Moins d’une semaine après que les dirigeants de la Cooperl ont envoyé un courrier à leurs adhérents pour leur expliquer pourquoi leur coopérative ne paiera pas leurs porcs au niveau affiché par le cadran de Plérin (1,45 €/kg le 11 juillet), l’industriel AgroMousquetaires (Intermarché), qui fait partie des clients de Cooperl, réagit. Il annonce, dans un communiqué, le 12 juillet, prendre « l’engagement de payer l’ensemble des approvisionnements en porcs au prix du marché du porc breton (MPB) ». Une annonce qui pourrait mettre dans l’embarras la coopérative de Lamballe. Pour AgroMousquetaires, « après des mois de difficulté pour l’élevage français, alors que le marché chinois permet aux cours de retrouver des niveaux jamais atteints depuis plus de deux ans, et dans un contexte où le prix de l’aliment reste compétitif, il est encore plus important d’accompagner les éleveurs en leur permettant de reconstituer leur trésorerie et de tout mettre en œuvre pour relancer l’investissement en élevage ». Dans son courrier du 8 juillet, la Cooperl justifiait l’écart avec le cadran par « les incertitudes actuelles sur le marché chinois, la dévaluation de la Livre et la piètre consommation intérieure ». Une analyse jugée très prudente par plusieurs analystes du marché du porc, surtout en ce qui concerne le marché chinois. D’ailleurs, une note de conjoncture de la Rabobank parue une semaine plus tard le 12 juillet prédit que « la forte demande chinoise et le décrochage de l’offre vont continuer de soutenir les prix du porc à travers le monde au troisième trimestre ». La Rabobank confirme en revanche l’effet négatif de la dévaluation de la Livre sur les prix européens, et la situation morose de la consommation intérieure européenne.
Selon plusieurs observateurs de la filière, l’annonce de la Cooperl, qui n’a été suivie par aucun autre abattoir breton, serait plutôt révélatrice de problèmes internes à l’entreprise. Dans son courrier, la Cooperl évoque d’ailleurs les problématiques de l’entreprise, mais de façon allusive : la Cooperl, explique le courrier, joue un rôle « essentiel non seulement pour la valorisation aujourd’hui des porcs de ses adhérents mais aussi pour l’innovation et l’investissement qui permettront de rester compétitifs demain ». En lisant ces lignes, certains analystes se demandent si l’annonce de la Cooperl n’est pas à mettre en relation avec l’initiative par laquelle la coopérative s’est démarquée de tous ses concurrents français depuis 2013, la non-castration des porcelets et le développement de sa filière « porc bien-être ».
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