pour les marques nationales et de 14,4 % pour les premiers prix.
À l'issue d'un entretien, mardi 17 février, avec Paul Auffray, président de la Fédération nationale porcine dont le secteur est en crise, le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll a fait plusieurs annonces. Il a demandé (de nouveau) à la Commission européenne la mise en place de mesures de marché pour désengorger un marché surchargé depuis la mise en œuvre de l'embargo russe, il y a un an. Il a également plaidé pour que la grande distribution prenne « en compte des difficultés de la filière dans les négociations tarifaires annuelles qui se terminent fin février ». Enfin, il a apporté son soutien aux producteurs qui souhaitent refondre les relations commerciales tout au long de la filière.
Ces dernières semaines, les éleveurs ont fait monter la température dans les campagnes bretonnes qui concentrent près de 58 % de la production nationale. Leurs représentants ont d'ailleurs été reçus le 18 février par le préfet de la région Bretagne pour « définir un plan d'action qui permette à la filière porcine de surmonter les difficultés qu'elle rencontre actuellement. » Les Jeunes Agriculteurs du Finistère notamment ont lancé une série d'actions non violentes dans les rayons de charcuterie libre-service de différents hypermarchés. Ils ont stické du logo “viandedenullepart.com” les barquettes de jambons et autres lardons qui ne faisaient aucune mention de l'origine de la viande utilisée. En intervenant dans les points de vente, ils comptent ainsi faire pression sur les marques. Ce mouvement ne devrait pas s'arrêter de sitôt, tant le niveau des cours du porc pèse sur les trésoreries des éleveurs. « Au niveau actuel du marché, on peut estimer qu'un éleveur de taille moyenne (200 truies naisseur-engraisseur) perd en moyenne 20 à 30 euros par porc, soit autour de 10 000 euros par mois », explique Paul Auffray, éleveur dans les Côtes d'Armor et président de la FNP, branche spécialisée porc de la FNSEA. « Oui, il faut convaincre les transformateurs et la GMS de privilégier l'étiquetage “Origine France”. Mais il faut dans le même temps rénover toutes les relations commerciales de la filière, y compris en mettant en place de la contractualisation sur une partie de l'offre », souligne-t-il. La seule référence nationale de prix fixée deux fois par semaine au Marché du Porc Breton doit rester. Il faut réussir à « segmenter l'offre », en lien avec la demande du marché. Si rien n'est fait, la production en France continuera de chuter. Les abattoirs souffriront encore plus et les importations augmenteront.